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Budokas entre ombre et lumière.

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Je n’avais encore jamais  assisté à ce fameux festival des arts martiaux de Bercy. Cette année, l’occasion se présentait bien avec mon fils de 13 ans et deux amis. Je ne m’attendais pas à de grandes surprises, juste à un spectacle haut en couleur, comme j’aime à en voir …chez Gruss. Des acrobaties chinoises, des jongleurs de nunchakus, des coupes de sabres et de la casse de brique pour le spectaculaire. Peut-être même un trampoline et des clowns ! De quoi applaudir sous le chapiteau, mais avec en plus, quand même,… la découverte de pratiques martiales venues des quatre coins du monde, en espérant une belle démo d’aïkido, peut-être des kendokas tout hurlement dehors, et de jolies chorégraphies wushu.

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Loin de vouloir paraitre ironique ou de bouder mon plaisir, je ne fus pas déçu par ce show magnifique, il faut le dire. Le spectacle fut à la hauteur de mes attentes, et j’ai beaucoup applaudis des deux mains. Un peu déçu quand même, car ni Kendo ni iaido,  mais une démo splendide de Leo Tamaki et ses élèves (bon, on prêche un convaincu ici), de superbes kata Kashima ryu par Pascal  et Bruno, de très belles démo taekwondo et kyokushin, ou les enfants furent à l’honneur. Et ça, ça m’a fait très plaisir, que l’on mette cette très jeune génération en avant, et pas seulement les grands experts de ces diciplines. Et ils furent vraiment impressionnants, très impressionnants, avec beaucoup de fraicheur et d’enthousiasme. 3 heures de trés beau spectacle donc.

 

Il y en a eu d’autres qui m’ont impressionné ce soir-là. Plus qu’impressionné : bouleversé… Je ne parlerais pas de ces démonstrations festival-arts-martiaux-2014d’ « efficacité martiale », à grand coup de pied dans l’entre jambe et de doigts dans les yeux. Même au MMA, des règles ont étés mises en place et certains coups sont interdits.  Bien sur,  en Iaido, kenjutsu et autres arts de la lame, on tranche, on eviscere, on décapite, c’est vrai. C’est pour cela que le reishiki existe. La vraie victoire n’est-elle pas de ne pas sortir sa lame? De plus, à part quelques psychos, personne ne se ballade avec un katana. Ici,  on a même eu droit à des coups de feu ! Chacun a droit à sa place, pour s’exprimer, c’est la loi de la diversité, et c’est sain. Mais que dire de ces  sports de self défense où l’on apprend à tuer, à détruire, et peut être ce qui est pire, donner l’illusion que l’on pourrait apprendre à se défendre contre une arme à feu. Comme le dit une prof de mes amis » Si tu veux faire un budo juste pour apprendre à te défendre, commence par apprendre à courir ! ». Car pour vraiment faire face à un couteau dans la rue, avec plusieurs adversaires vicelards, avec le stress et la peur, il va falloir déjà  un peu plus que quelques cours de self defense…

Alors je m’interroge sur  le sens du mot Budo ou celui « d’ART martial ». Faut-il mieux apprendre à vaincre, ou apprendre à ne pas être vaincu ? Comment peut-on supposer gagner un combat, en ôtant toute dignité à son adversaire ? Est-ce là un modèle pour la jeune génération. On m’a expliqué il y a peu, que l’objectif de l’aïkido, mais cela vaut aussi pour les autres budo à mon avis, est d’œuvrer à la construction d’une société meilleure, ou du moins son amélioration. Bu DO, la voie du guerrier. Celui qui détruit, qui fait couler le sang ? Ou celui qui protège, qui veille sur ses proches,  qui rassure et fait face ?

home-no-differenceLa réponse est venu pour moi avec les pratiquants du combat libre «  No difference ». Et quelle leçon ! Claudio Alessi, est venu avec ses élèves, tous handicapés, plus ou moins lourds. Autiste, Trisomique, para et hémiplégique, aveugle. Ce à quoi nous avons assisté ce soir était simplement prodigieux. Avec leurs « faibles moyens », mais avec un courage et une détermination extraordinaire, Julien, Alex, Anthony, Simon, et Colin  nous ont offert une démonstration de karaté, jujitsu  et de nunchaku, d’une intensité inouïe. Loin ici les exploits barnumesque des experts Xème dan en nunchaku, bâton et autres machine outils, (même si ils étaient très bien, quand même, il faut leur rendre grâce!). Ce qu’ils nous ont offert ce soir-là, fut la plus belle démo de budo à laquelle j’ai pu assister. Courage, persévérance, détermination et encore du courage pour se produire ainsi à Bercy devant une foule venue voir les champions du MMA !  Démo accompagnée par une magnifique chanson, « Sakuranbo » entonnée merveilleusement par Kimka, paraplégique, qui n’a que sa voix pour arme. Mais la foule ne s’est pas trompée. Le public est debout, applaudit à tout rompre, les gens sont en larmes. Moi-même, l’émotion me submerge devant tant de pugnacité. Et quel mérite pour cet enseignant, Claudio Alessi. Dire qu’il est expert en Karaté Kyokushinkai, art décrié parfois pour sa soit disant violence. Mais là on a vu, de mon point de vue, un vrai BUDOKA. De vrais budokas. Alors peut-être n’y a-t-il pas de mauvais élèves, ni de mauvais budo, mais peut ,être juste  de mauvais professeurs ?

Cela ma rapellé un souvenir quand j’etais ado. je m’essayais alors au shotokan, et il y avait ce monsieur , en ceinture blanche et keikogi mal ajusté. Il venait tout les jeudis avec son fils hemiplegique de 17 ans. Il le faisait marcher, sur des semblants de katas. tout les jeudis soir,sans relache ni lassitude, dans un coin de tatami, tout seul avec son fils…le prof aurait du leur remettre une ceinture noire.

 

Finalement, cette 29e nuit des arts martiaux était une complète réussite.

PS : j’ai recu il y a peu cette image sur facebook. Une des plus belles que j’ai vu…

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Pour moi, c’est cela le Budo, et pas enfoncer ses doigts dans les yeux de son partenaire. Courage, respect, humilité. Osu!

 

Thank you so much 2013! Welcome 2014 ! Une Bonne année à tous et à toutes !

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L’année 2013 est terminée. Voilà 2014 et toutes ses promesses.
Je crois que je n’ai jamais eu l’opportunité de rencontrer tant de personnes en si peu de temps. Un an et tant de rencontres tellement enrichissantes et passionnantes.

Un grand merci encore à  tous mes professeurs, réguliers, ou d’un soir:

Albert Gonzales , Eric Marchand , Bernard Palmier, Christian Tissier,Franck Noel , Michel Vanhomwegen, Bruno Gonzalez , Michel Becart, Jean louis Dupuy, Pascal Guillemin,Paul Matthis, Nadia Korichi,Fabrice de Ré,Dominique Rascle,Fabrice Geffroy, Marc Gandolphe,Alain Tendron, Leo et Issei Tamaki, Julien coup, Farouk Benouali, Philipp Checkler,Laurent huyghe,Philippe Jouan, Philippe Delestre, Beatrice Caltot,Maurice Strasser, Brahim Si guesmi, Farid si moussa, Roland Lannier, Christian Cailleux,Alain Grafal, Franck Vuksic, Alwynn Edwards, philippe Oujagir, Ahmed Zich, Julia Geissberger, Peter Frankhauser, et l’aikikai Orannais.

408381_368763989900855_749882594_nEt tous ceux qui d’une manière ou d’une autre, m’ont permis de progresser un peu, techniquement et humainement.
Mais surtout merci pour tout cette humanité partagé sur les tatamis et aussi en dehors des tatamis. Merci aussi à tous les pratiquants qui ont partagés ces moments avec moi.

 

L’année 2014 sera trés riche pour moi encore, avec des rencontres à venir en Espagne, Maroc, Algérie, Lybie, Espagne, Maurice, et ailleurs. J’espère tous vous revoir bientôt, et aussi, je vous souhaite à toutes et tous de passer une fin d’année la plus douce possible.

Je ne sais pas vraiment ce qu’est l’aikido, cela reste même une sacré question.Mais je sais que c’est quelque chose d’extraordinaire qui fait que moi, qui suis pourtant de nature misanthrope, retrouve foi dans l’humanité. Merci à vous.

