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Avec Franck Vuksic, de la Yougoslavie à Frank Dux.

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C’est au hasard de mes stages, que j’ai rencontré Franck Vuksic. Au fil du temps, Franck et moi sommes devenus très simplement de bons amis, et nous prenons toujours beaucoup de plaisir à nous retrouver sur Rouen, ou en son dojo de St Manvieu Norrey, à l’ouest de Caen, en Basse Normandie.

Si je vous dis que Franck est  un grand admirateur de Mare Seye, de Bruno Gonzales, ou encore d’Hélène Doué,  là, vous aurez   compris que son grand inspirateur ne peut être que l’immense Christian Tissier Shihan.  C’est grâce à  Franck d’ailleurs que j’ai pu rencontrer pour la première fois, lors d’un stage chez lui,  l’un des plus brillant élèves du cercle Tissier : Pascal Guillemin .

Pascal, 6e dan, pour moi, c’est un seigneur, un samouraï moderne, l’un des senseï qui m’impressionne le plus, et ce qui ne gâche rien, est d’une grande gentillesse. Mais Franck, lui,  le suit autant qu’il peut. Et ce, jusqu’à Belgrade, dans ces Balkans chers à son cœur, où j’espère un jour pouvoir l’accompagner pour qu’il me fasse découvrir cette si belle ville.

En exclusivité, Pascal Guillemin, que l’on félicite pour son 6e dan, tout comme Mare Seye et Bruno Gonzales, a eu la gentilesse de me parler un peu de son copain Franck :

« J’ai connu Franck il y a plus de 20 ans au cercle Tissier. Franck est ensuite parti sur Caen, mais on a gardé le contact, même succinctement, en particulier lors de stages ici où là. On s’est finalement complètement retrouvé à Athènes, il y a 4 ou 5 ans, lors d’un stage de Christian. Dans l’avion du retour, Franck m’a gentiment invité dans son dojo de St Manvieu-Norrey. Depuis j’y interviens deux fois par saison, pour lui, mais  aussi, pour son groupe. Il m’accompagne aussi en Serbie à Belgrade, et comme il parle la langue, il m’assiste tout naturellement.  Franck, c’est quelqu’un de fidèle, et de généreux, sur les tatamis comme dans la vie. Droit et fiable, c’est avant tout un passionné. Un passionné, mais objectif et cohérent dans sa pratique, comme dans son enseignement. »

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Félicitations aux trois nouveaux promus 6e dan: Mare Seye, Pascal Guillemin et Bruno Gonzales

J’aime  la bonne humeur de Franck, toujours souriant et prêt à rire, plein de générosité et de passion communicative, en particulier autour de l’enseigne

ment des petits, si primordial à mon sens. Ce soir-là, dans un petit resto chinois de la banlieue caennaise, Franck nous parle un peu de lui en toute simplicité, avec beaucoup de  sensibilité, de ses origines croates, de son parcours et de sa rencontre improbable avec… Frank Dux.

Frank Dux. Vous vous souvenez?  JC Vandamme dans Bloodsport !

Split en Croatie - Cathédrale - Vieille ville

Split en Croatie sur la côte adriatique

PAGT : Tu es donc d’origine Croate, Franck ?

Franck : Oui, de Bosnie Herzégovine, pour être précis, via mon papa. A l’époque, c’était encore la Yougoslavie, avant la guerre et l’éclatement en plusieurs états. J’ai toute ma famille du coté de mon père qui habite un village de Bosnie-Herzégovine, Ljubuski, sur la frontière croate,  où là-bas, tout le monde se dit …Croate .Du coup, je dis toujours aux gens que je vais en Croatie, mais en fait, c’est bien en Bosnie.  Mais je suis né en France, au Creusot en Bourgogne, on est loin des Balkans là ! Et j’ai surtout passé trente ans en région parisienne.

PAGT : Comment as-tu vécu le conflit en ex-Yougoslavie (qui fit 300 000 morts entre 1991-2001) ?1914675_1162256230564_6265434_n

La première fois que je suis parti en Yougoslavie, j’avais juste 4 mois, ensuite  mes parents m’y ont amené chaque année.  J’y ai mes racines, j’aime profondément ce pays. Pendant la guerre j’étais en France, c’était vraiment très dur de savoir tous mes cousins partis faire  la guerre. Surtout qu’au fond de moi-même, je n’acceptais pas ce conflit. Fort heureusement, dans ce conflit épouvantable,  je n’ai perdu personne de proche. Aujourd’hui je suis très heureux d’y retourner chaque année pour les vacances, et aussi, pour l’Aïkido, à Belgrade et Split. Et j’espère un jour, à Sarajevo…

PAGT : Tu pratiques aux Balkans ?

Franck : Oui, bien sûr. Par exemple, à Split sur la côte Croate. Difficile d’y trouver un club, mais j’en ai finalement trouvé un, lors d’un stage avec Stéphane Goffin (6e dan), ce qui m’a permis de prendre des contacts avec des locaux. Et comme je parle croate, cela aide pas mal. Maintenant, je laisse un keikogi sur place, au cas où. Il faut savoir que dans les Balkans, c’est un peu compliqué, en terme de structure, chacun fait sa sauce en suivant un tel ou un tel, et donc cela peut paraître un peu …confus. Je vais aussi parfois à Belgrade, avec Christian ou Pascal .Une ville extraordinaire, et, du fait de mon histoire, un voyage riche en émotion, avec le Danube, les chants tziganes et la joie immense de pratiquer  avec mes maitres,  dans ma langue d’origine,…chez moi.

Alors forcément avec mes souvenirs de gosses, tout ce que me racontait mon papa sur la Yougoslavie,  cela prend immanquablement une tournure émotionnelle particulière. Et puis quand tu voyages, tu le sais bien, tu fais des rencontres, comme cette fois à Belgrade où j’ai rencontré un pratiquant turque qui nous a invité ensuite… à Istanbul ! Et du coup l’aikido devient « presque » secondaire en permettant de vivre des moments incroyables. Si en plus on peut joindre le plaisir à l’agréable …Je crois vraiment que l’aikido ouvre l’esprit, ouvre au monde.

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PAGT : Comment es-tu venu à l’aikido ?

Franck : J’ai commencé à 12 ans à Antony, chez un élève d’André Nocquet. Puis à Fontenay aux roses avec Christian Mouza et Josette Nickels, Enfin j’ai fait ma rencontre avec Christian Tissier Shihan lors d’un stage, j’étais  alors 1er kyu. Et puis Haye les roses et enfin Vincennes. J’ai passé mon premier dan, pour l’anecdote, la même année que Mare Seye qui est resté un ami (Aujourd’hui 6e dan et DTR FFAAA Ile de France).  J’ai aussi suivis l’école des cadres avec Bernard Palmier Shihan, sur Paris. J’ai pratiqué divers budo, notamment le karaté. J’ai naturellement beaucoup d’attachement pour le  club de Bagneux ou j’ai passé beaucoup de temps avec mon professeur  jean-claude Hervé. Il m’a fait passer mon 1er , 2e et 3ème dan.

1468613_10202054822366087_751647932_nPAGT : Ta ligne, aujourd’hui, c’est d’abord celle de  l’immense Christian Tissier…

Franck : Très clairement, oui. Je suis Christian depuis 10 ans, et ce, en faisant tous les stages à Vincennes en particulier. Je m’y retrouve complètement. J’aime se coté efficace, limpide dans sa pédagogie. Je ne dis pas que c’est facile, mais, c’est toujours très clair. Ce n’est pas que les autres ne m’intéressent pas, mais je n’ai pas assez de temps, donc je priorise vers ce qui m’apporte dans mon fonctionnement, et ce qui va me donner du travail en rentrant à mon dojo, d’une manière cohérente. Même si parfois, je vais faire un stage, un cours ici ou là, je tiens à garder mes priorités, ma ligne directrice. Christian, d’une année sur l’autre, propose un axe de travail différent. Des que tu crois que tu touches du doigt ce qu’il te montre, il monte d’un cran et cela te pousse vers le haut. Parfois, c’est peu de choses, le simple fait de l’avoir saisi, il te donne une sensation, et là, rien qu’avec cela, j’ai un bon mois de boulot derrière !

