Entretien avec Hélène Doué, 4e dan. L’aikido au féminin ?

 

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J’étais venu un dimanche matin sur Montreuil, en banlieue parisienne, pour assister à un stage de Fabrice Croizé, 4e dan, en son dojo des Guilands, avec mon fidèle Arthur en compagnon de vadrouille martiale. C’était la première fois que je rencontrais cet élève réputé de Christian Tissier Shihan.

Le stage fut vraiment passionnant, très dynamique, avec un sensei très sympa et souriant, très accessible, dans une belle ambiance qui me donnera envie d’y revenir des que l’occasion se représentera.

On dit, quand on oublie quelque chose chez des amis,  qu’inconsciemment, on souhaite revenir. C’est ce qui a du se passer, car, une fois revenu chez moi à Rouen, je me suis rendu compte que j’avais oublié mon blouson aux vestiaires du dojo. Alors, obligé d’y retourné la semaine suivante !

J’appelle Fabrice Croizé, qui gentiment, m’invite à repasser lors d’un cours prochain. Je profite de l’occasion pour lui demander s’il accepterait de se prêter au jeu de l’interview. Pas de soucis pour cela, mais « manque de pot », il ne sera pas présent la semaine prochaine. Il doit diriger une série de stage en Amérique du sud, et Helene Doué assurera l’intérim. L’occasion faisant le larron, je contacte Hélène qui accepte très volontiers de me rencontrer avant son cours pour un entretien ! La vie offre de ses opportunités…Je vais pouvoir interviewer, pour  la première fois, une femme enseignante en aikido !

Le soir dit, me revoilà devant le dojo à attendre patiemment la jolie sensei. La voici qui arrive, avec son ptit bonhomme en poussette pour m’accueillir avec un sourire des plus charmant. Ceci dit, malgré le petit gabarit de la jeune femme, on devine très vite une attitude pleine de détermination et d’énergie, avec une force de caractère évidente qui balaie illico tout apriori de fragilité ! Helene nous parle ici de son parcours, des jeunes, de la place des femmes  et de sa vision de l’aikido.

ENTRETIEN AVEC HELENE DOUE 4eDAN

LES DEBUTS…

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Patrice AGT : Ne le prends pas mal Hélène, mais peut-on dire que tu es …un pur produit Tissier ?

Hélène : (rires) Oh oui ! Un pur matériau vincennois comme dit Christian ! J’ai commencé à 9 ans, au cercle Tissier, et j’ai pendant 10 ans suivi tous les cours du cercle, du lundi au vendredi, sans m’arrêter. Les cours enfants, puis ado, et enfin adultes ! Et je dois en être à ma 24e ou 25 e saison. Et ce, avec tous les profs qui enseignaient ou qui enseignent encore. En commençant par Christian bien sûr, Philippe Orban, Pascal Guillemin, Bruno Gonzales, Marc Bachraty, Daniel Bourguignon, Patrick Bennezi, et d’autres. J’ai ainsi pu bénéficier de tous les enseignements  Aïkido de Vincennes.

PAGT : Comment, à 9 ans, as-tu pu découvrir l’aikido ?

Hélène : Complétement par hasard. Le cercle est au 108 rue de fontenay. Et moi j’habitais au …104 !

PAGT : Ca ferait rever pas mal de monde !

Hélène : (rires) J’avais une amie qui faisait de la corde à sauter dans la cour de l’immeuble à coté. Un jour, elle m’a proposé de venir la voir au dojo. Je suis venu au bord du tatami regarder, et j’ai demandé à m’inscrire immédiatement après cette première visite. Le premier cours fut horrible. Les petits étaient mélangés avec les ados, on était perdu dans les échauffements, les grands nous sautaient par-dessus pour nous faire voir ce qu’ils savaient faire, ce qui traumatisaient les plus petits. Mais ensuite, la salle était divisée en deux groupes, et tout allait mieux.

AIKIDO ET LES JEUNES…

PAGT : J’ai vu sur le net, que tu as écris un mémoire sur « la dimension ludique en aikido  ?

Hélène : Oui, c’était un sujet imposé pour mon master en science du jeu. Et oui, ça existe ! Il n’y a en a qu’un, à Villetaneuse, qui ouvre à différentes carrières autour des jeux. Il s’agissait de faire un mémoire sur la différence entre sport, jeu, jeu sportif et art martial. Alors j’ai proposé «  la dimension ludique en aikido »…

PAGT : Ca nous ramène au livre de Fabrice de ré « Entre jeu et technique » …

Hélène : Oui, et j’y ai participé d’ailleurs.

PAGT : Tu enseignes aux enfants, et pour les plus jeunes. Le jeu est un passage obligé pour l’apprentissage de l’aikido ?

Hélène : Oui, faire de l’aikido avec des enfants de 6 ans, cela reste compliqué. On a des enchainements de gestes assez complexes, avec des concepts abstraits pour les petits. Pour les ados, la problématique est moindre, on est assez proche du travail des adultes, avec quelques simplification sur les clefs pour épargner leurs jeunes articulations. Mais en dessous de 9 ans,  c’est beaucoup d’exercices de coordination, d’apprentissage des chutes…On va plus insister   sur les grands thèmes de l’aikido que sur la technique pure, insister sur les valeurs aussi. L’échange, le partage, le respect, l’écoute des consignes, la maitrise de ses émotions. Et sur les principes bien sûr : la verticalité, le centrage, la connexion, le déséquilibre. Des notions qu’ils peuvent entendre à leur jeune âge. Les petits, bien sûr, sont aussi très fier de faire un ikkyo, même si on en est encore bien loin (rires).

Mais cela leur donne de la confiance. Et déjà, le fait de travailler avec tout le monde, garçons et filles mélangés, sans distinction d’origines ou de classes, d’accepter l’autre en suivant des règles, chacun son tour, en alternant les rôles, cela pose les bases préalables à la bonne pratique de l’aikido.303237_10150461209676660_2119071574_n

PAGT : Et se pose alors le problème de : comment les garder sur le long terme…

Hélène : Cela reste très compliqué. On essaye tous des choses, chacun à sa manière, dans nos clubs. Certains font des cours ado-adultes, d’autres des cours ado avec des contenus plus faciles, plus adapté à leur monde d’ado. A vrai dire, je n’ai pas la solution non plus. Dès qu’ils passent aux cours adultes, c’est forcément plus dur physiquement, plus intense, plus exigeant. De plus, c’est toujours assez tard le soir, et ça avec l’école, ce n’est pas toujours facile. Alors on en perd énormément… mais on en garde aussi heureusement ! Je pense qu’il y a un travail à faire pour trouver comment les intégrer convenablement à un cours adulte. Mais les ados ont des priorités, contre lesquelles il va être difficile de lutter (rires).

PAGT : Mais ceci est valable pour toutes les activités, sauf qu’en plus, on n’a pas de compétition à leur offrir…

Hélène : Et non, pas de médailles ou de carottes. Mais certains comprennent la règle du jeu, qu’il n’y aura jamais, ni gagnant, ni perdant. Et on en a de plus en plus il me semble, qui sont lassés par l’esprit de compétition,  des jeunes qui n’ont pas d’esprit agressif, et qui préfère être porté par le groupe. Les adultes doivent travailler avec eux en relâchant un peu plus, travailler moins vite, plus patiemment. C’est important que les adultes du groupe veillent à ce que les ados se sentent bien parmi eux.
LES COMBAT GAMES…

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PAGT : J’ai suivi sur internet vos exploits aux Combat Games de Saint Petersbourg, avec Bruno, Henriette et Fabrice. C’était ta première participation ?

Hélène : La deuxième! Après  Beijing il y a 4 ans.  A priori, l’idée est de faire tourner les gens à chaque occasion, pour que le maximum de gens en profite . Mais pour des aléas d’organisation, je me suis retrouvé sur le tatami à St Pétersbourg, alors que je ne devais être qu’accompagnatrice. C’est vraiment une très belle aventure, très stressante aussi, parce qu’on représente la France, qu’on accompagne Christian Tissier, dans ce challenge organisé avec les JO.

PAGT : En même temps, n’y a-t-il pas un paradoxe ici ? Les  COMBAT Games ? L’aikido a-t-il sa place dans ce contexte ?

Hélène : Ca peut être polémique en effet. Nous nous sommes posé effectivement la question quand nous y sommes allés la première fois. Pourquoi nous avoir intégrés en tant que discipline non compétitive ? On a discuté avec des gens du karaté, qui nous ont expliqué qu’ils trouvaient que leur discipline était en train de perdre de son âme, en s’éloignant de l’aspect traditionnel. Et ils leur semblaient important d’intégrer des démonstrations d’arts martiaux traditionnels, pour rééquilibrer les choses, et redonner une fenêtre aux arts martiaux non compétitifs ou moins médiatiques. Recentrer les choses sur les origines des arts martiaux. Je pense que c’est une chance pour nous de pouvoir bénéficier d’un peu de promotion au sein de la grande famille des arts martiaux. Beaucoup de pays sont présent, ce qui permet de montrer la diversité de l’aikido dans le monde.