Patrice.

Première rencontre avec Leo Tamaki et ses élèves.

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De passage sur la capitale pour un soir, j’avais décidé en premiere approche de me reposer tranquillement à l’hôtel,  vu que j’avais enquillé une série de stage/soirées aïkido/ karaté kyokushinkai et que la fatigue commençait à se faire  vraiment ressentir. Mais voilà, c’est plus fort que moi, et l’opportunité de pouvoir enfin rencontrer Leo Tamaki ne pouvait se manquer. Depuis le temps que j’attendais cela, je me suis fait (un peu) souffrance.

Je ne connaissais Leo que par Internet, et la revue Dragon. J’avais souvent entendu dire que son style, son approche était très différente de ce que l’on rencontre de manière plus académique dans l’aïkido fédéral. J’avais aussi été très intrigué de ce que j’avais pu lire ou voir sur Hino sensei, Akuzawa sensei, Kuroda sensei ou Kono Sensei, avec un travail qui me semblait tout à la fois passionnant et mystérieux. Leo, élève de maitre Tamura, suivait ces « étranges » maitres japonais, et j’avais hâte de découvrir cet univers.kono_sensei_by_heleneRasse-11

hinosenseismiles221J’avais aussi entendu dire que le travail de Leo était parfois déconcertant, voir perturbant. Même que Leo serait surtout un personnage jouant sur son image et son charisme…Ah bon? Autant voir par soi même. J’avais eu l’occasion de rencontrer Farouk Benouali et Issei Tamaki lors d’un stage il y a  peu, et l’approche qu’ils m’avaient alors proposés m’avait complétement séduit. Au cours du déjeuner suivant le stage, je m’étais étonné à Issei que durant le cours on n’avait pour ainsi dire, pas fait de technique, ce qui l’avait fait rire.  Farouk me répondit  alors que pourtant, on n’avait fait quasiment que ça ! Alors je voulais vraiment aller un peu plus loin et rencontrer Leo des que l’occasion se présenterait. Chose faite hier soir au dojo du Boulevard des Batignolles dans le 17e.

Arrivé sur place pour 19h30, je me trouve devant l’entrée mythique du dojo de Maitre Noro.  J’ai une pensée pour lui à ce moment-là, moi qui suis passé plusieurs fois par la, en me promettant de  rencontrer l’illustre grand homme, et malheureusement, cela restera à jamais un rendez-vous manqué…

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Le dojo est simplement, réellement, magnifique. D’emblée, on voit qu’on n’est pas n’importe où. A l’entrée, dans son célèbre hakama blanc, Leo est assis sur une chaise près du dojo. Comme je suis de nature timide, et en plus impressionné par le personnage comme par  le lieu, je me présente discrètement  comme patrice, de passage sur Paris. Leo m’invite en souriant à rejoindre le vestiaire, avec une moue amusée me semblant dire « Mais, il n’y a pas de problème, bienvenu».

Une fois vêtu, je rejoins les épais tatamis blanc crème, en seiza face au sensei, qui nous invite à un peu de méditation pour se mettre dans le bain. Je suis comme un môme a Disneyland, je dois l’avouer, et je passe cette minute à regarder autour de moi, émerveillé. Le Dojo est sublime, immaculé, avec quelques plantes vertes.je me sens parfaitement bien et serein, déjà content d’être là, avec en plus quelques visages connu comme Alex ou Marie. Vraiment je suis ravi de pouvoir faire enfin leur connaissance. Quoi qu’il arrive maintenant, ma soirée est gagnante.

Leo invite mon voisin, Germain, à me guider lors des exercices. En effet, ce ne sont pas les »échauffements classiques ». Mais il se trouve que  j’ai eu l’occasion de m’y initier avec Issei dernièrement. Travail de respiration, souplesse,  les fameux ukemis en partant à plat ventre en sollicitant les muscles profonds. Puis en partant couché sur le dos, ramener les jambes en douceur, basculer sur une épaule et glisser sur le ventre…Pas si simple, mais cela vient.

Puis après ces exercices, suivent ceux de sensation, d’éveil  à l’attaque. D’abord en seiza, les yeux fermés, tori avance lentement vers uke sur une attaque sincère mais lente. Il faut arriver à sentir l’attaque au plus tôt et bougé dans le sens de l’action pour accompagner tori. Petit à petit on en vient à réagir avant même que tori vienne au contact. Leo m’explique que ce travail vient avec le temps , mais assez rapidement en fait. Il faut bouger, parfois on se trompe mais tori sera là pour nous corriger. Idem  ensuite debout, et jusqu’ a la chute éventuelle. J’ai cru à un moment sentir comme un picotement juste avant le contact, à moins que cela ne soit que ma sueur…

Ensuite Leo nous montre sur une attaque shomen, comment rentrer en surprenant tori, en lui donnant l’illusion que l’attaque est sur son bras d’action, et  que l’on recule en absorbant, alors qu’en fait, on est en train d’avancer sur lui. On travaillera la dessus par exemple sur naname kokyu nage, aiki otoshi, et koshi nage. Leo : «  Dans un combat de boxe, les gars sont quand même plutôt habitué à prendre des coups. Le coup qui sèche l’adversaire, ce n’est pas le coup qui serait un peu plus fort, ou mieux placé, mais c’est le coup que l’autre n’a pas vu venir ».

On travaille sans force aucune ici. Pour Leo, on doit être comme un enfant face à un pilier de rugby, où vouloir se servir de sa force, bloquer serait totalement vain. L’exemple qu’il me donne est criant sur Aiki Otoshi. Une fois placé pour prendre les genoux d’Uke, J’arrive sans trop de peine à balancer mon partenaire, william, de  de 20 kg de moins que moi, mais …avec mes biceps. Pour lui c’est une autre affaire, vu ma masse… Leo arrive alors et nous explique qu’il a, lui même, peu de chance d’arriver à me soulever du sol (j’en doute…). Je l’attaque sincèrement, et … je m’envole les pieds en avant. Ce qui est le plus troublant, c’est que je n’ai senti aucune force de la part de Leo, stupéfiant. Si on part avec l’idée que l’autre est lourd, on se place une contrainte dans la tête, et on va se durcir pour jouer en force, et donc ne pas bouger uke. Il faudrait « balancer uke » comme on jette un sceau d’eau, relâché, sans force. Mouais, il y a du boulot encore alors…

J’en profite pour travailler avec Alexandre  Grzeg dont je suis «  les exploits «  sur son blog.  Alex sous ses allures félines, presque frêle,  exhalant une certaine placidité bienveillante, quasi  nonchalante, est « très » impressionnant. On sent chez lui beaucoup de douceur, de gentillesse, mais aussi une forte capacité de détermination. Il est encore très jeune, et je ne peux qu’imaginer le niveau qu’il aura dans 10 ou 20 ans. J’ai hâte de le suivre lors d’un de ces stage qu’il anime depuis peu, parce qu’on réalise  vite chez lui le pédagogue d’excellence qu’il doit être.

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La truculente Marie Apostolof est là aussi. Petit bout de femme, blondinette frêle, pleine de gouaille ironique, mais mieux vaut ne  pas s’y fier. Pour l’avoir vu avec Leo, elle a vraiment du métier, et j’espère qu’à notre prochaine rencontre elle me fera des koshi comme promis ;-)).

Au bout du compte, Je ne suis pas surpris de ce que j’ai vu, juste conforté dans ce que j’espérais voir, ou entrevoir. Primo,  Leo n’est pas un gourou, loin s’en faut. Il est souriant, avec cette moue amusée, qui lui donne l’impression de s’excuser. On dirait, et qu’il pardonne  ma franchise, un enfant qui fait des blagues, et qui rit dans sa moustache. On sent qu’il prend un grand plaisir à être la, voir qu’il s’amuse. J’ai vu un homme ouvert, souriant, simple et qui donne envie d’aller découvrir  ce monde dont il nous ouvre les portes. Certes, ce n’est pas de l’aïkido académique, fédéral, en tout cas l’approche est différente, mais pour moi, aucun doute possible, on est bien dans l’aïkido, et même plus, dans l’aïkido qui me plait, celui qui parle à ma sensibilité. Un aikido réaliste qui plus est, très martial. Fin du cours, salut, leo se lève pour sortir. Tout le monde attend sagement en seiza qu’il sorte du tatami. Leo baisse la tete, géné et amusé, nous faisant signe de se lever, semblant dire « arretez vos conneries, c’est génant ! ».