PAGT : Cela fais de la route quand même de Caen  jusqu’à Vincennes!

Franck : Oui,  ce n’est pas simple et j’aimerais pouvoir y aller plus souvent… Aux cours avec lui, et pas seulement aux stages, mais c’est vrai que c’est un peu loin de ma basse Normandie. Je pourrais aussi aller à la rencontre d’autres senseï, cela m’arrive,  cela ne me pose pas de soucis, mais Christian me donne déjà tellement de nourriture de ce côté-là que je n’ai pas ce besoin. Ceci dit j’ai fait des rencontres merveilleuses en dehors de Christian. A une époque, plus jeune, je faisais tous les stages que je pouvais, et là c’était des stages de 16h et pas 6 h comme de nos jours. Il faut dire que c’était différent,  l’offre était plus restreinte et tout allait très vite, alors pas question de venir 2 h et s’en aller. C’était impensable. Mais maintenant, j’ai moins de temps avec la famille et mon travail, alors donc je sélectionne.

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Remise du 4e dan à franck, par Mare Seye, 6e dan et DTR IDF FFAAA.

PAGT : Tu as quelques souvenirs de tes débuts  à partager avec nous?

Franck : J’ai quelques souvenirs de Maitre Yamaguchi, mais j’étais vraiment trop jeune pour comprendre. A juste 18 ans, cela me dépassait complètement, j’étais juste shodan. Mais  je garde un souvenir de lui faisant du tricot avec les bras d’un haut gradés actuel (au physique costaud, si vous voyez …), qui n’en revenait pas… c’était magique.   Maitre Yamaguchi tout en fausse nonchalance, un magicien, la grande classe, un génie. Et puis Saotome sensei. Là si j’avais pu je l’aurais suivi au bout du monde, un sourire extraordinaire, une joie dans le travail.

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Franck avec mon fils maxime

Je me souviens d’un stage où on bossait sur tsuki. Il passe dans mon dos pour prendre ma place face à mon partenaire et lui balance un tsuki. Le type s’envole quasiment. Je vais aider le mec à se relever en rigolant, en lui demandant si ça aller. Il me répond «Mince, j’ai cru qu’il m’avait transpercé !! ». Mais toujours plein d’humour, comme quand il nous disait : « Soit vous faites Ikkyo, soit vous faites la technique du crocodile », et là il mordait la main de son uke, dans l’hilarité générale. Et aux armes, …un monstre !

 PAGT : On sent vite chez toi un plaisir à partager, comme à enseigner, mais toujours dans la bonne humeur.

Franck : C’est terrible ces gens qui pratiquent et qui font une tête de six pieds de longs. Comme si avoir un facies froid et austère allait leur donner de la respectabilité. Je veux bien qu’on me cogne, à la rigueur, mais avec la banane svp! On n’est pas là pour se faire souffrir,  mais avoir du plaisir il me semble.  Plaisir à pratiquer, à échanger, à enseigner… Parce que, après tout, ce que je veux, moi, c’est être heureux. J’enseigne aussi à des jeunes en difficultés, une heure par semaine, et c’est le message que je leur donne. Je leur fait passer leur premier grade sur l’attitude, se tenir droit mais avec le sourire, écouter, saluer.Tout le monde peut le faire, c’est accessible. Après, bien sûr, on passe à la suite. Mais toujours pour que les gens soient heureux.

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Stage enfant avec Christian Mouza 6e dan et DTR FFAAA Corse à St Manvieu

PAGT : On arrive aux enfants alors…

Franck : En effet, c’est primordial. Même, si ils n’en font que deux ou trois ans, et qu’ils arrêtent, ils auront à minima, travaillé la rigueur, le respect etc… IIs en tireront des bénéfices, j’en suis convaincu. Mais, en ce qui me concerne, je ne pousse pas à la consommation, je ne fais pas la course aux licences. Ce que je veux c’est des enfants motivés. Alors je les laisse venir avec, trois, quatre, cinq cours d’essais si il le faut, mais, et je le dit bien aux parents, je ne les veux s’inscrire que parce qu’ils ont envie, il ne faut pas les forcer. Par contre, une fois inscrit, faudra peut-être les pousser de temps à autre, on n’est d’accord, mais il faut qu’ils viennent avec de l’envie.

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franck et sa fille Marie

PAGT : Franck, c’est quoi ton histoire avec Frank DUX, dont la légende m’a bercé dans Bloodsport avec JC Vandamme ?4dd3931fc9eb5

Franck : J’étais un fan, comme je l’étais de Dominique Valera. Je suis allé le voir à Bercy en 1993, et je lui ai proposé de l’aider à tenir son stand de vente de photo et tee shirt. Il m’a trouvé sympas et il a dit ok ! C’est parti sur un  » coup de poker » et cela a fonctionné ! Je suis devenu  son représentant officiel en France ! En particulier, au POPB ( Palais omnisport de Bercy), où grâce à lui, j’ai travaillé à l’organisation, pendant 7 ans. Frank Dux, c’est quelqu’un de très mystérieux mais aussi et surtout, très impressionnant. Il était à l’époque toujours en train de faire évoluer son art, le Dux ryu ninjitsu. Basé sur des techniques de vie ou de mort. Cela a été très enrichissant comme expérience ! Il a développé un art martial très efficace, avec une recherche sur les angles. Très intéressant. Bon après, c’est un passage de ma vie, depuis je suis passé à autre chose. Mais travailler au POPB m’a permis de rencontrer de très hauts gradés des arts martiaux mondiaux, des grands personnages en Karaté, Shaolin, etc. Et aussi, faut être clair,… pas mal d’escrocs (rires). Par contre, ceux qui m’ont vraiment impressionné, ce sont les moines Shaolin, surtout les jeunes. Pour les avoir vu en coulisses, aux répétitions, ce sont réellement des athlètes extraordinaires.

PAGT : Tu as pratiqué avec Dux?

Franck : Oui un peu, il est même venu à mon dojo !

PAGT : Et donc Bloodsport, c’est de la fiction ou pas ?

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Franck et Frank

Franck : Franck a beaucoup aimé le film, même si il y a un peu de roman dedans. Ceci dit, le déroulé de l’histoire est assez fidèle à ce qu’en a raconté Dux. Le kumité a vraiment eu lieu (en Novembre 1975, aux Bahamas), et c’était très violent, comme le coup du talc dans les yeux par exemple. Tous les coups étaient autorisés, et c’est simple, il n’y avait pas de règles. Le kumité avait lieu clandestinement chaque année. Dux (un ancien des forces spéciales), a été le premier américain à le remporter. Et puis il  a eu ces démêlés  stupides avec les agents de JC Van Damme, suite au film The Quest, querelles de droits d’auteurs. Mais j’ai vu Frank Dux  faire des choses proprement hallucinantes. Comme exploser une vitre blindé à coup de poings… On a dit que c’était truqué. Je te garantis que non. Même si, c’est vrai, il s’y ai pris par deux fois, c’était une vraie vitre blindée. Mais le pire, ça a été la bouteille de jack Daniels…Ca, je ne me l’explique toujours pas. Il a réussi à l’exploser avec la paume de la main en frappant de haut en bas. En miettes… Là, on peut me raconter ce qu’on veut sur lui, moi, j’étais présent et je l’ai bien vu. Il avait une énergie inouïe. On est toujours ami, on se téléphone, même si il vit aux USA. Il aimerait venir en France pour un show ou un stage, mais organiser tout cela, trouver des sponsors, … je n’ai plus le temps…

Et il y a un temps pour tout. Aujourd’hui, ce temps est pour ma famille, et pour l’aikido !