PAGT : je suis toujours étonné du peu de communication  faite autour de notre art, alors que nous sommes le pays avec le plus de pratiquants d’aikido après le japon…

Hélène : C’est rien de le dire. En même temps : pas de compétition. Mais les moyens mis sur notre tète ne sont pas fabuleux non plus, et vu qu’on ne rapporte pas de médailles…Et tout tourne autour, c’est comme ça. Pour avoir des créneaux pour pratiquer, on passera après les autres disciplines, qui eux ramène des coupes, avec des  championnats médiatiques. Alors oui, je crois que des événements comme les Combat Games sont un excellent moyen pour sortir de l’ombre.

L’AIKIDO LES FEMMES ET LES HOMMES…

PAGT : Hélène, tu fais partie de cette  nouvelle génération de femme 3 et 4e dan : Celine Froissart, Cécile Rayroles, Anne Demaret, Véronique Sireix, Nadia Korichi et bien d‘autres !

Hélène : En effet, il y a un petit noyau, du sang neuf féminins qui s’installe. Un renouveau, en âge, avec de jeunes pratiquantes. Et de plus, des femmes! Donc, deux paramètres très dynamisant. J’ai ainsi beaucoup de jeunes qui viennent dans mon club, plus jeunes que moi, moins de 33 ans,  même si bien sur, nous avons des gens plus âgés. Mais ce qui m’a surtout surpris, c’est que je pensais que j’aurais plus de filles qui viendraient me rejoindre, en tant que femme enseignante. Eh bien… non ! Je me retrouve avec la même problématique que mes collègues masculins.  Ls femmes ne viennent pas plus. Et du coup, je reste persuadée qu’il y a beaucoup à faire au niveau de la promotion de l’aikido auprès des femmes.

PAGT : Pourtant, l’aikido semble particulièrement adapté au public féminin. La non utilisation de la force, l’éveil des sensations, la connexion, le relâchement, tout cela semble vendeur non, surtout en comparaison d’autres budo plus rudes, comme au judo, qui pourtant séduit les femmes?

Hélène : Oui, parce que je pense qu’ils sont meilleurs dans la com que nous. Ils font beaucoup d’effort pour la promotion chez les femmes. J’ai vu ainsi plusieurs fois des journées portes ouvertes aux femmes à l’institut du judo.

PAGT : Mais faire des journées, même de découverte, réservée aux femmes, n’est-il pas malsain ?

Hélène : Ca reste un moyen comme un autre de faire de la promotion, mais évidemment, cela ne doit pas rester cloisonné. Les femmes et les hommes doivent pratiquer ensemble, bien évidemment ! Le pire serait de faire un art martial pour les femmes, par des femmes, un art martial féminisé, cela serait un non-sens total. Mais ce type de promotion reste un outil qu’il ne faut pas rejeter.

527007_10202373603126931_1059776209_nPAGT : On peut comprendre qu’il est plus difficile pour les femmes de venir au dojo. Souvent elles gèrent les enfants, la maison, en plus de leur travail. Il me semble que la plupart des femmes ont, malheureusement, souvent moins de temps libre que les hommes.

Hélène : Oui, mais c’est valable pour tous les arts martiaux, et au-delà, pour tous les sports. Alors pourquoi cette désaffection de l’aikido ? Je ne sais pas. Ou alors, un problème de promotion de nos instances dirigeantes? Les femmes ont encore une image des arts martiaux violents, durs physiquement, voir agressifs. Il faut leur faire comprendre que sur un  tatami, les hommes et les femmes sont mélangés, les âges aussi, les poids, les tailles etc. Cette image, de notre réalité, n’est pas spontanée dans l’esprit du public féminin.

PAGT : Quand je travaille avec un homme, un combat viril s’instaure de lui-même, et je joue des muscles beaucoup plus, et du coup, je sors de la sphère aiki. Quand je travaille avec une fille, ou une femme, j’ai souvent l’impression de mieux travailler. Je relâche mieux mes tensions, je suis moins brusque, plus attentif… Toi, dans ton enseignement, ta féminité modifie-t-elle ton approche pédagogique ?

Hélène : En tout cas j’essaye de ne pas féminisé mon aikido. Je vois la problématique plutôt en terme de gabarit. Il y a des hommes très légers, même fragiles, et des femmes très costauds. Mais là ou un homme palliera ses défauts par de la force, elles, seront coincées. Les femmes deviennent du coup plus technique par compensation. Elles développent plus de précision, avec de meilleurs déplacement, ou angles de projection.  Les gens disent que l’aikido est un travail sans force. C’est faux. Il faut bien utiliser les muscles pour bouger. Il en faut un minimum. Mais on confond souvent force et puissance.

PAGT : Tombes-tu parfois sur des hommes qui, condescendants, jouent à te tester en faisant les bonhommes ?

Hélène : Ca m’est arrivé, mais plus aujourd’hui. Pour le moment ! Quand je suis arrivé au 3e dan, j’ai eu quelques expériences ou je sentais que je devais faire mes preuves. Est-ce que c’était parce que j’étais une femme ou parce que j’atteignais un certain niveau ? Je sais que les générations précédentes ont subi ce genre de tracasserie. J’espère pouvoir, dans le futur, faire comprendre que  ce n’est plus une question homme femme.

profPAGT : Mais  les femmes ont-elles certaines facilités par rapport aux hommes ?

Hélène : Quand on n’a pas de force, on ne peut pas en mettre et il faut bien trouver d’autres solutions. Du coup les filles ont moins ce problème d’utiliser trop leur force. Quoi que…Quand on se promène à l’étranger, on se rend compte que c’est assez culturel. Il y a des femmes qui travaillent très « dur ». Notamment dans les pays de l’est, comme en Pologne. Là, tu vois que les femmes travaillent aussi dur que les hommes. A l’inverse dans les pays du nord comme en Suède, les hommes travaillent aussi souple et léger que les femmes. Cela  d’ailleurs ne veut pas dire qu’ils ne sont pas puissants, bien au contraire ! Cela doit venir d’une certaine manière d’enseigner ? Et je pense en effet qu’il y a un problème culturel chez nous. Quand je discute avec mes collègues féminines, il y en a encore beaucoup qui se trouvent « handicapées » parce qu’elles sont des filles ! Mais non les filles, vous avez les atouts de votre gabarit ! Et il est important que les femmes ne se limitent pas « mentalement » à cause de  leur féminité. Au contraire, notre féminité doit présenter des avantages et non des handicaps, en souplesse, rapidité, etc. Il faut vraiment sortir de cette sempiternelle différence homme femme, parce que sinon, on ne va pas s’en sortir ! Et je pense qu’il  y a encore beaucoup de travail à faire. Aujourd’hui, on peut devenir enseignante sans problème, accéder à des postes de cadres. Mais je ne me voile pas la face, il y a encore beaucoup à progresser sur ce point, parce que c’est sociétal : les problèmes de parité, de machisme, de condescendance, ce n’est pas que dans les arts martiaux, mais partout dans nos vies de femmes. L’aikido n’y échappe pas. Alors prenons notre courage à deux mains et faisons avancer les choses. On a tout a gagner, vu que nous ne sommes pas encore bien nombreuses sur le terrain !

PAGT : Et encore, 15 ans en arrière, les femmes enseignantes n’étaient pas légion….

Hélène : Non, et crois-moi, les ambiances de dojo étaient beaucoup plus dures pour nous. Ça se ressentait vraiment. Mais attention, il y avait des conflits hommes femmes, et aussi des conflits femmes femmes ! Il y a 15 ans, oui, j’ai subi beaucoup de misogynie. On me rabaissait beaucoup parce que j’étais une femme, il y avait des tentatives de découragement ! Mais les rapports avec les autres filles étaient aussi souvent très dur. Parce que les filles étaient très bagarreuses, mal dans leur peau, en cherchant à être meilleures que les hommes, en étant toujours dans le « faire ses preuves ». Il n’y a pourtant aucune raisons, on est des femmes, il n’y a rien à démontrer. Et beaucoup de celles qui étaient dans ce combat ont disparues, puis est arrivé une nouvelle génération de pratiquante qui savait être femmes et pratiquantes aikido sans problème. Mais  j’insiste : sans avoir à féminiser l’aikido. Et il faut vraiment se garder de le faire. Il faut dire aussi que les mentalités des hommes ont aussi évolués, fort heureusement, même si il y a encore des progrès à faire. Aujourd’hui, les enseignants hommes, n’ont aucun problème à prendre des ukes femmes, alors qu’il y a 15 ans…Et ça passe encore par beaucoup de communication , autour des jeunes, des femmes et par les instances fédérales. Je ne parle pas de parité, c’est un mot trop à la mode, mais juste de… rééquilibrage ?