En partant, je lui apprends que je serais à Valencia en Espagne  fin janvier. Leo, m’annonce alors qu’un de ses élèves Julien Coup, devrait diriger un stage  le week end précédent mon séjour ! Parfois la vie fait bien les choses. Ou serait-ce un signe de la direction à prendre ?

Alors, à bientôt les amis !

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Fabrice de Ré : Entre jeu et technique.

 

Fabrice de Ré : Entre jeu et technique. dans INTERVIEWS couv-products-947174

Fabrice est probablement une des rencontres les plus importantes de mon parcours. Parce que c’est une vrai rencontre, au sens le plus noble. J’ai rencontré peu d’homme aussi emplit d’humanité, d’envie de partager, et en même temps riche d’un bagage qui force le respect. Ce qui frappe le plus quand on discute avec lui, c’est sa sincère humilité. Comme Il le dit, il n’a rien a prouvé, voulant juste vivre dans le plaisir de faire et d’être. Fabrice ma fait l’honneur de m’accorder une interview après son cours, dans un petit bar lyonnais, avec une bière amicale, tout en décontraction, entre amis. Fabrice nous parle de son livre tout en nous éclairant sur son parcours et sa vision de l’aïkido. Ce fut pour moi un enrichissement extraordinaire, un éclairage dont je vais essayer de rendre le meilleur, même si je garde quelques off égoïstement pour moi ;)img_1944-257x300 dans NEWS

Fabrice De Ré, 3e dan d’aïkido UFA et Aïkikaï, est un élève de Micheline Vaillant-Tissier 6e dan UFA et Aikikai, avec plus de 25 ans de pratique dans les sports de combat et les arts martiaux comprenant le karaté Shotokan et Kyokushinkaï, le Kick-boxing, la boxe Thaï, le Tai-chi et l’Aïkido. C’est aussi un ancien compétiteur en boxe française. Fabrice enseigne aujourd’hui la discipline qu’est l’Aïkido à Lozanne, près de Lyon et est actuellement l’élève de Dominique Rascle, 5e dan UFA et Aikikai sur Lyon. Il vient de  publier cette année un livre événement «  Aïkido, entre jeu et technique » destiné aux enseignants en recherche d’idées pour leur cours enfants de 6 à 12 ans. Ludiques et concrets, ces exercices réalistes et réalisables leur permettront d’aborder avec les jeunes les principes fonctionnels d’apprentissages et les techniques éducatives d’Aïkido. Cet ouvrage est composé de 100 exercices répartis sur cinq chapitres comprenant, le psychomoteur, les fondamentaux, la non opposition et déséquilibre, les chutes et les armes (Bokken, jo et tanto). Ceux-ci sont magnifiquement et abondamment illustrés. 

« Mon intention au départ était de combler un vide pédagogique, j’ai aussi réalisé cette publication dans un esprit communautaire et sans prétention de ma part. Il s’agit d’un manuel qui peut être consulté au gré des envies ou besoins du professeur et qu’il peut adapter librement à sa pratique et son imagination. Je ne l’ai pas conçu pour que cela soit figé mais au contraire ces exercices peuvent et doivent être modelés, améliorés, associés à des pistes nouvelles liées à son environnement d’enseignement, selon sa convenance et ses expériences. Et toujours  dans le plaisir de transmettre ».

 

 L’interview de Fabrice de Ré

A propos de ton livre

Patrice AGT : Fabrice, pourquoi ce livre ?

Fabrice De Ré : Au départ, c’est une démarche toute personnelle. J’étais professeur débutant auprès des enfants chez Micheline Vaillant-Tissier Senseï. C’est elle qui  m’a donné les premiers éléments pour ce travail, puis avec le temps, naturellement, je me suis forgé tout seul. Et à un moment, je me suis rendu compte qu’il n’existait pas de supports pédagogiques pratiques et concrets. Etant confronté à cette réalité, j’ai commencé alors à répertorier différents exercices que j’avais vus en aïkido. J’ai fait également des recherches en inventant des jeux et exercices et en m’inspirant des substrats d’autres disciplines martiales pour les adapter à la sauce Aïkido. Mon idée était de contribuer dans un esprit communautaire à un ouvrage pédagogique où les bénéfices en termes d’image et de créativité novatrice iraient aussi à la FFAAA. Car c’est un livre qui n’a jamais été développé dans ce sens et dans l’univers de l’Aïkido en général, toutes fédérations confondues. Au cours des différents stages nationaux et de ligue enseignant jeunes, j’ai vu qu’il existait une grande richesse créative, mais sans partage plus large, sans continuité dans un sens commun fédérateur, sans relai par notre fédération. D’où l’idée de faire ce support et de pouvoir partager toutes ces expériences autour d’un projet concret et universel.

PAGT : Tu as cherché un style particulier, un concept ?

qsdq-259x300FDR : J’ai voulu ce livre sans prétention aucune, avec une approche ludique dans le plaisir de transmettre et aussi pour que l’enfant ait du plaisir à pratiquer. On voit aussi que sur l’illustration du livre il y a des jeunes tous différents, de plusieurs couleurs de peau. Je l’ai voulu dans le sens universel de notre belle pratique cela ne se voit pas souvent et c’est  une manière innovante et d’ouverture d’esprit comme doit l’être notre art corporel. Il est aussi abondamment illustré par une artiste qui pratique les arts martiaux, qui avait le sens du mouvement et surtout l’esprit de participer à un ouvrage qui ne c’était pas encore fait à ce niveau-là. Effectivement, j’ai voulu qu’il soit agréable à l’œil et que ses illustrations accompagnent l’écrit pour le cas où je n’aurais pas été clair. Ceci dit j’avais pris soin de soumettre la lecture à des néophytes qui ne connaissaient absolument pas cet univers pour coller au mieux à la compréhension de tout le monde.

PAGT : Cela a dut être un sacré boulot ?

FDR : J’ai mis deux ans et demi pour le sortir ! Un travail important autour d’une équipe, tel que Carole Milioti sur la correction des textes, Charly Jucquin en tant qu’accompagnateur de projet sur la stratégie d’impression et de diffusion du livre et Elodie D’Ambrosio qui s’est chargé des illustrations. En ce qui concerne le travail de dessin, elle a bossé durant 8 mois avec mes exigences de précision, notamment sur les dessins des pieds et des mains, ce qui est très difficile à faire. A savoir qu’avant cela, j’ai fait plus de 300 photos avec mes jeunes sur les 5 chapitres pour lui faire comprendre le sens des déplacements et des placements entre autres. Puis sans les oublier, il y a eu une contribution de personnes que je remercie dans le livre à commencer par mon Senseï Micheline Vaillant-Tissier ainsi que Christian Mouza, Sylva Tscharner, Héléne Doué, Véronique Sireix et Patrick Horst pour les citer.

AGT : Ton livre est sorti cette année

FDR : En mars 2013. Depuis j’ai le plaisir de recevoir d’excellents témoignages surtout de professeurs confirmés et débutants de toutes les régions de France. En cela mon but est atteint. Je voulais que ce livre soit utile, mon objectif est rempli. Micheline Vaillant-Tissier l’a présenté à la commission du collège technique, et j’ai eu de très bon retour des cadres de notre fédération. J’ai eu la surprise que ce manuel de 170 pages fut très bien perçu par nos élites et cela est un encouragement pour que sa diffusion soit plus large encore.

img_19631-300x225AGT : Surtout, que cela a été évidement un investissement de travail énorme, mais aussi forcément un investissement financier, pour un livre destiné à des spécialistes, excuse-moi,  qui ne se vendra jamais à 100 000 exemplaires…

FDR : En effet le but n’était pas financier comme je l’ai souligné. Ce à quoi j’aspirais était qu’il soit utile à notre art martial et dans un sens plus large, à tous les professeurs de toutes les fédérations confondus. Ma seule ambition était que cela serve au monde de l’aïkido pour l’enseignement des enfants. Par la suite si je pouvais me retrouver dans mes frais d’investissements tant mieux. Et  cela s’est effectué grâce aux lecteurs de ce livre qui ont bien voulu croire en celui-ci. Il y a un retour intéressant, avec près de 300 livres déjà commandés en quelques mois. Puis des projets de diffusion et d’impression aussi se profilent dans les pays comme le Brésil, l’Italie, qui aboutiront ou pas, nous verront l’avenir, je fais confiance en la vie! J’aimerai bien aussi le faire traduire en anglais et en espagnol, on verra par la suite. Cet investissement a été avant tout le plaisir de faire comme dans notre pratique.