PAGT : Merci Franck ! Comme je sais que tu es un ami de Mare Seye (6e dan et DTR IDF FFAAA), je lui ai demandé un petit mot pour toi :

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stage avec Mare Seye à St Manvieu Norrey novembre 2014

Mare SEYE : « Franck et moi nous sommes vraiment découverts durant les 7 ou 8 ans où j’ai été DTR de Basse – Normandie. Nous partagions beaucoup de points de vue sur notre discipline, et, au fil du temps, sommes devenus amis. C’est un aïkidoka curieux et exigeant, sincère et entier, doublé d’un pédagogue passionné et toujours en recherche. »

PAGT : Merci Mare . Alors, si vous croisez Franck sur un tatami lors d’un stage, passez lui le bonjour de ma part, et allez à sa rencontre, vous serez conquis ;)

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Avec Shailen à l’île Maurice: « L’aïkido au paradis »

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Août 2014 : 12 heures de vol… Pour autant, seulement deux petites heures de décalage horaire. Apres un vol « mouvementé », mon arrivée dans l’ile paradisiaque ne m’inspire qu’une seule envie : rouler fissa vers mon hôtel et aller dormir ! L’aéroport Sir Seewoosagur Ramgoolam, est au sud de Maurice. Mon hôtel est lui,  à Grand baie, tout au nord. Mais cela me prendra à peine une heure de trajet. Il est sept heures du matin, et bienvenu dans l’Hémisphère sud, car ici en août, c’est l’hiver ! Hiver relatif, car il fait 23 degrés, mais le ciel est sombre, et pour la plage, cela s’annonce plutôt mal. Peu importe, je ne suis pas là pour ça. Demain, je serais à l’université de Port Louis pour une journée de travail, et ensuite, direction les tatamis !

Ile-Maurice

avion-charles-de-gaulle-aeroport-de-la-r561073681_442591861652_5930429_nGrace à mon amie Verotto bu iku kan, de l’aikido club de la Ciotat, j’avais découvert quelques photos de Shailen et de fait, la possibilité  de pouvoir pratiquer au milieu de l’océan indien. Magie de Facebook, il fut très facile d’entrer en contact avec Shailen et  de prendre rendez-vous pour un cours ce mercredi soir. J’ai donc rendez-vous chez Shailen au centre de l’ile, à Vacoas, au sud de Port Louis, la capitale, pour deux cours d’aikido. Shailen m’accueille chez lui, chaleureusement, et en toute simplicité. C’est pour moi l’occasion de sortir de l’hôtel si convenu pour entrevoir un intérieur mauricien authentique, et nous voilà, en deux pas,  dans son dojo. L’endroit est petit certes, mais vraiment magnifique, un  dojo qu’il a fait de ses mains, et qui possède une âme véritable.

Le premier cours est ce que Shailen appelle « Aikiforme », adapté pour les tout débutants. Une initiation douce et sans difficultés pour amener les novices à franchir le pas. Ceci dit, c’est bien de l’aikido, et le niveau de certains, en survêtements, ne me laisse aucuns doutes sur la qualité de cet enseignement.

maurice4Le cours qui suit est maintenant d’un autre niveau. Quelques débutants, mais aussi quelques autres confirmés, dont son fiston, 1er kyu, démontrent ce que j’entrevoyais de ce jeune sensei. On transpire beaucoup et l’opportunité de pratiquer avec shailen, est l’occasion pour lui, de me montrer quelques kaeshi waza qui me laisseront enchanté. Un aikido tout en souplesse,  relâchement et martialité.

Ensuite comme il se doit, direction un pti resto pour quelques  spare ribs arrosés de deux ou trois bières pour célébrer notre amitié. L’occasion pour moi de discuter avec des mauriciens et d’entrevoir ce qui se cache derrière cette façade paradisiaque, dans le quotidien de ces habitants, évidemment moins rose que sur les cartes postales. Un moment délicieux où nous avons beaucoup rit, simplement, entre amis. La magie de cet aikido qui rapproche les gens, et ouvre des portes inattendues et qui me permet de comprendre un peu mieux les habitants des pays que je traverse, au-delà des sourires entendus des hôteliers et des serveurs des restaurants, si sympathiques puissent-ils être.

Mon séjour aura été court, trop court et je n’aurais pas gouté au kite surf, fait de plongée sous-marine ou naviguer en catamaran, mais ces rencontres m’auront laissé les souvenirs inoubliables d’une expérience peu commune, avec l’espoir  d’y revenir un jour.

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L’interview skype- 20 septembre 2104 :

PAGT : Shailen, comment se passe cette rentrée à Maurice ?

Shailen : Très bien, je démarre les cours enfants ce soir. Il faut voir que pour les expatriés qui vivent chez nous, c’est la rentrée tout comme en France. Mais pour nous, mauriciens, la saison commence en janvier ! Nous sommes dans l’hémisphère sud. Et la rentrée se passe donc vers le 15 janvier pour les écoles, comme pour les dojos. Nos grandes vacances sont de novembre à décembre, sauf pour les expatriés qui vont à l’école française.  Mais normalement, l’agenda scolaire à Maurice est calqué sur le modèle anglais.

PAGT : Mais comment en vient-on à pratiquer l’Aïkido sur ton ile ?

IMG_4412Shailen : En fait j’ai découvert l’aïkido à 20 ans. Dans les années 86, adolescent, je m’étais aventuré dans des dojos pour m’essayer au judo, au karaté, au taekwondo. Mais je cherchais autre chose, quelque chose de moins commun. En 92, j’ai découvert l’aikido grâce à un enseignant mauricien qui avait passé beaucoup de temps en France, et qui commençait alors à enseigner ici. Il pratiquait un style proche de l’Aïkibudo. Il avait été l’élève d’Alain Floquet et d’Henri Plée, deux illustres maîtres. Puis, j’ai commencé à voyager un peu à la Réunion, et j’ai pu me perfectionner dans un aïkido qui me convenait plus. Sur l’ile de la Réunion, j’ai pu entrevoir une autre approche, autour des principes essentiels, le centrage, la gestion du déséquilibre, un Aïkido plus souple, et surtout avec une grande  découverte : le relâchement ! Donc un aïki un peu moins… brutal.  J’avais entendu parler de ces formes de pratiques, et j’espérais tendre vers cela. C’était le but de mes déplacements à la Réunion.

PAGT : Tu avais travaillé les armes aussi avant ?

Shailen : Oui, un peu de iaïdo, du kenjutsu Katori Shinto ryu, un peu de bâton, de naginata…

PAGT : Tu suis encore ce professeur ?

Shailen : Non, aujourd’hui il n’enseigne plus l’aïkido, mais le … tai-chi-chuan !! (Rires). Alors j’ai repris le flambeau. Il ne reste quasiment que moi ici pour enseignait cette voie. Les autres pratiquants sont partis au canada, en afrique, etc. Mais je continue ici à former de nouveaux élèves et à faire vivre l’aïkido à mon modeste niveau. Moi je suis principalement la voie de Christian Tissier Shihan, Maitre Yamaguchi, Endo senseï ou Tamura senseï. Disons, le modèle français. Mais Il y a une autre école ici, qui eux suivent plus John Ratnam, un enseignant de Dubaï, qui est aussi mon senseï, pour les passages de grades notamment.

PAGT : Où enseignes-tu alors ?