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L’AIKIDO ET SES OBJECTIFS…

PAGT : Quelles sont pour toi les valeurs essentielles de l’aikido, qu’est-ce que cela t’apporte ?

Hélène : Au départ, je suis tombé dedans comme Obélix, alors ce genre de questions ne m’effleurait pas. Et au fur et à mesure que l’âge passe (rires), et que je progresse dans ma pratique, ces questions arrivent plus intensément. Déjà, l’aikido m’a apporté beaucoup de confiance en moi, moi qui étais une enfant très timide, cela m’a vraiment aidé, en m’ouvrant aux autres, en enrichissant mes relations. Mais finalement, …je trouve que l’aikido, ce n’est jamais que ce qu’on en fait! Certains me disent, que quand ils ont commençé l’aikido, ils voyaient les grandes valeurs, d’amour de paix, d’ouverture, etc. Et au bout d’un moment, ils se sont rendus compte qu’ on avait les mêmes problèmes dedans que dehors ! Parce que l’aikido, c’est pratiquer par des gens. Donc l’aikido, ce n’est que ce qu’ils en font. Et chacun n’en fera pas de la même manière qu’un autre .Il y a des gens qui vont pratiquer des années et des années et qui…n’en tireront rien !

Il y a un moment où il faut s’emparer des choses pour les intégrer à sa vie. Je pense qu’il faut que vienne une prise de conscience , si on veut aller plus loin et profiter de ce que l’aikido nous propose. Sinon on fait de l’aikido comme on ferait de la gym. Et pourquoi pas d’ailleurs…L’aikido est avant tout un système d’éducation. On apprend au travers  de la technique, par la mise en application de principes, dans lesquels on va s’immerger. Et à un moment, nous pouvons les mettre en applications dans sa propre vie, hors du tatami. Et finalement, hors du dojo, l’entrainement ne s’arrête peut être jamais.

IMG_3252PAGT : L’aikido, au-delà de la self défense, a de vraies applications dans notre vie…

Hélène : Bien sûr ! L’entrainement ne s’arrête jamais. Dans nos relations de travail, dans la gestion des conflits avec les autres, gérer le stress, savoir quand rentrer dans l’action, laisser passer pour mieux revenir, ou relâcher une tension … Dans le métro même, en étant plus vigilant, on se déplace plus naturellement dès que quelque chose se passe . L’aikido se met en pratique dans la vie et dans nos relations. Mais, il faut en prendre conscience ! Ce n’est pas une formule magique qui va faire qu’au bout de x années de pratique on va s’éveiller. Il y a forcément un petit travail  à faire pour aller plus loin que la technique.

 

Merci Helene, ce fut un plaisir de te rencontrer et de pratiquer avec tes élèves. Au prochain stage!
http://www.olympiadesaikidoclub.fr/professeur.php

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Aikido à Zurich avec les eleves de Kurt Bartholet 6e dan

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Mardi 16H00. Atterrissage en Suisse à l’aéroport de Zurich. Je récupère une voiture et je file à mon hôtel. Je vide ma valise et je prépare fissa un sac avec keiko gi, zori, hakama, une serviette et du change. Dix minutes plus tard , je repars vers le Dojo de Kurt Bartholet. J’ai récupéré l’adresse du dojo la veille, et je me laisse guider par mon GPS. Il m’indique 20 minutes de trajet. Ca va. Le cours est à 17h30, je serais en retard, tant pis, on verra bien. Je récupère la rocade et je sors en suivant 5 km d’une petite route qui grimpe en lacet. Une légère inquiétude m’envahit. Mon niveau d’allemand ridicule m’aurait-il fait tromper d’adresse? Parce que là, j’ai l’impression de partir en pleine montagne…

Ceci dit, la route est jolie, je passe quelques chalets, ca grimpe, mais me voilà enfin arrivé devant un joli ensemble de bâtiment d’allure moderne. Je rentre au parking , et je monte l’escalier extérieur. Enfin un dojo, mais des pratiquants de Qui jong ou autre tai chi chuan l’ont déjà envahi. On m’indique le dojo aikido à deux pas.ouf! On va pouvoir commencer les choses sérieuses.

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Je rentre au dojo, passe devant une petite salle sympa trés accueillante, cosy, atmosphère orientale. Je me déchausse et je pénètre dans le vestibule ou j’aperçois les vestiaires derrières de grands rideaux rouges. Les bruits familiers de chutes sur tatamis me rassurent à ce moment là. Je suis bien là où il faut ! Une fois en tenue, je me rends près du tatami. Un homme aux cheveux blancs, souriant, presque jovial, dirige un cours devant une dizaine de débutants. Le dojo est très joli, une porte fenêtre est ouverte sur une terrasse donnant sur la nature. Atmosphère paisible et relaxante. Je me positionne en seiza au bord du tatami. J’avais prévenu le sensei des lieux, Kurt Bartholet de ma venue via facebook, et celui-ci m’avait gentiment  invité à participer au cours quand je le souhaite.

Beat Shönbächler, une fois les consignes données à ses élèves, vient me voir. Je me présente brièvement et il m’invite sans plus attendre à les rejoindre. Le cours de Beat est vraiment passionnant, autour d’une approche des « randoris », ou plutôt : Tanenzugake. Irimi nage sur shomen, kotegaeshi sur chudantsuki et shihonage sur yokomen, avec deux adversaires. Et tout cela avec vraiment beaucoup de bonne humeur. Beat donne ses consignes en allemand, auquel je n’entends rien (j’ai appris la langue de Goethe avec la grande vadrouille option la vache et le prisonnier!). Mais de temps en temps Beat, très gentiment me donne quelques explications en anglais, et même quelques mots de français.

kurtLe cours se termine avec le salut shinto rituel, puis nous formons un cercle pour « debriefer ». Un nouveau cours va commencer , cette fois avec une jolie jeune femme comme enseignante, Angela Wûnche, 3e dan.Pour ce deuxième cours, encore pour débutant , mais plus avancé, je suis le seul élève en Hakama. Et du coup, Angela me sollicite beaucoup comme Uke. C’est un plaisir immense, mais aussi un défi, vu que je ne peux pas écouter ses consignes en langue germanique. Je suis bien obligé d’être à l’écoute autrement, et là, cela devient passionnant. Le cours est d’un niveau un peu plus élevé, et comme angela me fait pas mal valser pendant ses demos, je sors du cours , …en ruine. Mais tellement ravi! Je finis par Kokyu Ho avec ma ravissante sensei. 3 heures de partage merveilleuse donc.

1379742_513271312116788_287725748_nAngela a un sacré parcours. 3e dan, apres des débuts en Karate, elle a commencé l’aikido à Dresde en Allemagne, pour  passer ensuite plusieurs années à Dublin avec Guillaume Errard et Cyril Lagrasta. Pas moins que çà!  Elle vient souvent en france, avec Pascal Durchon, Philippe Orban ou Christian Tissier, et  va tres régulièrement au Hombu Dojo se ressourcer. Passionnée de sabre, elle suit les cours du Kashima shin ryu au Shiseikan dojo de Tokyo. Angela est un amour d’enseignante, si gentille et grande pédagogue. Un bonheur.

Le monde est trés petit. Il faut que je vienne en suisse pour rencontrer une allemande avec qui j’ai des amis francais en commun, qu’elle a connue en Irlande et moi au cours d’un stage avec un sensei italien( Sandro Caccamo)! It s a small world after all  …

Deux jours aprés , me revoilà au Dojo. Beat assure encore une fois le cours débutant, en suivant la logique de son cours du mardi. Cette fois, une jeune Shodan, sandra est là. Et du coup Beat nous fait travailler ensemble tout le cours. Du coup ca bouge pas mal et je finis le cours trempé comme une soupe. Beat m’apprends qu’il a les deux genoux refaits et m’explique qu’il a du mal à les plier et à chuter rond. Malgré cela, il assure un cours  ou il chute beaucoup, ne ménage pas sa peine, et tout en sourire. Il donne même l’air de s’amuser énormément! Je dois avouer qu’il force l’admiration. Beat, 4e dan,  a commencé l’aikido en 76 avec Maitres Kobayashi et Noquet. Tres attachant, on prend un plaisir immense à travailler avec lui. Une trés belle rencontre.

catherineLe cours de Beat se termine, Catherine Raymond arrive. Cette 2e dan, qui a commencé l’aikido avec Kurt Bartholet, débute son cours par un échauffement tres… dynamique. Moi qui suis déjà en sueur… Heureusement la suite de son cours est tout en souplesse et relâchement, autour de kata dori men uchi. Robert, en hakama, lui sert de uke. Tant mieux, je vais pouvoir souffler pendant les demos. Catherine passe travailler avec chaque élève sur chaque atelier. On sent chez elle, beaucoup de fermeté et de rigueur, mais avec beaucoup de délicatesse et de sourire.