AGT : Tous les exercices qui sont à l’intérieur, tu les as testé dans ton club ou ailleurs ?wsdcqwsxc-300x184

FDR : Oui, ils ont été testés et fonctionnent puisque que je les ai voulus réalistes et réalisables! Mais avant tout ce n’est pas une liste exhaustive, mais quelque chose de plus large dans le sens de créativité. Tu es professeur, tu vois un exercice qui te plait, tu prends ce qui te parle et tu le positionnes dans le sens qui t’arrange, tu le modifies avec ton expérience si tu le souhaites. C’est ouvert. Une de mes idées majeures, est que ces exercices soient modelés, pétries. C’est aux professeurs de suivre leur sensations et envies, tous les champs sont possible, toujours dans le plaisir de faire. Il faut que chacun se l’accapare. A un moment cela ne m’appartiens plus. Et c’est cela qui est passionnant.

AGT : Quand tu vois le nombre de bouquin et de DVD qui sont sortis et qui sortent encore sur l’aïkido, et c’est bien. Mais rien sur les enfants. As-tu une idée du pourquoi il n’y a rien à ce sujet ?

FDR : Des livres sortent sur l’aïkido, avec parfois des dimensions philosophique pointues et très intéressantes, mon idée n’était pas là, surtout que j’en aurais été incapable n’étant pas encore à maturité dans ma recherche dans l’Aïkido. Néanmoins de faire un livre sur du concret, quelque chose de pratique et d’utile dans le sens de l’enseignement pour les jeunes, ce qui apparemment n’avait jamais été mis en place, je me suis dit que cela était possible, alors je l’ai fait. Pour citer une parabole « les choses appartiennent à ceux qui les font » … Alors réalisons et fonçons tout est possible ! Il n’y a que notre esprit qui nous freine via par nos propres peurs mais cela est un autre débat n’est-ce pas ?

Pour répondre à ta question, je pense que l’on ne misait pas assez sur la dimension de transmission pour les jeunes, en Aïkido et dans notre fédération sans que ce soit une critique, on pense que cela ne peut être intéressant qu’à partir de l’adolescence, d’un point de vue de compréhension et de psychomotricité. On était sur l’idée que l’enfant n’est pas capable de recevoir tout ça, que c’est trop complexe. Maintenant on commence à en entrevoir le potentiel et aussi ne nous le cachons pas, vient la notion de diffuser notre art martial. Nos pratiquants sont dans une moyenne de la quarantaine, notre population étant vieillissante, ce biais permettrait un impact plus conséquent, une fenêtre plus ouverte sur l’Aïkido et son devenir qui commence par la jeunesse. Le tout est de ne pas être dans un sens purement commercial ce qui dénaturerait à mon sens l’éthique de notre discipline.

Cela est pris de plus en plus au sérieux par nos élites et en ce moment ils travaillent sur ce constat et ces possibilités de diffusion par l’enseignement entre autres. Et pour avoir participé à un stage national enseignant jeune à Vichy, j’ai senti une dynamique nouvelle et pétillante dans cette direction. Cette nouvelle commission jeune, dirigée par Dany et Serge Socirat ainsi que Christian Mouza notre référent technique, nous prépare un travail riche et novateur.

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AGT : De plus en plus on voit les clubs prendre les enfants très jeunes, des 4 ou 5 ans !

FDR : En ce qui me concerne je les prends dans mon club à partir de 6 ans. A cet âge,  ils ont une psychomotricité intéressante qui demande à être affinée par la suite, mais qui est constructible et suffisamment solide pour commencer à leur apprendre l’Akido, mais cela n’engage que moi. Il me semble qu’il est important pour l’avenir de l’Aïkido de miser sur cette jeunesse qui est largement capable de comprendre notre art martial sous condition d’avoir le langage approprié, mnémotechnique, imagé, sans que cela dénature notre discipline. Tout est envisageable dans la transmission, seule nos réticence nous freinent et empêchent le sens créatif de se déployer. En tant que professeur, tu es le seul frein à ton enseignement, tu peux apprendre aux enfants dès l’âge de six ans le travail du bokken, du jo et du tanto comme je le fais actuellement. Tout est une question d’esprit. Si tu as peur qu’ils se fassent mal, tu transmettras tes peurs, si tu as l’esprit serein et attentif l’enfant le sera de même. Ce que tu dégages, c’est une énergie réceptive pour l’autre et l’émetteur que tu es, s’il est sur le terrain de la tranquillité,  fera ressentir au récepteur cet état-là. Par exemple certains ne veulent pas utiliser le tanto. Ils pensent que les mômes vont avoir peur. Mais l’enfant n’a peur que si tu as peur. Si toi tu es confiant dans ce que tu fais, tu peux leur apprendre beaucoup de choses. J’ai eu l’occasion de travailler avec des enfants autistes, avec des enfants très violents, en réinsertion scolaire, avec des enfants dyspraxiques, et on arrive à avoir des résultats, notamment sur la motricité et sur l’approche des armes. Cela me renforce dans mon idée que l’aïkido est utile sur le plan psychomoteur et social, dans cette notion de communication, de  relation avec l’autre, pour des jeunes de toutes dimensions et environnements confondus, qu’ils soient en difficulté, dans la violence ou dans le handicap. L’aïkido est clairement un outil pouvant désamorcer l’agressivité, contrôler ses émotions et ressentir, même à cet âge.

Nb : Pour commander le livre de fabrice : http://www.thebookedition.com/aikido—entre-jeu-et-technique-fabrice-de-re-p-94717.html

 

L’aïkido et la communication

AGT : On voit se développer  l’utilisation de l’aïkido sur des plans de gestion du stress, de la communication.

FRD : J’en ai fait mon métier ! Je donne des formations sur les phénomènes de violences, en travaillant notamment avec des surveillants de prison, avec des éducateurs spécialisés comme en ce moment même, dans ces milieux extrême de violence, sur un travail mental et comportemental. Comment agir ? A quel moment ? Dans quel état d’esprit ? L’univers personnel et/ou professionnel amène à être régulièrement confronté à des situations de tensions déstabilisantes. Seule, ou même en équipe, la personne n’est pas toujours préparée à ces moments hostiles ni en mesure de les canaliser. Le modèle de formation que j’ai créé favorise la connaissance de soi, le savoir être face à la peur et à la colère, la coopération dans la communication, le contrôle du stress, le recentrage, la dissolution des énergies négatives et le dépassement de la difficulté. Il permet aux personnes de développer leur assurance, leur disponibilité psychomotrice et leur dimension relationnelle. Il associe les concepts et techniques du développement personnel et la pratique de l’Aïkido et est adaptable à toute personne et organisation susceptible d’être confrontée à ces problématiques.528460_10200989208121540_1351684164_n-300x225

L’Aïkido est à mon sens un outil formidable de communication et de cohérence relationnel. C’est un art empathique avec soi, l’autre, l’espace, le temps, l’intensité. C’est une action sensorielle, qui respecte les lois naturelles du corps en mouvement, une attitude d’adaptabilité aux évènements, c’est une pédagogie martiale novatrice qui va dans le sens de l’humain. Développer, améliorer et renforcer  son fonctionnement face aux tensions, désenclaver des personnes qui sont figés dans leur comportement de certitude. Ce fonctionnement crée des peurs, des frustrations assujetties aux agressions de vie de tous les jours, dans le travail, dans la rue, les pressions, les incivilités, etc… Que ce soit dans un cadre privé ou professionnel d’ailleurs !  Cela limite notre communication avec l’autre et cela génère des incompréhensions régulières. C’est pour ça que je travaille à relier ces deux pôles : le travail du corps et de l’esprit. Les deux sont liés étroitement, ce que l’occident a du mal à réunir dû à un héritage judéo-chrétien je présume. Contrairement à l’orient qui a su comprendre les bienfaits de la réunification des deux parties, avec pour seul objectif de ressentir avant tout et non d’intellectualiser cette dimension. En terme de développement personnel, on est plus du tout sur « comment agir autrement », « comment se comporter autrement » mais plutôt  « comment ressentir autrement ». A partir de là il est plus facile de changer d’attitude, d’évoluer…

AGT : Souvent quand on a fini sa journée de boulot, on est bien sur fatigué, on a pris sa dose de stress, d’engueulades, de frustrations, alors on a qu’une envie, manger et aller se coucher. C’est justement là que je me force à aller au dojo. Du coup, mon corps s’exprime, et j’ai ma dose de sourires, de contacts positifs, on relâche tout et on expulse les tensions négatives de la journée. Bilan, on sort du dojo comme après une intraveineuse de bonheur.