PAGT : J’ai un dojo à ma résidence, à Vacoas,  là où tu as pratiqué avec nous, c’est mon dojo principal. Mais j’enseigne aussi dans un dojo à Grand baie au nord, ou à Tamarin, dans l’ouest.

PAGT : On trouve des dojos facilement à Maurice ?

Shailen : Le gouvernement met certaines salles à dispositions des clubs, mais ces salles ne sont pas forcément bien gérées, pas toujours très propres, avec des soucis de planning avec les autres disciplines. C’est pour cela que j’ai créé ma salle, chez moi, dans l’esprit d’un vrai dojo, uniquement dédié à cela, pour que l’on  se sente bien, et où on puisse  pratiquer sereinement, de manière plus traditionnelle. Un dojo, ce n’est pas une salle de sport. Je préfère une pièce où l’on peut travailler avec une certaine spiritualité. On fait juste exception pour les stages, car mon dojo est trop petit pour accueillir un groupe de 20 personnes ou plus.

10704895_896437697036441_788769141_nPAGT : Pour te perfectionner, tu vas à la Réunion alors…

Shailen : Oui, j’y ai connu Daddy (Hubert Fontaine, 6e dan et DTR FFAAA de la Réunion), et en particulier Stéphane Etheve (4e dan), qui m’a beaucoup aidé à progresser. Et puis j’ai aussi rencontré Arnaud Waltz (6e dan et DTR Nord-Pas de calais FFAAA) que j’ai beaucoup apprécié. Mais j’ai surtout favorisé quelques échanges avec la ligue de la Réunion, et  avec les réunionnais qui venait en vacances chez nous. On a ainsi pu avoir des séances de pratiques très intenses ici avec eux.

PAGT : On parle ici de professeurs francophones, tu en as rencontré d’autres ?

Shailen : Oui, j’en ai rencontré ici quelques-uns, par forcement connus mais qui souvent m’ont laissé des souvenirs exceptionnels. Un mauricien, qui a vécu 30 ans en Amérique du nord, qui a connu maitre Yamaguchi, qui m’a fait travailler chez moi et à qui je dois beaucoup. Et John Ratnam de l’AAA, Aikido Association of America,  originaire du Sri Lanka et qui enseigne à Dubaï où il vit. C’est lui qui m’a fait passer mes grades, dont mon shodan. Il me prépare au nidan en ce moment, mais il faut que je fasse des stages, qu’on se revoit.  Je pense que c’est pour bientôt, …d’après ce qu’il me dit.

PAGT : Comment organises-tu tes cours à Maurice?

Shailen : Le samedi, c’est toute la journée, chez moi, avec entre 4 et 5 cours. Plus deux cours le jeudi, et deux cours le mardi. Avec des cours sur deux niveaux, débutant et avancé. Il y a aussi  les cours ados et enfants. Je commence à avoir des élèves qui ont une dizaine d’année de pratique, les ayant eu élèves enfants, vers 6 ans. On a une quinzaine d’adultes réguliers  et une vingtaine d’enfant. Je compte en présenter bientôt un ou deux au shodan avec mon professeur de Dubaï, qui vient tous les ans, ou pourquoi pas, lors d’un stage. Mais nous, ici,  nous sommes  très peu nombreux, et organiser un stage devient vite compliqué. Nous avons peu de moyens, on ne peut compter que sur les bonnes volontés. Faire venir un 6e dan de France où d’ailleurs, lui payer un vol, pour 12 élèves, c’est impossible. Et organiser un voyage pour nous à la réunion, cela reste couteux et trouver des élèves capables de cela est difficile.

PAGT : Internet a dû modifier la vie de ton dojo …

Shailen : Nous ici, nous sommes isolés. Alors tous les pratiquants du monde entier sont les bienvenus. Avant c’était compliqué, il n’y avait que le bouche à oreille, et le téléphone, et encore, aux prix des communications… Mon ancien prof a dû beaucoup en souffrir. Pour trouver des infos, il ne pouvait que voyager et …on devait prier pour que quelqu’un nous trouve enfin (rires) !! Avec notre site web, on établit des liens faciles et les gens de passages n’ont plus aucun mal à nous contacter pour venir pratiquer ici. Forcément, cela a changé notre vie d’aïkidokas et notre évolution de pratiquants.

10681972_896437717036439_1599198981_nPAGT : Tu as des élèves féminines ?

Shailen : Oui mais assez peu. Souvent elles viennent voir le cours et ne reviennent pas. En fait, des quelle voit les chutes, elles ont peur de se retrouver dans une position disons …peu élégante. Mon professeur de Dubaï a  résolu cela en leur donnant rapidement le hakama dès le premier grade, pour satisfaire leur pudeur. C’est un compromis qui n’est pas gênant, si cela peut amener nos femmes mauriciennes à pratiquer. Mais  toutefois, en tant qu’enseignant, j’estime avoir besoin de voir les jambes de mes  élèves  débutants pour vérifier leur placement, voir si la jambe arrière est bien tendue etc… Alors je ne suis pas complètement pour cette solution. Ceci dit, avec mon concept aikiforme, elles sont de plus en plus nombreuses à venir essayer, et à franchir le cap. C’est trés positif. Je ne peux que les encourager à venir encore plus nombreuses!!!

PAGT : Tu commences à avoir des élèves qui montent en grade ?

Shailen : Oui, avec un nombre moyen d’adhérents de 30 à 40 personnes, j’ai un petit groupe d’élèves sur lequel je peux compter, garçons et filles, 2e et 1er kyu, dont mon fils. J’espère en présenter bientôt au Shodan. A propos de mon fils, ça sera bien sûr, une grande fierté en tant que père, et aussi en tant qu’enseignant. Je lui demande souvent son avis sur mes cours, et je le laisse aussi prendre la main de temps en temps sur les cours au dojo, même si je reste en soutient derrière, en tant …qu’élève de mon fils ! A la fin de l’année je compte organiser un voyage à la Réunion, avec quelques élèves, ce qui leur permettra de se confronter et de pratiquer avec d’autres aïkidokas expérimentés, et donc faciliter leur progression.

PAGT : ici, comment les nouveaux pratiquants  arrivent à ton dojo et avec quelle idée sur l’Aïkido ?

Shailen : Soit pas des références, des amis, des élèves ou bien par mon site internet. Apres, je suis beaucoup mon intuition, Quand un nouveau arrive, ou une nouvelle, je passe du temps  à travailler avec lui ou elle, pour essayer de lui faire ressentir un peu le travail que nous faisons, par le contact, pour l’amener à vouloir explorer des sensations qui lui mettent l’eau à la bouche. Du coup, ces nouveaux venus ont une sensation d’inachevé et il leur faut alors revenir pour poursuivre ce travail de recherche avec nous. Je leur fait aussi une démo un peu dynamique avec mes anciens, pour qu’ils entrevoient ce à quoi cela peut mener, au-delà des  premiers cours pour débutants. Mais j’essaye, autant que possible, d’adapter mon enseignement à chacun, selon ce que chacun recherche. Les enfants, ont certaines attentes, les ados en ont d’autre, pour les adultes, certains viennent pour l’aspect sportif, gymnique, d’autre pour se détendre, ou extérioriser du stress, selon leur âge, leur personnalité. Mais au début, je leur fait prendre conscience que ce qu’il voient une première fois, n’est qu’une toute petite partie de l’iceberg, et que le reste devra se mériter par du travail.

10668390_896437520369792_1600139267_nPAGT : Tu fais aussi en ce sens une prépa aikido pour faire venir les gens qui n’osent pas trop franchir le cap ?