Je n’aurais pas rencontré Kurt Bartholet cette semaine, mais c’est parti remise.  Ceci dit, la rencontre avec ses élèves me donne une idée des qualités de cet enseignant. Kurt a fondé ce dojo en 1986, en rejoignant la fédération aikikai du Lichtenstein, sous l’égide d’Endo sensei. Il assure des séminaires en Jordanie, en Israel, aux Usa comme en europe. Ces élèves ont vraiment une chance fabuleuse, non seulement d’avoir un sensei de ce niveau, mais de pouvoir suivre aussi les cours de ses disciples 2 , 3 ou 4e dan. Dans un magnifique Dojo, placé au centre d’un environnement à couper le souffle, pres des Alpes suisses, Kurt organise régulièrement des stages avec Christian Tissier, Philippe Gouttard, Jan Nevelius de suède ou Endo Sensei lui-même! Une semaine parfaite à tout point de vue.

Si vous passez en suisse, notez cet adresse dans votre GPS, vous ne serez pas déçu!logo-schrift_weiss

Prochain voyage: retour en Algérie à Oran!

Le site du dojo : http://aikido-zuerich.ch/de/


A Brocéliande avec Fabrice Geffroy, 4e dan , retour sur un stage plein de magie .

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J’ai rencontré Fabrice Geffroy l’année dernière, sur Rennes. Je reviens maintenant régulièrement chez ce jeune 4e dan, même si il est FFAB et moi… FFAAA. En fait, cela n’a evidemment aucune espèce d’importance. Enfin…, en tout cas pour lui et moi.Tres vite,  il est devenu un ami, et ce n’est plus seulement le sensei de qualité, ouvert d’esprit et fin pédagogue que je cherche à retrouver, mais aussi un compagnon de chemin, un camarade avec qui j’aime à partager une bière (ou plus…), ainsi que  pas mal de rigolade. J’avais promis de venir un jour à un de ces stages. J’avoue lui avoir demandé quand même si mon passeport ne me fermerait pas la porte de ce week end là. Je connais maintenant suffisament fabrice pour savoir que ces histoire de rivalité  fédérale le consterne autant qu’à moi, mais je n’avais pas envie de faire 400 km pour des prunes (ou du cidre), non plus. Trés vite, il me confirma que, non seulement j’étais le bienvenu, mais que d’autres amis de la FFAAA serait même là.

1016815_629887250416269_587015591_nNous voilà donc parti dès cinq heure trente du matin avec mon fidèle Arthur, le bien nommé, pour faire la route vers la foret mythique des chevaliers de la table ronde. 3 heures 30 de route plus tard, nous voici au dojo de Philippe Uguet, où ses elèves, Christine et Daniel Bliard nous attendent.  Une trentaine de pratiquants sont donc là, dont quelques amis Facebook, parmi lesquels l’eeeexcellentissime ;-) Marc Gandolphe, qui avait essuyé les platres de mon blog l’année dernière en son dojo de Guichen. Apres le salut d’ouverture du stage, Fabrice nous invite à une minute de recueillement en l’honneur de Kevin Regnoult, jeune pratiquant breton, trop tôt disparu des suite d’une longue maladie, et à qui le stage sera dédié.

Fabrice, commence  logiquement son stage en suwari waza, pour un travail sur le déplacement du centre de gravité. Toute la journée, en passant par hanmi handachi, insistant aussi sur le transfert de poids, et la recherche du déséquilibre de uke, ou le role des atemis  il nous fera naviguer autour du « pas caché », ou pas du voleur, que je rabaptiserai bien, du pas de Merlin, en ces lieux de mystere. Fabrice est tout en sourire, très détendu, ponctue son cours de saillies pleine d’humour, qui rendent le stage aussi passionnant que jubilatoire.

IMG_3145 - CopieAvant de partir déjeuner, Fabrice nous offre une heure libre, où nous pouvons lui poser toutes questions, techniques ou non. Sacré risque qu’il ose prendre ! Quelques questions fusent, et très vite, comme des pratiquants FAAB et FFAAA sont présent, un échange passionné,  mais amical, démarre entre les différences d’approches des deux fédé sur certains points. D’ailleurs, Fabrice , bien que FAAB, à beaucoup d’admiration pour Christian Tissier. Travail en connexion permanente ou non, mouvements courts ou longs, recherche du » sens » de certains mouvements. Pour plaisanter, je lui demande comment exécuter koshi nage sur mae geri en suwari waza, … Mais ceci dit Fabrice n’a aucun mal à placer des Mae geri stables en suwari ! En tout cas, une expérience vraiment intéressante de partage et de réflexion peu commune en stage. Mais une table ronde ne s’imposait-elle pas ici!1781214_508921935885059_1429507500_o

Apres une pause déjeuner sympathique à l’auberge du coin, « les boucaniers », ( la glace à la creme caramel beurre salée…ahhh).  Fabrice reprends la suite de son thème en Tachi waza avec applications au Tanto. Il en profite pour nous montrer quelques « techniques secrètes », comme il aime à dire en plaisantant, très impressionnantes, issu du daito ryu, ju jitsu ou inspirée du systema. Il aime toujours à sortir des sentiers battus, autour des principes de base de l’aiki. Et on voit qu’il y prend un plaisir entier tres communicatif. Comme par exemple de nous demander de réfléchir à la suite d’un exercice : « Comment feriez-vous sumi otoshi sur chudan tsuki ? ». Quelques volontaires, dont moi-même, essayerons de lui faire cette technique, en vain…Mais Il finira par nous nous livrer sa solution, tres simple, auquel personne n’avait vraiment pensé…

1922481_629887607082900_983445159_nLes fées sont avec nous, et comme il fait très beau ce jour-là (enfin !), Fabrice nous propose de changer son plan de cours, pour sortir et faire un peu de Ken en nous promettant une surprise en fin de stage. Ceci dit son thème du pas caché est toujours et encore présent, partout et à tout moment.

Et la surprise, c’est une demi-heure de self défense, sur des principes aiki, .. avec table ! Comment s’en sortir en cas d’agression à un guichet, une table de restaurant etc. Daniel pose ses mains sur la table pour jouer au « monsieur pas content », et Fabrice lui fait manger la table autour de différentes clefs ou perte d’appuis. Un moment de détente en fin de journée très agréable, inédit, pour clôturer le stage.IMG_3201

Une bolée de cidre, des embrassades, et c’est reparti pour 3 h de routes vers Rouen. Je repars avec Arthur, j’aurais préféré Morgane, mais bon…elle m’attend déjà à la maison ;) Un stage plein de surprises et de magie donc. Celle de l’amitié et de l’échange sincére. Merci Fabrice pour ta générosité et ton amitié. Merci au club de Brocéliande et tous les amis qui ont de cette journée un moment formidable d’échange et de joie. A Bientôt !

1921208_508923352551584_1190627253_o Quelques sites  bretons:

http://aikido-broceliande.com/

http://aikidoclubdeguichen.jimdo.com/

http://www.aikido-chantepie.fr/

http://www.aikido-rennes.fr/


A propos… c’est quoi l’Aikido, Eric ? Entretien avec Eric Marchand, 5e dan Aïkikaï, DTR Basse Normandie FFAAA.

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 J’ai rencontré pour la première fois Eric Marchand à son Dojo de Vernon, dans l’Eure, il y a 4 ou 5 ans je crois. Ici, au bord de la seine, on est à une heure de Paris et de Rouen. On est encore en Normandie, presque en région parisienne, mais dans une atmosphère paisible de campagne, proche de Giverny et de ses jardins, du Château Gaillard et des fermes à colombages.

Mes premiers stages chez ce disciple de Bernard Palmier, n’étaient alors pour moi encore que purement conventionnels. Un stage chez un 5e dan était une opportunité qui ne se refuse pas, presque une formalité. Cet enseignant au physique d’ours et à la barbe rousse m’en imposait beaucoup, mais j’étais encore bien trop préoccupé à m’occuper de la position de mes pieds pour pourvoir apprécier les talents de ce professeur et de technicien expérimenté.