FDR : Dans la vie de tous les jours, on gère tout par l’intellect, on est dans l’analyse, on voit ce qu’il se passe, on met des stratégies en place. Le moteur c’est la tête et on se coupe de la réalité avec le corps. L’Aïkido permet, entre autre, de refaire ce lien corps-esprit. La difficulté c’est de venir à l’aïkido pour recommencer à analyser, et reproduire ce qui t’a oppressé dans la journée, et là c’est aller dans le mur. D’autant que les sensations corporelles sont plus rapides que l’intellect. On a trois cerveaux, le reptilien, le limbique et le cortex. Le reptilien est le rapide, action réaction. Le limbique, c’est l’émotion, tu ressens les choses, la sensation et enfin le cortex, qui est la logique, l’analyse. Tu peux comprendre les difficultés à nous situer quelques fois avec ces trois-là. Il devient difficile de ressentir les choses dans le même temps, dans le présent. L’idée du  travail en Aïkido, c’est de te connecter avec ton ressenti et cela t’amène lorsque tu approches de cette sensation corporelle à des capacités supplémentaires, d’être dans l’action, d’agir, parce que tu écoutes ton corps et que tu lui fais confiance. Plus tu intellectualiseras et plus tu seras sur la défensive, tu seras connecter avec tes tensions, et plus tu vas te freiner. Quand tu lâches prise sensorielle ment, tu commences à évoluer. C’est ici qu’est l’enjeu de progression et d’évolution de notre entité, être dans le présent.

AGT : Certaines pratiques en aïkido sont parfois proche du yoga, ou m’a parlé un jour de zen en dynamique. Jusqu’à présent je travaillais mon aïkido sur une bibliothèque de techniques. Aujourd’hui je commence à entrevoir que cela est vide de sens, et je me focalise sur cette action de « lâcher prise », sur ce travail de communication, de connexion, presque de respiration, qui me passionne de plus en plus. Je connais  aussi certains dojos encore plus axés la dessus, en suisse notamment, et c’est passionnant de mon point de vue. Mais on me dit parfois, que ce n’est plus de l’aïkido, voire pire…

FDR : Chacun a le droit d’utiliser l’aïkido comme bon lui semble, mais il faut aussi, à partir de là, rester correcte et être toujours en connexion avec nos fondamentaux et l’éthique qui va avec. C’est quand on commence à prôner qu’on est les meilleurs, qu’on détient le « vrai » aïkido, que ça devient gênant, et là on rentre dans un monde des gourous, ce qui n’est pas acceptable de mon point de vue. Si tu sens une voie  dans l’Aïkido et bien effectivement, suis la, c’est noble en soi même, mais tu as surtout le devoir de rester humble face aux autres qui pratique. Car l’Aïkido est pour moi un travail de toute une vie et qui ne sera peut-être jamais aboutit, puisqu’en perpétuelle mouvement. Pour ma part j’ai trouvé dans l’Aïkido mon chemin, je suis mon Shihan Christian Tissier dans sa démarche, sa recherche de l’Aïki qui me convient parfaitement, toujours en perpétuelle recherche, rond, dynamique, martial dans le sens de connexion, de présence avec son partenaire. Et relayé par d’autres Senseï qui ont aussi leur propres recherche comme j’ai eu la chance de suivre en tant qu’Uchi Dechi, Micheline Vaillant-Tissier et actuellement Dominique Rascle Senseï. Puis d’autres que j’essaye de suivre dans cette même mouvance et pas des moindres tel que Patrick Bénézi Senseï, Bernard Palmier Senseï, Franck Noël Senseï, Luc Mathevet Senseï, Bruno Gonzalès Senseï et d’autres… La liste est riche, qu’ils me pardonnent de ne pas les citer tous.

AGT : En même temps c’est important de suivre un maitre…315737_280457725311637_1470775758_n

FDR : J’ai eu la chance d’avoir Micheline. Elle a construit un travail avec moi, dans la direction qui était la mienne. Ton travail d’aïkido est plus consolidé quand tu restes avec un même maitre pendant un temps certains, suffisamment long pour avoir de solides références, de bonnes bases, la bonne construction de corps. Cela a été une pratique assidue, constante de 9 ans avec Micheline et cela continue  à travers ces stages, je la remercie à cet égard toujours généreuse, présente, me donnant énormément de son temps avec une grande bienveillance sur mon travail, avec beaucoup de rigueur. Elle m’a fait évoluer dans cet art martial en me transmettant cette philosophie intrinsèque à ce budo, notamment la loyauté qui est d’ailleurs quelque chose de primordial pour moi en aiki.  Puis j’ai rencontré Dominique Rascle qui m’a amené dans la continuité de Micheline, c’est-à-dire de lier cette dimension technique à un travail de fond aussi intense que je l’avais reçu de Micheline. Le terrain était prêt et mon départ du Var n’a pas eu d’incidence en arrivant sur Lyon. J’ai eu la chance aussi de ne pas avoir eu la difficulté que l’on peut rencontrer lors de mouvement de vie, de trouver un autre Senseï qui puisse m’élever dans cette même sensation que Micheline avait construite avec moi.902534_10200989246802507_1009916112_o-300x152

Pour moi c’est important Patrice, sans être un donneur de leçon, d’avoir un référent, une pierre angulaire, un axe qui te permette de progresser, qui t’aspire vers le haut. Et si cela ne peut être le cas, je fais référence à ton métier qui te mène dans le monde entier, et bien d’essayer peut-être à partir de ce que tu ressens de l’Aïkido de suivre des Senseïs, des professeurs qui soient dans la même direction que celle que tu envisages de parcourir pour ton évolution, quel que soit le pays que tu traverses.

AGT : Tu penses a une suite à ce livre, qui pour le moment est destiné aux 6 et 5e kyu ?

FDR : C’est envisageable mais pas pour l’instant. J’attends encore quelques années pour que déjà ce livre atteigne la maturité nécessaire à son développement. En ce moment je suis sur d’autres projets, notamment un film documentaire sur Micheline Vaillant-Tissier. Micheline a un rôle important, au-delà de l’aïkido. Une femme qui a évolué dans un monde d’hommes, au plus haut niveau, en démontrant que c’est possible, une vrai dimension social qui dépasse le cadre de notre pratique mais cependant qui lui est étroitement lié. De surcroit elle est représentative et cela n’engage que moi, d’un Aïkido martial, sans s’éloigner de son essence qu’est sa féminité. Je travaille depuis un an, avec un réalisateur, caméraman, monteur… Je suis beaucoup Micheline en France et en Europe sur ses stages, j’ai encore une deuxième année de rush pour aboutir à un travail de montage digne de ce nom. Comme le livre que j’ai développé, on part d’un projet artisanal qui soudain devient plus conséquent, important, avec d’autres acteurs, une équipe et là, le projet transite dans une dimension professionnelle, néanmoins avec l’axe principal d’être toujours dans le plaisir.

 

L’aïkido et la féminité

AGT: En effet, on présente l’aïkido come un budo idéal pour les femmes par de nombreux aspects, il semblerait qu’il y en ait beaucoup moins  sur les tatamis, si l’on fait une comparaison avec les hommes, et y compris aussi à un haut niveau.