Shailen : Oui, c’est un concept, que j’appelle Aiki-forme. Les néophytes ont peur de chuter, on peur d’acheter un keiko gi, et sont trop impressionné pour commencer un cours d’aiki à proprement parler, avec des pratiquants expérimentés. Les Hakamas leur font peur (rires)! Dans ce cours, on vient en survêtement, jogging ou teeshirt. Je suis plus léger sur le reishiki, et je ne pousse pas les gens à faire plus que ce qu’ils veulent faire. Surtout s’ils ont des problèmes de genou ou d’épaules. Mais cela reste de l’aikido, on chute,  on travaille les bases, en souplesse. Ils ont l’impression de faire de la gym douce, mais en fait doucement, ils sont capables d’intégrer le cours d’aikido avec moins d’appréhension, et cela marche plutôt bien ici.

PAGT : A propos de Maurice, c’est quoi la vie réelle, loin des cartes postales ?

Shailen : A Maurice, pour le moment, ce n’est pas trop difficile de trouver du travail, mais il y a beaucoup de gens qui sont très pauvres. Ici, on n’a pas d’allocations, ou de salaire minimum, c’est la débrouille, avec un niveau de salaire très bas. Pour beaucoup, l’argent qu’ils gagnent ne leur permet que de se nourrir et se loger mais vraiment pas plus. Cela peut donc être très difficile comparé aux standard européens. Les jeunes diplômés rêvent alors de partir au Canada, en France, en Angleterre ou en Australie, pour obtenir un salaire décent. On a aussi beaucoup d’expatriés qui viennent chez nous travailler, à l’inverse (rires). Mais souvent quand la retraite arrive, les gens reviennent sur notre ile…

10494359_583037605140158_8740837359854595920_oPAGT : Finalement, que t’apportes l’aïkido à Maurice ?

Shailen : Au-delà de la pratique au dojo, je suis très intéressé par l’aspect philosophique et social, Comment comprendre une relation, gérer des tensions au travail ou dans son entourage, ce sont des questions qui m’intéressent, et où l’aikido m’ouvre des pistes de recherches, sur la communication, le lâcher prise, etc. Pour moi les techniques ne sont pas l’essentiels, je m’intéresse plus au fond, au contenu de ces éléments. Si l’aikido n’était qu’un ensemble de  clefs de bras, des projections, j’aurais arrêté depuis longtemps. Non, il y a quelque chose derrière la pratique, lié à l’homme, qui m’interpelle. Au point que j’attribue la plupart des bonnes choses qui m’arrivent autour de moi à l’aïkido. Quand on me demande, par exemple,  comment ai-je  réussi à obtenir ceci, ou à faire cela, je crois souvent que l’aikido y est pour beaucoup ! Je suis persuadé que la plus grande partie des bonnes choses que j’ai dans  ma vie, d’une manière ou d’une autre, je le dois à cette pratique de l’Aïkido.

PAGT : Merci Shailen

 

IMG_4387Si vous avez la chance d’aller à l’ile Maurice, vous serez comblé au-delà de toute espérance, je vous l’assure. Si vous pratiquez, n’hésitez pas à contacter Shailen, il vous accueillera avec  générosité. Et si vous ne pratiquez pas de budo, n’hésitez pas non plus à venir découvrir l’aikido chez lui, pour une initiation mauricienne inédite, ce qui sera aussi l’occasion de rencontrer et de partager un moment merveilleux avec des mauriciens et des mauriciennes. Merci encore à toi Shailen  pour ce que tu es et ce que tu donnes. A bientôt j’espère. Patrice

La page facebook de shailen : https://www.facebook.com/Esprit.aiki?fref=ts

Son blog : http://aikidoclubducentre.blogspot.fr/

Entretien avec Bernard Palmier Shihan : «L’aikido, l’histoire d’une vie »

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Bernard Palmier, c’est  plus de 50 ans d’aïkido. Il débute avec  Guy LorenziMaître Noro, puis Christian Tissier.  Quand il part au Japon, il a vingt six ans et il est deuxième dan. Il étudie pendant cinq ans avec tous les experts de l’Aïkikaï de Tokyo, mais plus particulièrement avec le Doshu Kisshomaru Ueshiba  et Maître Seigo Yamaguchi dont il sera le disciple pendant vingt ans. En 1982, il revient en France, il est 3ème dan. Tout en exerçant son métier de consultant, il ouvre son Dojo et la FFAAA lui confie la direction technique de la Ligue Ile de France. Depuis 30 ans, il contribue largement au développement de la formation continue des enseignants en organisant et en dirigeant des écoles de cadres, notamment celle de la ligue Île de France, en co-animant avec Franck Noël (7ème dan) puis avec Arnaud Waltz et Luc Mathevet (6ème dan) les stages nationaux de formation enseignants et futurs enseignants.

Le 1er septembre 2007 la Commission Nationale des grades lui décerne le 7ème Dan. En 2008, Bernard Palmier est nommé Président du Collège Technique National.  En 2014, à la demande de Christian Tissier, le DOSHU, Moriteru Ueshiba, lui décerne le 7ème dan Aïkikaï et le titre de SHIHAN, la plus haute distinction d’enseignement décernée par l’Aïkikaï de Tokyo faisant référence au niveau international…

Avant-propos :10446371_10154312736845160_176034574_n

Cet entretien  s’est déroulé le 30 mai 2014 lors du traditionnel stage de l ‘Ascension à Beaugency. Bernard m’a fait l’honneur de m’accorder de son temps pour nous livrer un peu de son histoire, en  nous racontant les gens qui ont marqué son parcours d’aïkidoka, ses maitres, ses amis, ses élèves. Une entrevue riche de sa vision, celle d’un expert international, mais avec beaucoup d’émotion, de sincérité et d’humanité. C’est peu dire que j’ai pris du plaisir à le rédiger, tant Bernard a de choses passionnantes à nous dire. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire.  Je remercie Bernard encore mille fois pour sa précieuse collaboration et pour les documents extraordinaires qu’il m’a offerts si volontiers. Patrice


Beaugency, le  30 mai 2014

Patrice AGT : - Bernard, aujourd’hui, peut-on dire que tu  es un « professionnel » de l’aïkido?

Bernard Palmier : Oui, et d’ailleurs je considère que je l’ai toujours été. Il faut accepter l’idée que l’on puisse exercer plusieurs métiers simultanément. Ce qui a été mon cas. Après mon retour du japon, j’ai quitté l’enseignement, pour accepter un poste de consultant en entreprise. Et jusqu’en 2012, date à laquelle j’ai pris ma retraite pour cette partie de mon activité, j’ai mené de front le métier de consultant  et celui de professeur d’aïkido. Ce n’était pas de tout repos : activité de conseil du lundi au vendredi, tous les soirs de la semaine aïkido – pratique et enseignement – et tous les weekends de l’année stages – à suivre en tant que pratiquant ou à animer en tant qu’enseignant… et depuis 1983-84  j’en fais autant, voire largement plus que pas mal d’enseignants qui ne font que ça.

En fait, je n’ai jamais voulu faire que de l’aïkido…j’avais un métier qui m’intéressait et j’avais aussi quelques scrupules à avoir des élèves qui soient des clients…Mais tout cela m’a couté, surtout sur le plan familial où je n’étais pas très présent…et ça n’a pas toujours été facile…Je l’ai payé…

PAGT : Il semble en effet que l’aïkido prenne rapidement une partie importante de la vie des gens, pratiquants et enseignants. Pas seulement les weekends  et deux soirs par semaine, comme on irait jouer au foot, comme un loisir. Mais tout le temps ?

Bernard : Ce sont d’abord des choix personnels, chacun s’implique plus ou moins. Mais effectivement l’aïkido n’est pas un jeu ou un simple loisir, c’est une discipline dans laquelle on peut s’engager complètement, ça peut prendre des proportions importantes, et orienter une vie, déterminer l’histoire d’une vie…

PAGT : Alors l’aïkido serait un système d’éducation, au-delà d’un simple sport?