Depuis, j’ai cumulé une vingtaine de stages avec lui. A Vernon, Rouen ou Paris. L’évidence m’apparut alors peu à peu. Si j’allais le voir, si j’aimais aller à tant de ces stages, c’est bien que j’y trouvais quelque chose d’autre que des opportunités de proximité ou de calendrier. Il y a beaucoup d’autres Senseïs que j’aime suivre, mais alors ?  Les démonstrations d’Éric ne m’apparaissent pas forcement hyper spectaculaires, il ne cherche ni l’esbroufe ni à faire un show, encore moins à faire de longs discours.

Non, ce qui m’a séduit, outre ses talents de pédagogue aguerri et la convivialité joyeuse de ses cours, c’est sa capacité à donner du sens à notre pratique. Il m’est arrivé souvent d’avoir des moments de doute sur ma pratique, ou je me demandais ce que je faisais sur ce tatami.  Eric a cette capacité, par son enseignement sincère et sans verbiage, à me convaincre que cette voie est bien la mienne. Je le regardais, et je me disais « bon sang, voilà pourquoi on fait ça, et oui ce ne sont pas que des gestes en l’air, et tout ça mène bien quelque part ». Il y a toujours un moment de ses cours ou un mouvement, un placement, un aspect technique ou autre, soudain sonne comme une révélation, comme si une coquille se brisait laissant apparaitre une évidence qui me saute alors aux yeux. Et je me suis souvent fait cette réflexion amusée « tiens une fois de plus, je n’aurais pas perdu ma journée ! ».

Et c’est au cours de la formation continue des enseignants en Haute-Normandie, que j’ai pu me rendre compte de l’étendue de son savoir, et qu’il était capable de démontrer certaines choses, dont il ne fait pas étalage, et qui m’ont laissé réellement bouche bée ! Mais plus encore ce qui frappe, c’est sa passion inouïe et totale pour l’Aïkido. Comme il le dit lui-même, l’Aïkido, c’est sa vie. Tout cela avec humilité, sincérité et une extrême lucidité qui en font quelqu’un d’aussi exceptionnel qu’attachant.

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Eric Marchand est 5e dan UFA et Aïkikaï, Brevet d’état 1° degré, membre du collège technique national et DTR pour la Basse-Normandie.

C’est donc après un stage à l’ACT (Aïkido Culture et Tradition), 75 rue de l’Ourcq dans le 19e, au dojo de Bernard Palmier, qu’Eric et trois stagiaires, Bruno, Martial et Jimmy, m’amènent dans un pti troquet  boire un reconstituant musculaire au houblon pour m’accorder un entretien passionnant!

L’ENTRETIEN AVEC ERIC MARCHAND.

 Patrice AGT : Eric, pour commencer notre entretien, peux-tu nous parler un peu de ton parcours d’aïkidoka depuis près de 40 ans ?

Eric Marchand : J’ai commencé à Vernon … au cours de la saison 76-77, j’avais 12 ans et demi. Les choses  étaient un peu différentes. Dans la région à cette époque, il n’y avait que quelques profs qui enseignaient. Et c’était assez artisanal ! Chacun faisait ce qu’il pouvait. Nous étions alors très motivés pour approfondir nos maigres connaissances. Dès qu’on entendait parler de quelqu’un, on se débrouillait pour aller voir : Maitre Noquet, Maitre Noro, Maitre Tamura, ainsi que tous les techniciens de l’époque (la liste est longue !) et tous les Maitres japonais de passage : Kobayashi, Saïto, Yamaguchi, Endo.  Christian venait juste de revenir du japon. Bernard, lui, partait là-bas. L’Aïkido commençait juste à être vraiment connu !

PAGT : Si c’était peu médiatisé, comment y es-tu venu ?

EM : J’habitais dans une commune de 500 habitants. Au plus proche, c’était foot ou judo. Moi, j’avais choisi judo. Un jour, j’ai dû mal me comporter au club, je ne me souviens plus trop mais je me suis fait réprimander. Et je suis rentré chez moi en disant à mes parents que je ne voulais plus y retourner. Mon père m’a dit : « Ecoute, je fais de l’Aïkido, tu peux venir essayer » (il a commencé en 1952). Je suis allé voir, il n’y avait que des adultes, et… j’y suis resté ! Tu te rends compte, je ne savais même pas que mon père pratiquait, ni encore moins ce que c’était !

PAGT : Donc, à cette époque, dès qu’un stage était annoncé, c’était l’euphorie ?

EM : Oui, car Il y en avait bien moins qu’actuellement. Et ceux-ci duraient très souvent deux jours pleins. De plus les circuits d’informations n’étaient pas aussi performants, nous n’étions pas aussi nombreux. C’était intense et pas question de dire je ne viens que le matin, ou je pars une heure avant la fin, crois-moi ! C’est à cette période que nous avons reçu au club Maître Kobayashi, Maître Noquet, Michel Hamon, Jo Cardot et bien d’autres.

PAGT : Et après tu as rencontré Bernard Palmier…

EM : En 83, nous avons su que quelqu’un revenait du japon. Je suis allé le voir et… je ne l’ai plus quitté. J’allais à Paris pour ses stages et l’école des cadres IDF qu’il a dirigé dès 84, j’ai fait ainsi parti de la première promo. Les liens se sont tissés au fil du temps. Par ailleurs, je participais le plus possible aux stages animés par tous les techniciens du moment, Christian Tissier, Franck Noel, Pascal Norbelly, Arnaud Waltz ou Patrick Benezi (que je connaissais depuis 77).

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Eric et Bernard Palmier au 30e stage d’été d’Autrans (38)

PAGT : Enfant tu connaissais donc Patrick Benezi ?

EM : Oui, il avait 23 ans. Il dirigeait un dojo au Chesnay près de Versailles et s’occupait de Kobayashi senseï lorsqu’il venait en France (je dois toujours avoir quelques photos de cette période). Il animait déjà des stages dont un entre les fêtes de fin d’année où tout le monde dormait au dojo. J’en ai de bons souvenirs. C’était avant la création de la FFAAA.

PAGT : Comment as-tu passé ton shodan, c’était le même système qu’aujourd’hui ?

EM : A Dieppe je crois, en 84. Je n’en garde pas un énorme souvenir, mais c’était un peu différent, les choses étaient moins formelles, le contenu demandé était plus large, 45 mn Uke, 45 mn Tori, avec le même partenaire, ce n’était pas rien (rires). 2e dan en 86, et un gros laps de temps pour le 3e, 9 ans. Parce que, étant en province à ce moment-là, l’accès au cours gradés était moins aisé qu’aujourd’hui, et j’ai pris mon temps pour me présenter. Ensuite le 4° en 99 et enfin j’ai été promu 5° dan en 2007.

PAGT : Les passages d’aujourd’hui sont-ils plus exigeants qu’à l’époque ? Beaucoup disent que les shodan et nidan sont d’un niveau de plus en plus bas ?

EM : Notre connaissance de la discipline a augmenté, l’interrogation et les critères d’évaluation sont plus précis certes, mais pour avoir vu de nombreux passages de grades de nos « anciens », je t’assure que des prestations comme ca se font de plus en plus rares ! Je pense que la tendance, pour de multiples raisons valables ou non, est malheureusement au nivellement par le bas.

PAGT : Comment en es-tu venu à enseigner ?

EM : J’ai commencé avec les enfants en 84 en même temps que la préparation au brevet d’état. En 86 j’ai pris la responsabilité complète du  club de Vernon. Nous avons obtenu le dojo actuel à cette époque. Je travaillais comme technicien de maintenance en automatisme. Un métier que j’ai peu exercé, car très vite j’ai eu l’opportunité d’œuvrer dans un service de prévention de la délinquance. La ville a fermé ce centre et je me suis retrouvé à ne faire que de l’Aïkido et je me suis rendu compte que c’était ce qui me plaisait le plus, et du coup… j’ai continué !

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 PAGT : Ceci-dit, être professionnel à l’époque, ce ne devait pas être simple…

EM : Ca ne l’est toujours pas ! Même si on est un peu plus nombreux, il ne faut pas rêver, ce n’est pas avec cela que tu peux gagner ta vie convenablement, à pars quelques-uns. Je gagne peu, en revanche je bénéficie d’une qualité de vie hors du commun. Je pratique et j’enseigne avec plaisir. Je ne vais jamais au dojo en y étant contraint ni en me disant « zut il faut y aller ! » jamais, jamais.

 PAGT : Et comme tu ne fais que cela, tu ne te lasses jamais, de répéter des choses basiques aux débutants par exemple ? J’étais au cercle il y a peu, et on bossait sur shomen uchi ikkyo en suwari waza. Je ne pouvais m’empêcher de penser que Christian, qui faisait le cours, devait être lassé d’enseigner cela à des bleus. Mais non, pas du tout, on voyait qu’il y prenait toujours du plaisir, bienveillant, attentif et patient, ça ma stupéfait.