FDR : Et pourtant c’est une des disciplines où il y a le plus de femme dans le monde des arts martiaux. Quant à ce budo il convient bien aux femmes par l’aspect relationnel, esthétique de la pratique, dans cette sensation de travail qui demande à ne pas être dans l’ego. Cela est une notion naturellement installée chez la femme, ce qui nous demande à contrôler cet aspect quelques fois surdimensionné chez nous, vaste programme, n’est-ce pas ?

Les femmes sont déjà sur une pratique de placement et déplacement dans l’Aïkido, étant moins puissante physiquement, je parle sur une généralité de  cette idée. Ce qui leur demande de  trouver des ouvertures de pratique que nous ne voyons pas immédiatement, étant nous même dans la force naturellement dès que nous sentons une résistance. Héritage haut combien difficile à inverser.

Il y a des femmes qui sont à un très bon niveau. Dans la nouvelle génération de femme je pense à Hélène Doué qui m’a soutenu et qui a contribuer à ce livre, je le souligne au passage, il y a aussi Nadia Korichi, Céline Froissard, Yolande Sanchez, Monique Girardot, Véronique Sireix, Amandine D’Andréa parmi celle que je connais avec un bel avenir dans notre pratique. Il y en a tant d’autres qui ont une très belle dimension en Aïkido, qu’elles me pardonnent de ne pas les citer toutes, la liste est longue. Elles peuvent prétendre à tenir un rôle dans la dimension fédérative, tout du moins dans les ligues ou certaines sont très actives, certaines dirigent des stages et d’autres  tiennent le rôle important de transmission en tant que professeurs…

190004_1012693446731_682_n-300x225Micheline est à ce titre une des références. N’oubliez pas que c’est une pionnière de l’Aïkido au féminin, mais au-delà, elle est représentative de l’aïkido, à mon sens de manière universelle, en particulier parce qu’elle est une des rares femmes que je connais qui a atteint cette dimension mondiale que ce soit dans les stages, responsabilité fédérative à la FFAAA et internationale membre au sein de la FIA. Tu vois, les femmes ont toujours été à des carrefours importants de ma vie, et c’est encore une femme qui m’a montré la voie. Il est intéressant de développer ce côté dit féminin, je pense à l’intuition, le lâcher prise, le ressenti, l’acceptation qui ne veut pas dire la soumission, bien au contraire. Il serait judicieux que nous les hommes allions un peu plus dans cette direction. Déjà si tu fonctionnes trop dans la masculinité en aïkido, tu seras dans la force, et tu n’évolueras pas. Il faut laisser cette notion dite féminine ressortir, ce qui n’a rien à voir bien sûr avec être efféminé, cela doit être dans un juste équilibre et c’est tellement difficile à assembler quelques fois….

 

Aïkido et Martialité

AGT : Une dernière question stp. On entend souvent (trop), des discours sur l’aïkido, qui serait moins efficace que d’autres budo, pas assez martial, complaisant…Pour autant toi tu as fait des sports de combats, Marc Bachraty est connu comme karateka, il y en a quelques-uns d’ailleurs qui viennent à l’aïkido.

FDR : L’aïkido a une réelle efficacité. Crois-moi, pour l’avoir mis en pratique sur le terrain je parle d’anciens métiers de sécurité dans lesquels j’évoluais et qui demandaient un aspect martial sur des situations physiques difficiles et là je ne parle pas de théorie. L’aïkido peut être puissant surtout dans le contrôle de soi et de son agresseur, sans casser. A ce stade, les réponses sont de l’ordre de l’instinct en utilisant les techniques et le sens du placement et du déplacement bien entendu. Toutefois on n’est plus sur les fondamentaux classiques, il y a des variantes, des diversions pour impacter la personne agressive. Christian Tissier le montre très bien par exemple sur un atemi shomen, où il va déstabiliser le genou de la personne avant de faire ikkyo. Le shomen équivaut à une matraque par exemple. C’est de l’application dans une réalité sous condition de désamorcer sa peur.62877_10200987796846259_1241407837_n-225x300

J’ai en effet trois karatekas dans mon club, qui viennent chercher autre chose, un travail de corps, de ressenti, des sensations différentes pour les associer à leur discipline. Il y a des notions qui les interpellent dans notre étude de la confrontation. En général ces budokas sont dans une recherche  pour faire évoluer leur pratique. Il est intéressant d’aller sur des terrains qui nous bousculent un peu, c’est une des manières de ne pas rester sur place. Je pense puisque je suis dans la région du Rhône à Bernard Biliki 8ème Dan de karaté shotokan qui a étudié à un moment donné l’Aïkido avec Dominique Rascle dans un échange réciproque. Pour ma part j’ai un échange similaire, à mon niveau qui n’est pas le leur je le précise en toute humilité, avec Steve Piazza professeur diplômé de karaté shotokan et de kobudo. Ce n’est pas si mal vu que cela, en fait.

Plus jeune, j’ai travaillé dans les milieux de la sécurité, de la protection rapprochée, du nightclub comme physionomiste, et j’ai pratiqué des sports de combat comme le karaté, la boxe thai, le kick-boxing, j’ai fait de la compétition en boxe française. Et quand je me trouvais en situation de tension extrême, avec des personnes alcoolisées, camées, ou simplement excitées, il se trouve que je suralimentais leur violence par la mienne, quand je répondais par la boxe par exemple.

Quand j’ai rencontré l’aïkido, j’ai travaillé sur la maîtrise de mes émotions, la confiance qui peut s’en dégager aussi. Après un certain temps mes peurs ne m’alimentaient plus comme avant. Elles ne m’impactaient pas aussi fortement, je ne suralimentais plus la violence par la violence, une communication s’établissait malgré tout. Le résultat  était à une hauteur incroyable dans la sérénité de ce métier à l’époque. Et crois-moi, dans un combat dit de rue, la peur est au rendez-vous. Mais tu peux en faire une amie, acceptable, pour pouvoir agir avec lucidité. L’aïkido m’a donné cette dimension de communication différente. A partir du moment où tu relâches les tensions, que tu démontres une attitude, un état d’être confiant et vigilant nécessaire à une réponse immédiate  comme face à un couteau, ou à un groupe, tu te rends compte que tu donnes un impact psychologique  diffèrent à l’autre. On a toujours l’habitude de réagir à l’agression par une autre,  l’ego y est pour beaucoup.

Je te donne un exemple vécu dans ce métier, sur la frustration d’un individu dit belliqueux, alors qu’il forçait le passage pour rentrer dans l’établissement ou j’avais la responsabilité de l’accueil avec un simple ushiro kiri otoshi, et avec une feinte de le laisser passer.     Tu vois la scène, il te bouscule, tu te laisses aller, tu passes derrière et tu le projettes dans le sens contraire de sa marche!  Et quand il s’est retrouvé en capacité de se relever j’étais déjà devant lui et j’ai communiqué de la façon suivante «  et maintenant qu’est-ce qu’on fait » ?  On est alors dans un aïkido « réaliste », très impactant, en restant centré, l’autre reçoit une information. Il peut continuer à t’insulter, brasser de l’air, mais tant que tu n’alimentes plus sa violence, il comprend qu’il se passe quelque chose. Et toi tu lui donnes une « dignité » de partir sans blessure et humiliation. Avant, quand j’intervenais avec la boxe, la dignité était souvent bafouée. Avec l’aïkido, tu permets à l’autre de rester digne. Il partira en vociférant, mais la tête haute. On est dans une communication avec l’autre malgré lui. C’est cela la martialité, ce n’est pas faire les gros yeux et se mettre en garde de boxeur.

La martialité, c’est une présence ou tu impactes l’autre, tu es centré avec l’autre, avec un message et le plus tranquille possible en maîtrisant ses peurs. Je te rassure c’était dans une dimension professionnelle et il y a quelques temps maintenant de cela, demain on me cherche dans la rue,  je n’ai rien à prouver, je n’ai aucun ego à ce titre. Tu veux passer, passe… J’ai suffisamment d’expérience pour avoir côtoyé quelques fois les conséquences et les résultats désastreux de la violence que cela peut entraîner. Cela ne sert à rien, à rien d’être dans le dur. Le mouvement le plus flexible l’emporte et là nous sommes dans l’Aïkido de vie. Maintenant, j’ai toujours à l’esprit que « l’autre fait que ce qu’il peut ». En étant dans cette idée de la bienveillance tu peux avoir plus de possibilités de solution avec la personne ou tout du moins une considération peut s’installer n’engageant pas un acte de violence, éventuellement de la coopération et surtout une frustration acceptable pour la personne.