Bernard : Oui, bien sûr, la pratique s’inscrit dans un système d’éducation…La  relation Uke / Tori est fondée sur la transmission, tout en aïkido est une affaire de transmission…Pour l’aspect sportif, on peut en discuter… Ce n’est pas un sport de compétition, ça on le sait. La compétition irait à l’encontre même des valeurs de l’aïkido. Au travers de sa pratique martiale, l’Aïkido a pour objectif d’améliorer les relations entre les personnes. Dans cette perspective c’est la valorisation mutuelle qui doit être développée  et non l’affirmation de soi au détriment de l’autre…C’est la raison pour laquelle la compétition qui glorifie le vainqueur, ne concerne pas notre discipline. Pour autant l’aïkido est aussi une activité physique, où l’on peut « bouger», où l’on transpire, et que l’on peut pratiquer de manière très intense. Une différence essentielle avec le sport c’est qu’on ne raccroche pas le keikogi à 35 ans. On continue ! On développe d’autres compétences…et on transmet son expérience…

En vieillissant, on ne peut plus pratiquer comme avant, il y a des capacités qui s’émoussent inévitablement, surtout en tant qu’Uke ; mais en même temps, on développe d’autres capacités que l’on découvre avec l’âge et que l’on ne soupçonnait pas quand on était plus jeune, en pleine possession de ses moyens physiques. Et cela, c’est très différent d’un sport. On n’est pas dans la performance ou la compétition. Par exemple, la rapidité, être plus rapide que l’autre est une capacité relative, il y aura toujours quelqu’un plus rapide que soi…Ce que l’on essaye de développer – et surtout en vieillissant – c’est plutôt le fait d’être avec l’autre, on n’a pas à être le plus rapide simplement à être avec Uke pour contrôler ses attaques. « Être avec », être à l’écoute de l’autre, ça on peut le pratiquer toute sa vie. On y arrive plus ou moins, évidement, mais ce qui est certain, c’est qu’on pourra l’expérimenter très longtemps. Alors que travailler la rapidité ou la puissance, ça peut être un passage dans sa pratique…, mais il y a forcément un moment où ce n’est plus possible…

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PAGT : Aujourd’hui, l’aïkido pour toi, c’est plus de …50 ans de pratique ?

Bernard : J’ai commencé l’Aïkido à 12 ans, j’ai 64 ans, cela fait effectivement 52 ans de pratique…avec des périodes plus intenses que d’autres…

PAGT : Ton premier professeur était Guy Lorenzi  je crois ?

003Bernard : C’est exact. J’ai commencé l’aïkido en 1962 avec Guy Lorenzi, qui  était en fait …un voisin de palier ! Comme mon père, Guy travaillait à la Banque de France et nous habitions l’immeuble réservé aux agents de la Banque de France, 44 rue Bayen, Paris 17eme .  Guy Lorenzi avait deux enfants de mon âge, Bernard et Jocelyne, avec qui j’étais copain, et j’étais souvent chez eux. Guy pratiquait le Judo et c’est  en tant que judoka qu’il a commencé à s’intéresser à l’Aïkido – art martial que l’on découvrait en France.

Il a d’abord pratiqué avec Maître Tadashi Abe, élève direct d’O Sensei, un des premiers japonais à avoir séjourné en France, puis avec Maître André Nocquet qui rentrait du Japon…En 1962, Guy devait avoir une trentaine d’années et il a fait partie des pionniers  de l’aïkido, l’un des tous  premiers enseignants en France ! Sa forme de travail était celle de Tadashi Abe, un Aïkido plutôt dur, centré sur l’efficacité…

 

PAGT : Mais toi tu n’as pas commencé avec le judo?

Bernard : Non, pas du tout, j’ai commencé directement par l’Aïkido…Après j’ai fait du karaté et du judo puisque à l’époque pour passer le Brevet d’Etat il fallait avoir des rudiments dans d’autres disciplines…

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PAGT : Et après Guy Lorenzi, Il y a eu Maître Nocquet et Maître Noro ?

Bernard : Maitre Nocquet était rentré du japon en 1958, je crois. On ne pouvait pas ne pas le connaître à cette époque et j’allais à ses stages. Mais ce qui, pour moi, a  été réellement déterminant, ce fut la rencontre avec un des premiers élèves de Noro Sensei, Marcel Virginet que j’ai suivi un moment et qui m’a donné envie d’aller chez Maître Noro…J’ai fréquenté assidument l’Institut Noro pendant 4 ou 5 ans… Maitre Noro était arrivé en France en 1962, j’ai dû le rencontrer en 70-71. Et puis il y avait aussi, bien sûr,  Tamura sensei, arrivé lui en 1964…

Je participais à ses stages d’été, Annecy, Saint Maximin… où je côtoyais les 7ème dan de maintenant, Paul Müller, Alain Guerrier, Claude Pellerin, Michel Bécart, Toshiro Suga, Tiki Shiwan et bien d’autres de ses élèves…Mais durant cette période je suis resté fidèle à Guy Lorenzi en faisant en sorte d’aller le plus régulièrement possible à ses cours…J’avais déjà à cette époque une pratique soutenue de 2 à 4 heures par jour…               

004 (2)PAGT : Comment Maître Noro était-il à cette époque, avant le Kinomichi. Son aïkido était très « martial » parait-il ?

Bernard : Sa pratique était  très efficace, très martiale. Mais j’ai connu Maître Noro après son accident de 1966, où il a failli perdre la vie. D’après ce que l’on disait sa voiture était passée sous un camion et avait été littéralement décapitée…Je me souviens quand il en parlait, il disait que l’aïkido lui avait sauvé la vie, il parlait beaucoup de Ki et de Kokyu…Certains prétendent que son aïkido a commencé à évoluer pour aller vers le Kinomichi après cet accident. Et donc quand moi je l’ai connu, son aïkido devait déjà être moins dur que quand il est arrivé en France… 

Au-delà de cet aspect martial, j’appréciais beaucoup l’amplitude et l’esthétique de sa pratique que j’ai retrouvées avec Christian Tissier ou Maître Yamaguchi. Cette amplitude dans l’exécution des techniques était liée à une capacité étonnante de jouer sur la distance pour absorber les attaques ou pour les contrôler à la naissance…C’est cette mobilité qui m’a vraiment intéressée. Il avait un aïkido très  spectaculaire…efficace, crédible et d’un esthétisme inouï. Maître Noro était aussi un personnage attachant et envoutant. Quand il arrivait dans le dojo, avec son hakama blanc, son immense sourire, son regard perçant…on était subjugué. Sa personnalité m’a beaucoup marqué. C’est plus tard, en pratiquant avec Christian Tissier et à l’Aïkikaï, que j’ai vraiment réalisé la richesse de son enseignement et ce qu’il m’avait apporté…

PAGT : A cette époque, tu as dû connaitre Daniel Toutain Sensei ?

Aikido Iwama Ryu - Auray Summer Camp - 08/2009Bernard : Ma génération à l’Institut Noro, c’est en effet celle de Daniel Toutain. On doit avoir le même âge. Il y avait aussi Daniel Martin, Pascal Bernard… Nous pratiquions souvent ensemble, je garde un souvenir ému de ces années et à l’égard de Daniel une vraie sympathie… Il nous arrivait de garder la clef de l’institut Noro, et quand tout le monde était parti, on travaillait encore tous les deux. On faisait des séries de chutes à n’en plus finir… C’était un truc de dingue. J’ai vraiment de très  bons souvenirs avec Daniel. Nos instructeurs, nos sempaï, c’était Michel Village, Aymar Delestrange… On était la génération qui suivait celle de Michel Bécart, Max Méchard, Michel Drapeau, Gérard Blaize…

En 2010, Daniel et moi nous nous sommes retrouvés pour faire une démonstration à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels organisée par Léo Tamaki en souvenir de Tamura Sensei. C’est toujours un plaisir de se revoir… On envisage même d’organiser un stage ensemble !