EM : Encore heureux qu’on y prend du plaisir ! Sinon, ça ferait longtemps que nous aurions tous arrêté ! De toute façon, l’Aïkido c’est la répétition, on répète sans cesse et on affine. Notre vie c’est l’Aïkido. Ma vie est organisée autour de l’Aïki. Même mes vacances ! C’est l’Aïkido d’abord, le reste après, et cela depuis des années, c’est passionnel. Je suis comme marié avec. Pour moi, notre activité, je la vois souvent comme une sorte de boule à facettes. Tu mets un spot ici, tu as un éclairage, tu changes l’angle, tu as un apport nouveau. C’est infini. Par exemple : Je connais Bernard depuis 83, et pourquoi je suis encore avec lui alors que je suis autonome ? Parce qu’il a toujours une chose nouvelle à nous proposer, une nouvelle façon d’appréhender tel ou tel sujet, il nous surprend, même après 30 ans, c’est magique !

PAGT : Pourtant pour moi, un 4e dan me donne l’impression de tout savoir, c’est une montagne. Et ça me fait drôle de constater, dans les stages enseignants par exemple, les doutes qu’ils ont, leurs questionnements, leurs angoisses de profs. Et que toi 5e dan, tu puisses aller chez Bernard et encore peut-être apprendre !

EM : Ce n’est pas peut-être, c’est certain (rires) ! Il y a toujours de nouveaux éclairages, de nouvelles approches, des éléments à expérimenter, des points à améliorer. Et c’est parfois en expliquant quelque chose à mes élèves, que soudain, je me dis, eh oui, c’est comme cela que ça fonctionne ! Et dans la démarche de l’enseignement, ça amène à découvrir, ou mieux comprendre certains aspects. Je pense que tout pratiquant, dans sa progression, arrive à un stade où il est amené à enseigner, à transmettre, ne serait-ce que ponctuellement. Le rôle d’un prof, et il ne faut pas se tromper, c’est de guider les gens sur la voie de l’Aïkido. C’est bien plus que de dire comment réaliser telle ou telle technique. Ca va beaucoup plus loin ! C’est de rendre ces élèves autonomes, et donc d’accepter qu’ils s’en aillent un jour et ça,…c’est compliqué ! Je ne conçois pas d’enseigner sans continuer à pratiquer. Je ne vois pas comment on peut faire. Même si chacun a ses contingences familiales ou professionnelles. Ok, mais pour moi, à un moment, tu vas tourner en rond, sans apport, sans la petite étincelle qui te donne envie d’aller plus loin. J’ai la chance de pouvoir m’organiser, de pratiquer tous les vendredis, en temps qu’élève chez Bernard, plus les nombreux stages auxquels je participe !

 PAGT : On progresse en enseignant ?

EM : Oui mais… On ne progresse pas plus quand on enseigne, que quand on pratique, les deux facettes se complètent. J’ai aussi besoin de pratiquer en tant qu’élève pour qu’on m’offre des pistes. Comme j’ai suffisamment d’autonomie, je peux exploiter ces pistes, chercher autour, quitte à me tromper parfois. C’est une démarche permanente.

Bruno ( enseignant 4e dan)  : On avance aussi avec ses erreurs, on croit transmettre quelque chose, et on se rend compte que ça ne passe pas. Ce qui arrive souvent, c’est que tu as l’impression de faire un super cours, et tu n’as aucun feed-back. Et puis le cours suivant tu fais un cours très banal sans véritable inspiration, et là les élèves viennent te voir pour te remercier ! Du coup, enseigner devient vraiment une question d’échange.

Martial (élève 2e dan d’Eric ) : Enseigner, cela pose aussi la question suivante : comment garder tes élèves, et leurs donner envie de revenir la semaine d’après ?

EM : Il n’y a pas de solutions miracles, sinon, on les connaîtrait depuis longtemps !

Bruno : Donner du plaisir et de l’intérêt. En même temps, j’aime leur en faire baver un peu mais faut qu’ils aient envie de revenir. Si tu leur fait faire deux semaines de suwari-waza, ou un mois d’ikkyo-omote, tu vas finir tout seul très vite ! C’est tout l’intérêt des stages enseignants pour se remettre en question !

EM : Oui ces stages de formation mis en place par la fédération et animés par des membres du Collège Technique National me semblent incontournables pour tous les enseignants (et assistants ou futurs enseignants), d’ailleurs j’y participe régulièrement depuis longtemps. Je regrette que de nombreux professeurs ne profitent pas d’une telle opportunité. Par exemple : l’engouement de la tranche d’âge 16/25 ans pour l’Aïkido est très faible, il y a certainement des pistes à explorer en rendant communes nos expériences. La formation continue est le moyen idéal pour ça. Personnellement je crois qu’à nos débuts la pratique était plus « rustique », plus approximative. Depuis nous avons progressé, évolué et nous proposons maintenant un produit plus abouti qui semble moins intéresser les jeunes adultes, alors à nous de faire des propositions qui leurs conviennent mieux, sans dénaturer l’Aïki bien entendu !

Bruno : En même temps, les jeunes on sait comment ça marche, ils veulent essayer 1000 activités, il y a les premières sorties, les études etc., bref tout pour qu’ils s’en aillent.

Martial : Et vous enseignants, vous avez besoin de continuer à évoluer, avec nous, pour nous, et aussi pour vous !

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(Eric, Yasmine et Bruno lors du stage Enseignants 2013 de Sablé/Sarthe)

PAGT : Tu occupes les fonctions de DTR en Basse-Normandie et tu sièges au Collège Technique National. Tu y fais quoi ? Pour moi le CTN, c’est comme l’académie française, on se réunit, on décide d’axer l’année plus sur tel principe ou moins sur telle technique ? (rires)

EM : Bien que la population d’Aïkidokas vieillisse, je crois que nous sommes quand même plus jeunes que les académiciens ! (rires). Un Délégué Technique Régional, est membre du collège technique de la fédération. Il est à même de diriger des stages fédéraux. Il est au service d’une région pour son animation technique, assurer les formations enseignants, développer et entretenir une cohésion d’ensemble. Animer des stages nationaux (pour certains techniciens) régionaux et départementaux, où il va aller loin que ce que les professeurs enseignent au quotidien. Et ainsi, impulser une dynamique. Assurer une cohérence entre les pratiquants des différents clubs et régions. Pour cela nous avons deux séminaires par an, où les cadres travaillent ensembles, avec des moments sur le tatami, autour d’un programme établi lors du précédent séminaire technique. Cela nous permet d’aborder des sujets très variés tels que le discours de l’enseignant, la promotion des actions de formation proposées par la fédé, les relations armes/mains-nues, la collecte/classification des divers documents liés aux formations, l’évaluation aux passages de grades. En résumé : tout ce qui est directement lié à la pratique, l’enseignement, l’évaluation et la formation. Il y à aussi un moment de rencontre avec le bureau fédéral. Grâce à ces deux séminaires annuels, nous travaillons à assoir notre diversité de pratique dans l’unicité des principes qui régissent l’Aïkido. C’est une formation continue indispensable pour nous.

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(Stage Régional Lorraine  à Bar le duc 23 Février 2014)

PAGT : Ah oui, et au fait, comment devient-on juré ?

EM : il y a deux choses. Pour être juré régional aux sessions du 1er et 2e dan, il faut être 4e dan BE, éventuellement BF (brevet fédéral) et avoir participé aux stages de formation à l’évaluation (un tout les deux ans minimum). Ces critères remplis, les jurés figurent sur une liste validée par la CSDGE (Commission Spécialisée des Dans et Grades Equivalents) et peuvent être sollicités par les ligues pour les épreuves. Pour les passages 3 et 4e dan, Les juges sont issus du Collège Technique National. Le 3° dan est un examen interrégional et le 4° national.