L’aïkido est un mode de communication fabuleux !

 

Je peux en être plus convaincu ! En me raccompagnant à mon hôtel, j’échange encore quelques paroles avec Fabrice. On a vraiment passé une formidable soirée. Avec un large sourire, il me dit au revoir :  «  Quand tu repasses, Patrice, tu m’appelles, on mange ensemble et là on passera un peu de temps à se parler de nos vies ce coup-ci ».  Avec quel plaisir Fabrice, évidement ! Un sacré monsieur je vous dis…

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Lyon 22 10 2013

 

Quelques témoignages sur Fabrice et son livre :

Micheline Vaillant-Tissier (6ème Dan UFA et AÏKIKAÏ de Tokyo)

Professeur diplômé d’état – Membre du collège technique de la FFAAA.

Actuellement la seule femme européenne membre de la FIA (Fédération Internationale d’Aïkido).

« Fabrice De Ré fait partie des pratiquants « acharnés », en perpétuelle recherche sur sa pratique. Je ne suis donc pas étonnée aujourd’hui de voir naître cet ouvrage, qui, je l’espère, pourra servir de support à tous les enseignants. La pratique des jeunes, bien que développée, ne donne pas lieu a beaucoup d’écrits. Ce livre, j’en suis sûre, comblera un vide et constituera un auxiliaire précieux pour tous les professeurs qui encadrent des enfants. Son contenu, sans trahir les exigences techniques propres à notre discipline, propose des formes ludiques et pédagogiques originales qui viendront à coup sûr enrichir notre enseignement »

 

Christian Mouza (6ème Dan UFA)  http://www.christianmouza.com/

Professeur Diplômé d’état – Responsable technique de la commission jeune FFAAA- DTR Corse (Directeur Technique Régional)

« Ce livre correspond vraiment à l’orientation, aux exigences et aux questions qu’un bon nombre d’enseignants d’Aïkido jeunes se sont posées depuis longtemps. « Entre le jeu et la technique », le thème traité est le fruit d’une expérience liée aux jeunes enfants et à la pratique de l’aïkido. Comment faire le lien entre le jeu et des techniques liés aux principes de l’Aïkido ? L’organisation des rubriques va permettre aux enseignants d’aborder et d’organiser une méthode d’apprentissage grâce aux exercices ludiques abondamment illustrés. Fabrice De Ré nous emmène dans un monde nouveau, avec une illustration parfaite et originale qui ne peut qu’enrichir les cours des enseignants jeunes ».

Thomas Gavory   (5ème Dan  UFA ) http://www.thomasgavory.fr/

« Cet ouvrage sera un outil précieux pour tous ceux qui s’intéressent à l’enseignement de l’Aïkido pour les plus jeunes. On y trouve une multitude d’exercices ludiques clairement illustrés et répartis en différents chapitres aux objectifs pédagogiques précis. L’auteur, dont la passion pour l’Aïkido n’est plus à démontrer, a fait preuve d’un travail remarquable ».

Hélène Douet (4ème Dan UFA et AÏKIKAÏ de Tokyo)  http://www.olympiadesaikidoclub.fr/

Professeur Diplômé d’état

« Il manquait aux professeurs d’Aïkido souhaitant enseigner aux enfants et adolescents un support pédagogique, pour transmettre les fondements de notre discipline de manière à la fois technique et ludique. Cet ouvrage vient combler ce manque, en proposant des exercices concrets directement applicables en séance, et sur lequel les enseignants peuvent s›appuyer pour ajouter leurs propres créations. Merci à son auteur d’avoir réuni en un livre la pratique et l’expérience de nombreux professeurs ! ».

 Monique Girardoz (4ème Dan UFA) http://www.aikido-cranvessales.fr/

Professeur Diplômé d’état

« En tant que professeur d’Aïkido pour les enfants, voilà enfin l’outil pédagogique que j’attendais.

La structure du livre avec des exercices très détaillés et illustrés qui contribuent à la compréhension des techniques regroupés en fonction des compétences qu’ils développent, le rend attractif et facile à utiliser. De ce fait, ce livre est destiné à toutes personnes en charge d’enfants dans des domaines divers y compris hors arts martiaux, chacun pouvant choisir les exercices appropriés à ce qu’il souhaite travailler ou mettre en évidence ».

Patrick Horst (2ème Dan UFA)   www.aikidobastide.com/

Professeur Diplômé d’état

« L’Aïkido “enfants” ne peut et ne doit pas s›enseigner comme l’Aïkido “adultes”. Au contraire, notre discipline doit s’adapter au besoin qu’a le jeune de jouer, à sa difficulté à se concentrer, à sa constitution différente. J’enseigne à une vingtaine d’enfants et d’ados depuis 2010. Le livre de Fabrice De Ré, unique en son genre, prend en compte toutes les problématiques liées à l’enseignement aux enfants. Il constitue désormais pour moi un excellent support de préparation pour mes futurs cours adressés à un jeune public ».

 

Quelques liens :

Le site de Fabrice : http://budoseishinclub.com/

Le site de Micheline Vaillant-Tissier : http://www.michelinetissier.com/

Le site de Dominique  Rascle : http://www.aikido-lyonvilleurbanne.com/

Le blog d’Elodie D’ambrosio, illustratrice de talent : http://elodiedambrosio.canalblog.com/

Et pour commander le livre de Fabrice : http://www.thebookedition.com/aikido—entre-jeu-et-technique-fabrice-de-re-p-94717.html

Et surtout, un enooorme merci à Fabrice , pour tout…

 

Albert, Mon professeur d’aïkido.

Albert, Mon professeur d'aïkido. dans mes dojos 295992_107290616048195_1806410586_n
Je parle toujours des clubs ou je passe mais rarement de mon port d’attache, le club de saint pierre de Varengeville, près de Rouen.
C’est un petit club de province ou je traine depuis maintenant près de 6 ans. A cette époque on n’était bien souvent que trois ou 4 adultes, parfois 2… tous kyus, tres kyu. avec évidemment beaucoup d’abandons.Cette saison, nous sommes bien souvent une dizaine, voir 15 sur le tatami. On a en plus la chance d’avoir un dojo tout neuf depuis peu, et de surcroit, un des plus vastes de la région! Le niveau monte petit à petit, et on commence à avoir des élèves de plus en plus motivés et avec les stages, on espère bien que le niveau monte encore les saisons prochaines, même si bien souvent comme ailleurs, les plus jeunes finissent par partir, à la fac,  là ou le travail les emporte.

Comme nombre de professeurs, Albert est bénévole, et ne compte pas ses heures sur le tatami, ici ou en stages, pour faire progresser ses élèves, adultes, ado ou enfants. Et puis, il y a le club a gérer, les stages enseignants, les plans de cours a préparer… On ne se rend pas toujours compte du boulot que cela représente. Surtout qu’il doit lui aussi travailler pour sa propre progression.

Aujourd’hui je me retrouve etonnament le sempai, l’ancien (!) à peine 2e kyu, bientôt 1er kyu j’espère, on verra . Depuis cette saison, j’accompagne aussi dès que possible Albert pour les cours enfants, source de plaisir inouie, et l’un de mes buts en aikido. Albert est de ses professeurs généreux, souriant, décontracté,pas le genre a vouloir jouer plus japonais que les japonais. Mais maintenant que le niveau monte et que les élèves commencent à se fidéliser, je sens bien qu’il durcit son enseignement, l’étiquette se fait plus présente et l’exigence s’accroit.

Non pas que la course au grade m’affole, mais la noire se dessine, loin, devant moi. Loin, mais se dessine quand même de plus en plus. Et passer mon shodan sera forcement un moment de fierté particulier de ma vie, j’en suis certain, même si cela arrivera quand cela arrivera, voilà. Albert m’a demandé cette saison, de commencer à me préparer pour faire cours de temps en temps  avec lui en tuteur. C’est certes un peu effrayant pour un  débutant, mais cela sera hyper formateur, assurément, et on « debriefera » en fin de cours;) Mais une de motivations qui me pousse, maintenant que le métier commence a se faire doucement pour moi, est  la fierté que j’aurais  de pouvoir offrir une première ceinture noire à Albert et au club. Cela sera pour moi, la meilleur façon de le remercier pour tout ce qu’il fait pour nous. Et même si aujourd’hui j’essaye de suivre  Eric Marchand, pascal Guillemin ou Bruno Gonzales (mon DTR), qui sont mes références actuelles, je reste fidèle à celui qui est mon professeur depuis le début.