PAGT : Oh là, ça c’est un scoop ! Mais ensuite comment as-tu décidé de partir au Japon ?

014Bernard : Christian Tissier et Franck Noël ont passé 7 ou 8 ans au Japon…C’est leur exemple qui m’a donné envie de partir à mon tour. En 1976 Christian est revenu en France avec Maitre Yamaguchi. Cette rencontre m’a bouleversé… Mais …je n’ai rien compris (rires). Maître Yamaguchi n’avait que 53 ans.  C’est jeune ! Moi qui l’imaginais comme un vieux maitre…La relation qu’il y avait entre Christian et Maitre Yamaguchi était incroyable. La relation Uke / Tori la plus juste que j’ai pu voir, c’est Yamaguchi Sensei et Christian Tissier. Christian a ensuite formé des élèves qui sont ou ont été des Uke remarquables, on le sait bien. Mais ce que j’ai pu voir de plus beau, de plus convaincant en aïkido, ce sont les démonstrations de Maître Yamaguchi avec Christian comme Uke… Cela donnait envie de pratiquer…C’est ce qui m’a définitivement convaincu de partir au Japon et de suivre Maître Yamaguchi…

PAGT : Un Sensei 5e dan, m’a avoué il y a peu, que, quand il a rencontré Maitre Yamaguchi, il avait été complètement perdu, comme si celui-ci venait d’une autre planète.

Bernard : Oui, enfin…c’était plus ou moins difficile pour tout le monde parce que nous restions collés à ses gestes techniques en essayant vainement de faire comme lui sans comprendre vraiment le sens de son travail…C’est souvent ce qu’il nous reprochait…de vouloir l’imiter sans comprendre…En même temps, comment arriver à  faire ce qu’il proposait ? Yamaguchi Sensei se mettait en colère quand il voyait que nous étions dans une forme sans fond, dans la copie, un contenant sans contenu.  Ce n’était pas facile…

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Mais je me rends compte maintenant à quel point il a inspiré – et il inspire encore – ma propre recherche technique et pédagogique…Je parle souvent de diversité et d’unicité en Aïkido; pratiquer et enseigner l’aïkido c’est finalement expérimenter et donner à vivre ces principes (unicité) à travers les techniques (diversité)…la technique qui n’est qu’un moyen… Je partage cette façon de voir avec bon nombre de techniciens même si je l’exprime à ma façon. Cette notion de transversalité, de « Ri aï » – la logique en japonais – est, pour moi, un héritage de l’enseignement de Maître Yamaguchi, diversité et ouverture au niveau technique, unicité et discernement au niveau des principes. Ce qui est frappant c’est de constater la diversité des pratiques des Sensei formés par Maître Yamaguchi. Il a permis à chacun de développer sa singularité. Il n’a pas fait des clones.

Nous nous sommes appuyés sur cette notion de transversalité pour développer avec la FFAB ce qui nous permet actuellement de faire les passages de grades en commun…A partir de l’unicité des principes, nous pouvons évaluer une prestation, même si ce qui est présenté par le candidat n’est pas notre pratique habituelle. Il ne s’agit pas d’apprécier la technique pour la technique mais l’application des principes dans l’exécution des techniques, avec le niveau d’exigence du grade présenté… Ça a marché et ça marche encore pas si mal que ça, malgré ce que l’on peut dire…

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PAGT : Il n’existe pas de livres de Seigo Yamaguchi et très peu de vidéo…

Bernard : Je crois que Maitre Yamaguchi avait quelques réticences à fixer sa pratique sur un support – photos ou films – et de ce fait présenter une forme figée qui pouvait paraître définitive…L’aïkido est une voie, un cheminement, rien n’est parfaitement abouti, tout reste en devenir…A mon départ du Japon, Yamaguchi Sensei m’a donné un album de photos, en me disant qu’il allait finalement écrire un bouquin où il mettrait ces photos, sur certaines je lui servais d’ Uke. Mais en fin de compte, il ne l’a jamais fait…

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PAGT : Toi-même, tu n’as jamais sorti de livre ?

Bernard : Non, et si je devais écrire un livre, ce ne serait pas un livre technique…

009 008PAGT : Y-a-t-il d’autres Sensei qui t’impressionnent, après maitre Yamaguchi ?

Bernard : A l’Aïkikaï, j’allais à tous les cours et j’ai travaillé avec tous les Sensei…Mais je suivais plus particulièrement le Doshu Kisshomaru Ueshiba et Yamaguchi Sensei…Bien sûr d’autres Sensei m’ont impressionné, à commencer par Christian Tissier et Franck Noël…

Christian je lui dois beaucoup, grâce à lui je suis arrivé au Japon avec un niveau et un grade de 2ème dan Aïkikaï et ensuite il m’a toujours suivi et accompagné dans ma progression – même s’il y a eu des périodes où nous nous sommes moins vus. Franck m’a apporté énormément mais plutôt après le Japon, je me suis enrichi à son contact en co-animant pendant une vingtaine d’années les stages nationaux de formation des enseignants. Endo Sensei et Yasuno Sensei, très proches de Maître Yamaguchi, mais également Saotome Sensei m’ont aussi fortement inspiré…

 PAGT : Quand tu as mis les pieds la première fois au Japon, cela a dû être un vrai choc culturel?

Bernard : Oui bien sûr. Mais j’étais déjà imprégné de culture japonaise. D’abord, j’avais suivi l’enseignement de maîtres japonais, Noro et Tamura, et puis dans le cadre de mes études de Lettres, je m’intéressais beaucoup à la littérature et au théâtre japonais…Et en fait le Japon me passionnait. J’étais donc curieux et ouvert à cette culture si différente de la nôtre…

PAGT : Très vite, tu as du avoir envie d’aller pratiquer ?

005Bernard : Je suis arrivé un vendredi matin, et le soir même, j’étais sur les tatamis ! Ensuite j’ai fait en sorte d’organiser ma vie autour des horaires de l’Aïkikaï. J’avais deux postes de professeur de français, un poste dans une université à Yokohama et un autre poste dans une des plus grandes écoles d’enseignement du français de Tokyo « l’Athénée français » …Je me suis arrangé pour travailler tous les jours de 10h à 13h. Ce qui me permettait de faire tous les cours du Hombu Dojo, de 6h30 à 9h le matin et de 15h à 20h l’après-midi. En plus des cours à l’Aïkikaï je participais au cours de Maître Yamaguchi dans son dojo privé à Shibuya (quartier de Tokyo) le mercredi soir et le dimanche soir et à l’université de Meiji où il enseignait aussi. Tous les matins à 5h, je partais courir avec mon ami Lilou Nadenicek, grand Budoka, actuellement 6ème dan et membre du Collège Technique National ; après une ½ heure de footing, nous nous retrouvions sur  un parking derrière l’Aïkikaï pour faire du Kick-boxing…et à 6h30 le cours du Doshu commençait…

 PAGT : Puis ce fut le retour en France. Tu  étais content de rentrer ?