PAGT : A Rouen, tu nous as demandé lors de la dernière formation enseignant « C’est quoi pour vous l’Aïkido, quel est l’objectif de l’Aïkido ? ». Je t’ai répondu que pour moi, c’était un moyen de devenir meilleur, d’améliorer mes relations aux autres, ensemble…

eric-sylvain-kaiten-nage (2)EM : Oui mais… Le développement personnel, quand il y en a, n’est qu’une conséquence de la pratique. De même que se présenter à un grade, ne peut être qu’une conséquence de ton parcours, de ton investissement, de ton travail, et non un objectif ! L’Aïkido propose des perspectives plus larges. Qui sont d’ailleurs inscrites à l’Aïkikaï. C’est quoi l’Aïkido ? Cela, on ne peut le découvrir qu’en pratiquant et en progressant. Très concrètement, à travers le répertoire technique, on applique des principes, sous-tendus par des valeurs qui permettent de se rapprocher de ces objectifs, et… on l’expérimente vraiment ! L’échange avec l’autre, la connexion, la communication, recevoir sans subir, donner sans être définitif, accepter d’abandonner le superflu pour préserver l’essentiel, on le vit sur le tatami. Tout cela au début, tu ne le perçois pas. Tu te focalises sur l’aspect technique. Quand j’avais 12 ans, je n’avais pas conscience de ces aspects, le domaine technique m’intéressait, le registre martial, voir sportif, mais pas les objectifs de l’Aïkido, je ne les connaissais pas. Quand j’avais juste 6 mois de pratique, j’ai pu rencontrer un senseï japonais, j’ai eu la chance de faire Uke pour lui plusieurs fois, c’était merveilleux pour un môme, mais je ne réalisais pas encore ce qu’était l’Aïkido. Ces perspectives, extrêmement ambitieuses, sont de… par le travail avec les autres, rendre la société meilleure !

PAGT, Mais pour ainsi dire, jamais nos profs ne nous parlent de cela ! Qu’est-ce que l’Aïkido, ses perspectives, le sens de tout ça ? Il y a un moment où on voit bien que l’Aïkido, ce n’est pas des clefs de bras à la Seagal ! Et pourtant, je ne l’ai peut-être pas perçu, mais je n’ai jamais eu réellement, sur un tatami d’explications à ce sujet.

EM : Peut-être qu’ils ne le savent pas ! (rires). Mais sérieusement ta remarque est intéressante, le dojo est le lieu de la pratique pas celui des conférences. Malgré tout il faut que cet aspect primordial de notre discipline apparaisse à un moment ou un autre dans le cursus des pratiquants, peut-être au café après un cours ? Que les professeurs en parlent. Pour moi enseigner les techniques pour elles-mêmes, je ne vois pas bien l’intérêt, notre catalogue technique existe pour nous permettre d’appliquer des principes, eux-mêmes mus par des valeurs. Notre activité est bien plus qu’une forme de self-défense parmi tant d’autres. En même temps, nous ne sommes pas là pour faire des exposés sur l’Aïkido. En mettant en scène la pratique, avec les Waza, les Keïko et les principes Aïki, on va tendre vers les objectifs, c’est mon rôle, ma petite contribution à l’Aïkido. Cela va apparaitre en filigrane dans mes interventions de temps en temps, mais je ne ferais pas de grand laïus. Encore une fois c’est par la pratique, étayée par différents types de discours que l’Aïkido prend son sens. Discours descriptifs (ce qu’il faut faire), explicatifs (comment le faire ?, application des principes), et projectifs (pourquoi le faire ?, pourquoi-pas des analogies avec la vie courante ). L’enseignement, c’est la capacité à utiliser à bon escient ces trois formes de discours pour que les apports aux élèves soient les plus efficients. Certains enseignants ne sont que dans le descriptif « Mets ta main ici, tes pieds là… » d’autres dans l’explicatif et c’est déjà plus intéressant : donner du sens ce que nous faisons va apporter plaisir et motivation. Et enfin projectif, sur les propos de l’Aïkido, et là apprendre à faire shiho-nage, irimi-nage ou ikkyo devient secondaire…

PAGT : Et tout cela, sans tomber dans un ésotérisme nébuleux ou le mysticisme… A ce propos, dans AÏKIDO, il y a KI, mot bien mystérieux, dont on parle peu sur les tatamis. On sent même une frilosité des enseignants à aborder le sujet ?

EM : C’est un vaste sujet : nous ne sommes pas japonais, ni bercés de cette culture orientale comme eux, avec des notions imprégnées dans leurs vies depuis des générations et des générations.  Et en même temps, tout ça est très concret. Le ki on le traduit par énergie, mais avec un sens large. Comment ça va ? En japonais, ça se dit : « O GENKI DESSUKA » ? Comment est ton énergie ? Le Ki, est partout pour les japonais, dans la nature, l’électricité, la santé, etc… dans tout. Pour moi, c’est « l’utilisation optimale et globale du corps, avec un minimum d’effort pour un maximum de résultat ». Il n y a rien de mystique. C’est tout à fait concret.

Bruno : On connait ça : ki nagare, ki musubi, ce sont des choses concrètes, mais qu’il faut encore savoir expliquer…

EM : En effet, un prof doit savoir expliquer cela, et les donner à vivre sur le tatami sinon… il doit se former.

PAGT : En allant au japon ?photostagemensueldeceric

EM : Non pas nécessairement, nous avons suffisamment de grands techniciens et d’experts en France pour nous éclairer sur tous ces aspects et une fois encore les formations sont faites pour ca !

Bruno : Mais au japon, tu n’as pas vu des choses différentes ou perçu une évolution dans la transmission ?

EM : Non, l’organisation des cours y est quelque-peu différente mais pour percevoir des évolutions il faudrait parler couramment japonais et y rester fort longtemps. Après c’est une question de personnalité. Mon référent est Bernard palmier, il m’a formé et continue à le faire, je lui dois beaucoup. Mais je ne suis pas lui. Je n’essaye pas de le copier, simplement parce que je ne saurais pas le faire. Chacun est séduit par des aspects différents. Yasuno senseï, que je trouve absolument génial, a une approche spécifique, parce que probablement sa sensibilité l’amène à certaines orientations, qui seront différentes de celle d’Endo senseï, aussi génial au demeurant, qui lui a d’autres sujets d’intérêt. Myamoto senseï, d’autres et Osawa senseï encore d’autres. C’est valable aussi pour nos cadres.

Bruno : Cette diversité fait notre richesse.

EM : Bien sûr, et il y a aussi de jeunes senseïs, qu’on ne connait pas encore très bien, qui sont passionnants !

PAGT : Quand Kisshomaru Ueshiba a formalisé l’aïkido, n’a-t-il pas dénaturé le travail de son père en le simplifiant ? Pourrait-on enseigner le même Aïkido si on supprimait kote-gaeshi ?

EM : On perdrait beaucoup ! Pour l’ancien Doshu, je ne sais pas, on le dit, et on dit beaucoup de choses, surtout ceux qui n’étaient pas là pour le constater… En tout cas, je ne le crois pas. Il a inventorié, classifié, formalisé, et grâce à lui, l’Aïkido s’est développé et répandu dans le monde entier. A-t-il supprimé des choses ? Pas si sûr. Quelques techniques trop proches du Daïto-ryu, celui-ci étant à l’origine de l’Aïkido ? Peut-être ? Si tel fut le cas, c’était probablement pour ne pas faire d’amalgame entre les deux écoles. Ce n’est que mon avis personnel.

PAGT : Alors comment expliques-tu, que l’on ne pratique plus, autant, les sutemis, pourquoi kubi-nage, ou tai-atari, que tu enseignes pourtant, ne sont pas au répertoire ?

EM : Les sutemis n’ont jamais fait partie intégrante de notre répertoire, c’est un registre très usité par les adeptes de l’Aïkibudo, activité développée par Alain Floquet en France. Néanmoins nous pourrions trouver des liens avec la notion de Kaeshi-waza dans notre pratique. Quand à kubi-nage, c’est une variation de kaïten-nage qui à pris un nom (donc devenue une variante). Pour taï-atari, ce n’est en aucun cas une technique, mais juste une manière d’exécuter ladite technique avec le partenaire sans l’intermédiaire des bras (rencontre de corps à corps).

logo-vernon-2PAGT :Ne trouves tu pas que l’on ne rend pas assez grâce à Kisshomaru au détriment d’un culte excessif au fondateur ?

A propos d’O-Senseï, le mot culte me gêne, il est et reste le fondateur. Kisshomaru Ueshiba, et les nombreux senseïs qui ont voyagé dans tant de pays ont contribué à répandre et développer la création de Moriheï Ueshiba, tout comme le Doshu actuel et à l’avenir Mitsuteru Ueshiba.

PAGT : Pour finir Eric, quel conseil donnerais-tu à un débutant, kyu ?

EM : c’est au cas par cas… globalement les tout débutants se focalisent sur la technique, les gestes et… c’est normal, un passage obligé. C’est tout le rôle de l’enseignant de les amener au-delà de ces considérations. Comme je le disais plus tôt dans notre discussion : toutes les techniques ne sont que des moyens à notre disposition pour appliquer des principes. Il s’agit de mettre en œuvre tous ces principes, pour toutes les techniques. Et on n’en a jamais fini avec ça ! Il ne sert à rien d’apprendre un catalogue.  Après… mon seul conseil… choisissez bien votre professeur. C’est déterminant.  Encore faut-il avoir le choix, selon où on se trouve !