Albert n’est pas du genre a se faire appeler sensei. C’est mon professeur…Merci Albert ;)

img_2854-300x224 dans NEWSCours       Enfants : le Mercredi de 16 h à 17 h

Ados :     le mardi de 18 h à 19 h 30

Adultes : le Mardi et jeudi de 19 h 30 à 21 h

Renseignements  Tel : 02 35 05 35 54 ou 06 83 30 43 76

Ou :   Aikidovarengevil@aol.com

http://aikido-varengevillais.e-monsite.com/

Avec Maitre M’Barek Alaoui, 8e dan au Syudokan de Casablanca

Avec Maitre M’Barek Alaoui, 8e dan au Syudokan de Casablanca dans mes dojos 07062008005-300x225

 

 

 

 

 

 

 

 

Je viens d’apprendre le deces de Maitre M Barek Alaoui. J’ai eu la chance de le rencontré par trois fois à Casablanca. Maitre Alaoui, c’était l »humilité » faite homme. emplit de sagesse, de gentillesse, il a vécut pauvrement toute sa vie de son simple atelier de cordonnier. Il avait commencé l’aikido en 1957, puis avait rencontré Maitre Tamura en 1962, qui lui remettra le premier Shodan  marocain. Qaund il évoquait son illustre maitre, il montrait une vieille photo au mur et les larmes lui montait aux yeux. Maitre Alaoui était 8e dan d’aikido, 5e dan Iaido, 2e dan judo et Kendo. Même si il avait été compétiteur international de Kendo, il refusait maintenant d’entendre parler de compétition.

« L’aïkido est une famille et vous en faites partie. Cela existe aussi en islam, il faut donner sans attendre de recevoir en retour.C’est l’amour, Tamura était aussi comme ça. Il m’a donné autrefois l’argent qu’il avait gagné d’un stage, pourouvrir mon propre dojo à Casablanca »

Maitre, Alaoui, compte assurément parmi les rencontres les plus précieuses, non seulement  de mon parcours d’aikidoka, mais de ma vie.  Humilité, c’est vraiment ce qui le définissait le mieux. On dit qu’il ne faut pas pleurer ceux qui nous quittent, mais au contraire se réjouir d’avoir eu la chance de les rencontrer.Merci Maitre Alaoui.

Ma  première rencontre avec Maitre M Barek.

Je suis venu pour la première fois au Maroc en 2008. J’étais alors logé à l’hôtel Idou Anfa en plein centre de Casablanca.

Je n’avais aucune idée de ce qu’étais l’aïkido au Maroc à ce moment-là. A tout hasard, j’avais pris un Gi, et je demandais à la réception s’ils avaient la connaissance d’un quelconque club aïkido sur Casablanca. Avec leur gentillesse habituel, les gens de l’hôtel se repasse la question les uns aux autres, et finalement un type arrive et dans un mauvais français, mais avec un grand sourire, m’indique un dojo, à 50 mètres de la, en face de l’hôtel !!!

Je traverse la rue et me voilà au Suydokan. Un tatami de coussin épais orange, une salle propre mais modeste aux yeux de nos standards européens et une chaleur épouvantable malgré les 7 heures du soir.

Un homme assez âgé est assis avec des fatmas et regardent des enfants évoluer sur les tatamis. Je m’adresse au vieil homme, lui demandant si je pouvais voir le professeur. Il sourit et me dit, qu’il me le présentera toute à l’heure, et que je peux aller me changer. Bien !

Quand je ressors du vestiaire, une vingtaine de pratiquants de 10 à 60 ans sont alignés face au mur d’honneur. Le vieil homme vient me chercher, me prends la main, et me dit «  viens, je vais te présenter le professeur », je le suis et on se retrouve face à …un portrait de Tamura sensei !!!

Sur plusieurs photos jaunies sur ce mur, se trouvent aussi des portraits de Maitre Tamura avec  mon hôte, plus jeune évidement. Puis il me dit d’aller rejoindre les autres sur les tatamis.07062008004-300x225 dans NEWS

Un jeune professeur, 30-35 ans, dirige alors un cours de deux heures particulièrement éprouvant.

L’échauffement ressemble plus pour moi à une prépa commando, et à la fin des 40 mn d’échauffements je suis trempé, et vidé…Course, pompes abdos, série de chutes avants arrières, enlevées, shiko etc, à un rythme auquel je ne suis pas habitué du tout. Le cours qui suit est très bien, mais les techniques sont un peu en force pour moi, et surtout très appuyés. Comme je suis très raide à cette époque (je le suis encore trop…), je dérouille sévère, surtout sur les nykkyo ura…

A la fin du cours, le vieux monsieur vient me voir pour me demander mon avis. Je lui dis franchement que je ne suis pas habitué à travailler de cette façon aussi…violente ! Cela le fait bien rire et me demande de le rejoindre après ma douche.

J’entame alors une discussion extraordinaire avec ce vieil homme. Ce que je ne savais pas encore, c’est que celui-ci s’appelle M’barek Alaoui et qu’il est considéré comme le père fondateur et l’âme de l’Aïkido au Maroc, 8ème Dan Aïkido, 5ème Dan Iaido, 2ème Dan Judo, et 2ème Dan Kendo, et que celui-ci  a consacré plus de 56 ans de sa vie à l’Aïkido au Maroc. Formé par Maitre Tamura au début des années 60 (et aussi maitres Nakazono, Chiba et Noro), il a formé depuis les plus grands senseis du Magreb et du moyen Orient. Quand on pense qu’au départ, il n’était que petit menuisier, puis cordonnier.Artisan toute sa vie!

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Quand j’y retourne deux mois plus tard, le sensei me reconnait et m’invite à m’assoir près de lui plutôt que de pratiquer, pour lui tenir compagnie. C’est un vieux monsieur, très malade, et il dirige les cours via les sempais, comme un chef d’Orchestre. D’ailleurs c’est lui qui décide de qui fera le cours chaque séance, mieux vaut être prêt ! Je regarde alors le cours avec lui comme un enfant qui irait voir un match de final avec son grand père. Le prof de ce soir est d’ailleurs beaucoup plus « souple » que celui de mon expérience précédente. Maitre Alaoui me régale de commentaires qui me marquent encore 5 ans plus tard.

« Si tu veux progresser en aïkido, apprends d’abord à marcher,  et travaille tes placements »

« On fait trop de Nage, en aïkido, il faut bien finir ses immobilisations, c’est comme un bon repas, il y a l’entrée, le plat, il ne faut pas oublier le dessert. N’oublie pas que l’un des but est de maitriser ton adversaire, si tu le projette, il reviendra, alors à quoi bon… »

Cela reste un souvenir incroyable, de rester là, à côté d’un 8 e dan, à discuter comme deux amis, en lui tenant la main. A un moment, arrive un professeur tunisien. Il s’incline devant le sensei, lui embrasse le front en lui offrant un cadeau. Il me salue comme si j’étais quelqu’un d’important, me file sa carte. Mbarek sensei me fait un clin d’œil goguenard. Maitre Alaoui me dit alors à l’oreille, son paquet cadeau dans la main «  je suis encore sur, que c’est un téléphone portable, je ne comprends pas pourquoi ils veulent tous me filer un téléphone, je sais plus quoi en faire » et on part dans un grand éclat de rire en se tapant dans les mains.

On finira au café du coin avec les sempais pour boire un jus d’orange. En partant, moi aussi j’ai embrassé le sensei sur le front…

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L’aikido est trés populaire au Maroc qui compte plus de  5000 pratiquants. La police marocaine suit d’ailleurs des cours d’aiki. Différents grands professeurs francais y donnent des stages trés régulièrement. Si vous devez vous rendre au Maroc pour les vacances , prenez donc votre keiko gi, vous serez toujours les bienvenus !

 

 

 

 

 

 

Avec mes amis aikidokas à Rabat

 

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