PAGT : Oui, mais c’est souvent un choix qui n’en est pas un. Les gens vont au dojo le plus proche ou qui correspond à leurs horaires de boulot.

EM. Oui c’est exact et logique mais n’est-il pas logique de comparer lors d’un gros achat ? Un investissement ? L’Aïki est une pratique dans laquelle on s’investi alors pourquoi ne pas comparer ? Toi qui es amené par ton travail à bouger tout le temps, tu pratiques dans de nombreux dojos. Il faut avoir des racines solides, une construction pour ne pas se disperser. C’est très difficile à obtenir. C’est le propos de l’Aïkido. Diversité/unicité. Il faut des racines vastes et solides comme un roseau, pour pouvoir fléchir sous les assauts du vent sans se rompre.

PAGT : j’ai lu cela de Bernard Palmier sur l’analogie du roseau : la diversité, c’est le vent, les racines, le discernement.

EM : Aie ! J’espère qu’il n’a pas de copyright pour le roseau ! (rires). Je peux difficilement donner des conseils aux débutants, c’est individuel. Par contre je peux t’en donner un pour toi : trouve-toi un senseï de « référence », avec qui tu pourras progresser et te ressourcer le plus souvent possible. Continue à fonctionner comme tu fonctionnes, parce-que c’est intéressant, et aussi parce-que tu n’as pas le choix. Après quand tu auras des racines fortes, tu pourras mieux profiter des éclairages extérieurs.

Bruno : Quelqu’un qui donnera du sens à ta pratique !

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            (Eric, Bernard Palmier shihan président du CTN, Christian Clément DTR Guadeloupe, Christian Borie DTR Midi-Pyrénées,

Raymond Dufrenot DTR Martinique, Arnaud Waltz DTR Nord pas de Calais – Stage National Enseignants Août 2013)

 

 PAGT : Une dernière question Eric : Qu’est-ce que l’Aïkido a transformé chez toi au fil du temps ? »

EM : Rires ! Je ne peux pas répondre à cette question ! J’ai toujours pratiqué et beaucoup  (actuellement 30 heures par semaines) alors je ne sais pas du tout comment j’aurai pu être si je n’avais pas rencontré l’Aïkido. En tout cas, ce que je peux dire c’est que je me sens bien dans ma vie.

Domo arigato gozaimashita senseï !

QrCode-aikidovernon                    http://www.aikido-vernon.com/                 qr-codeFaceBookaikidovernon

Un lien vers un autre interview d’eric par le club de Bar le Duc ;)   :

http://www.aikido-lorraine.fr/images/stories/documents/2014-02-23_Eric%20Marchand_Interview.pdf

 


Budokas entre ombre et lumière.

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Je n’avais encore jamais  assisté à ce fameux festival des arts martiaux de Bercy. Cette année, l’occasion se présentait bien avec mon fils de 13 ans et deux amis. Je ne m’attendais pas à de grandes surprises, juste à un spectacle haut en couleur, comme j’aime à en voir …chez Gruss. Des acrobaties chinoises, des jongleurs de nunchakus, des coupes de sabres et de la casse de brique pour le spectaculaire. Peut-être même un trampoline et des clowns ! De quoi applaudir sous le chapiteau, mais avec en plus, quand même,… la découverte de pratiques martiales venues des quatre coins du monde, en espérant une belle démo d’aïkido, peut-être des kendokas tout hurlement dehors, et de jolies chorégraphies wushu.

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Loin de vouloir paraitre ironique ou de bouder mon plaisir, je ne fus pas déçu par ce show magnifique, il faut le dire. Le spectacle fut à la hauteur de mes attentes, et j’ai beaucoup applaudis des deux mains. Un peu déçu quand même, car ni Kendo ni iaido,  mais une démo splendide de Leo Tamaki et ses élèves (bon, on prêche un convaincu ici), de superbes kata Kashima ryu par Pascal  et Bruno, de très belles démo taekwondo et kyokushin, ou les enfants furent à l’honneur. Et ça, ça m’a fait très plaisir, que l’on mette cette très jeune génération en avant, et pas seulement les grands experts de ces diciplines. Et ils furent vraiment impressionnants, très impressionnants, avec beaucoup de fraicheur et d’enthousiasme. 3 heures de trés beau spectacle donc.

 

Il y en a eu d’autres qui m’ont impressionné ce soir-là. Plus qu’impressionné : bouleversé… Je ne parlerais pas de ces démonstrations festival-arts-martiaux-2014d’ « efficacité martiale », à grand coup de pied dans l’entre jambe et de doigts dans les yeux. Même au MMA, des règles ont étés mises en place et certains coups sont interdits.  Bien sur,  en Iaido, kenjutsu et autres arts de la lame, on tranche, on eviscere, on décapite, c’est vrai. C’est pour cela que le reishiki existe. La vraie victoire n’est-elle pas de ne pas sortir sa lame? De plus, à part quelques psychos, personne ne se ballade avec un katana. Ici,  on a même eu droit à des coups de feu ! Chacun a droit à sa place, pour s’exprimer, c’est la loi de la diversité, et c’est sain. Mais que dire de ces  sports de self défense où l’on apprend à tuer, à détruire, et peut être ce qui est pire, donner l’illusion que l’on pourrait apprendre à se défendre contre une arme à feu. Comme le dit une prof de mes amis » Si tu veux faire un budo juste pour apprendre à te défendre, commence par apprendre à courir ! ». Car pour vraiment faire face à un couteau dans la rue, avec plusieurs adversaires vicelards, avec le stress et la peur, il va falloir déjà  un peu plus que quelques cours de self defense…

Alors je m’interroge sur  le sens du mot Budo ou celui « d’ART martial ». Faut-il mieux apprendre à vaincre, ou apprendre à ne pas être vaincu ? Comment peut-on supposer gagner un combat, en ôtant toute dignité à son adversaire ? Est-ce là un modèle pour la jeune génération. On m’a expliqué il y a peu, que l’objectif de l’aïkido, mais cela vaut aussi pour les autres budo à mon avis, est d’œuvrer à la construction d’une société meilleure, ou du moins son amélioration. Bu DO, la voie du guerrier. Celui qui détruit, qui fait couler le sang ? Ou celui qui protège, qui veille sur ses proches,  qui rassure et fait face ?

home-no-differenceLa réponse est venu pour moi avec les pratiquants du combat libre «  No difference ». Et quelle leçon ! Claudio Alessi, est venu avec ses élèves, tous handicapés, plus ou moins lourds. Autiste, Trisomique, para et hémiplégique, aveugle. Ce à quoi nous avons assisté ce soir était simplement prodigieux. Avec leurs « faibles moyens », mais avec un courage et une détermination extraordinaire, Julien, Alex, Anthony, Simon, et Colin  nous ont offert une démonstration de karaté, jujitsu  et de nunchaku, d’une intensité inouïe. Loin ici les exploits barnumesque des experts Xème dan en nunchaku, bâton et autres machine outils, (même si ils étaient très bien, quand même, il faut leur rendre grâce!). Ce qu’ils nous ont offert ce soir-là, fut la plus belle démo de budo à laquelle j’ai pu assister. Courage, persévérance, détermination et encore du courage pour se produire ainsi à Bercy devant une foule venue voir les champions du MMA !  Démo accompagnée par une magnifique chanson, « Sakuranbo » entonnée merveilleusement par Kimka, paraplégique, qui n’a que sa voix pour arme. Mais la foule ne s’est pas trompée. Le public est debout, applaudit à tout rompre, les gens sont en larmes. Moi-même, l’émotion me submerge devant tant de pugnacité. Et quel mérite pour cet enseignant, Claudio Alessi. Dire qu’il est expert en Karaté Kyokushinkai, art décrié parfois pour sa soit disant violence. Mais là on a vu, de mon point de vue, un vrai BUDOKA. De vrais budokas. Alors peut-être n’y a-t-il pas de mauvais élèves, ni de mauvais budo, mais peut ,être juste  de mauvais professeurs ?

Cela ma rapellé un souvenir quand j’etais ado. je m’essayais alors au shotokan, et il y avait ce monsieur , en ceinture blanche et keikogi mal ajusté. Il venait tout les jeudis avec son fils hemiplegique de 17 ans. Il le faisait marcher, sur des semblants de katas. tout les jeudis soir,sans relache ni lassitude, dans un coin de tatami, tout seul avec son fils…le prof aurait du leur remettre une ceinture noire.

 

Finalement, cette 29e nuit des arts martiaux était une complète réussite.

PS : j’ai recu il y a peu cette image sur facebook. Une des plus belles que j’ai vu…

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Pour moi, c’est cela le Budo, et pas enfoncer ses doigts dans les yeux de son partenaire. Courage, respect, humilité. Osu!

 

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