Bernard : Un sacré dilemme, cette décision de rentrer en France… J’étais bien à Tokyo, je gagnais ma vie correctement comme prof de français. Le japon me passionnait, au-delà même de l’aïkido… Je n’étais pas rentré en France une seule fois depuis mon arrivée à Tokyo… Mais si je restais plus longtemps, je savais que ce serait de plus en plus difficile de quitter le Japon…et donc j’ai fini par prendre la décision de rentrer… Je me suis donné quelques bonnes raisons…J’étais bien au Japon mais ce qui m’a gêné à un moment c’est le sentiment d’être « déculturé »…J’étais là depuis assez longtemps pour être coupé de la France, mais pas assez longtemps pour me sentir vraiment intégré, surtout au Japon. Autres raisons ou prétextes pour rentrer, mon père n’était pas dans une très grande forme, François Mitterrand venait d’être élu président de la république, la fédération et Christian Tissier m’incitaient à rentrer…l’aïkido français avait besoin de cadres…Je suis donc rentré, c’était en 1982 mais la décision n’a pas été facile à prendre…

013PAGT : Tu as ouvert un dojo à ce moment-là ?

Bernard : En rentrant du Japon, Christian Tissier m’a confié un cours le mardi soir à Vincennes  et j’ai eu un dojo assez rapidement à Paris avenue Parmentier…Puis très vite on m’a proposé d’être DTR en Poitou-Charentes d’abord, et ensuite en Île de France…J’avais 33 ans.

PAGT : tu as reçu ton 7e dan Aïkikaï et ton titre de Shihan des mains du Doshu, le fils de celui qui fut ton professeur à l’Aïkikaï. Cela doit être une émotion particulière ?

Bernard : J’ai connu Moriteru, quand il était Waka-Sensei et nous avons souvent pratiqué ensemble au cours de son père…J’ai gardé de bonnes relations avec lui. Alors oui, forcément, l’émotion était forte…d’autant plus forte que Christian Tissier était là…Et sa présence me ramenait 16 ans en arrière…épisode que j’ai déjà raconté à d’autres occasions mais que j’aime rappeler…

En 1998, Christian et moi étions au japon, lui, pour recevoir son 7e dan, et moi mon 6e dan. Normalement le 6e dan, est remis par le Dojo-cho, le directeur technique de l’Aïkikaï qui était à l’époque Waka-Sensei, Moriteru Ueshiba. A partir du 7e dan, les grades sont remis par le Doshu. Christian a reçu  son grade des mains du Doshu. Mais comme j’étais avec Christian et à sa demande, le Doshu a accepté de me remettre exceptionnellement mon 6e dan…Doshu Kisshomaru Ueshiba qui devait décéder quelques mois plus tard…

Alors, c’est sûr que, 16 ans après, recevoir mon 7e dan  des mains du Doshu Moriteru Ueshiba en présence de Christian Tissier revêtait une signification toute particulière fortement chargée en émotion…C’est aussi avec beaucoup de plaisir que j’ai reçu ces distinctions en même temps que Patrick Benezi…

 

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 PAGT : Tu retournes au japon de temps en temps, comme « simple »pratiquant ?

Bernard : Pas assez souvent à mon goût…Depuis mon retour du Japon, en moyenne, tous les deux ou trois ans environs. Mais je n’y étais pas retourné depuis 2007… j’ai eu quelques problèmes de santé…en 2010, tout allait mieux, mais il y a eu Fukushima… et j’ai attendu donc 2014 pour y revenir… enfin, malheureusement très peu de temps. Nous sommes arrivés le lundi pour repartir le vendredi. Avant la remise des grades, nous nous sommes retrouvés Christian, Patrick Benezi et moi dans le dojo à 6h30 pour le cours du Doshu…Un moment très sympathique plein de souvenirs… Quel plaisir de se retrouver pratiquant à l’Aïkikaï…et puis le cours du matin…c’est particulier on garde le même partenaire…il faut bien choisir ou bien tomber…T’imagines ce matin là celui qui s’est retrouvé à travailler une heure entière avec Christian Tissier …comme « simple » partenaire !!!

 

017PAGT : D’ailleurs, ça ne te manque pas de pouvoir pratiquer comme élève ? Comment peut-on encore progresser à ton niveau ?

Bernard : Mais je travaille toujours, je pratique avec mes élèves, je chute, j’essaye d’aller au cours de Christian le mardi midi et de participer le plus possible aux stages nationaux et internationaux animés Christian ou Franck, Yasuno ou Endo sensei. Evidement les choses changent avec l’âge, en tant qu’Uke, on est moins pointu qu’avant, mais j‘essaye de rester le plus possible pratiquant. Et heureusement  que l’on continue à progresser, sinon on arrêterait. Ce qui nous fait grandir, ce sont aussi nos élèves, c’est l’enseignement qui nous fait avancer. Comment peut-on enseigner sans se remettre en cause ? L’enseignement fait progresser énormément et comme je l’ai déjà dit l’aïkido est une affaire de transmission…

Être 7e dan, Shihan, ce n’est pas pour moi une consécration, un aboutissement  sinon je pourrais ranger mon Keikogi… Non, ça me donne envie de travailler encore plus, pour être digne de ce titre. Enseigner, transmettre  font partie de la pratique de l’aïkido…Alors je continue à pratiquer, à transmettre…et à progresser…

PAGT : Merci Bernard Sensei.

Entretien avec Hélène Doué, 4e dan. L’aikido au féminin ?

 

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J’étais venu un dimanche matin sur Montreuil, en banlieue parisienne, pour assister à un stage de Fabrice Croizé, 4e dan, en son dojo des Guilands, avec mon fidèle Arthur en compagnon de vadrouille martiale. C’était la première fois que je rencontrais cet élève réputé de Christian Tissier Shihan.

Le stage fut vraiment passionnant, très dynamique, avec un sensei très sympa et souriant, très accessible, dans une belle ambiance qui me donnera envie d’y revenir des que l’occasion se représentera.

On dit, quand on oublie quelque chose chez des amis,  qu’inconsciemment, on souhaite revenir. C’est ce qui a du se passer, car, une fois revenu chez moi à Rouen, je me suis rendu compte que j’avais oublié mon blouson aux vestiaires du dojo. Alors, obligé d’y retourné la semaine suivante !

J’appelle Fabrice Croizé, qui gentiment, m’invite à repasser lors d’un cours prochain. Je profite de l’occasion pour lui demander s’il accepterait de se prêter au jeu de l’interview. Pas de soucis pour cela, mais « manque de pot », il ne sera pas présent la semaine prochaine. Il doit diriger une série de stage en Amérique du sud, et Helene Doué assurera l’intérim. L’occasion faisant le larron, je contacte Hélène qui accepte très volontiers de me rencontrer avant son cours pour un entretien ! La vie offre de ses opportunités…Je vais pouvoir interviewer, pour  la première fois, une femme enseignante en aikido !

Le soir dit, me revoilà devant le dojo à attendre patiemment la jolie sensei. La voici qui arrive, avec son ptit bonhomme en poussette pour m’accueillir avec un sourire des plus charmant. Ceci dit, malgré le petit gabarit de la jeune femme, on devine très vite une attitude pleine de détermination et d’énergie, avec une force de caractère évidente qui balaie illico tout apriori de fragilité ! Helene nous parle ici de son parcours, des jeunes, de la place des femmes  et de sa vision de l’aikido.

ENTRETIEN AVEC HELENE DOUE 4eDAN

LES DEBUTS…

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Patrice AGT : Ne le prends pas mal Hélène, mais peut-on dire que tu es …un pur produit Tissier ?

Hélène : (rires) Oh oui ! Un pur matériau vincennois comme dit Christian ! J’ai commencé à 9 ans, au cercle Tissier, et j’ai pendant 10 ans suivi tous les cours du cercle, du lundi au vendredi, sans m’arrêter. Les cours enfants, puis ado, et enfin adultes ! Et je dois en être à ma 24e ou 25 e saison. Et ce, avec tous les profs qui enseignaient ou qui enseignent encore. En commençant par Christian bien sûr, Philippe Orban, Pascal Guillemin, Bruno Gonzales, Marc Bachraty, Daniel Bourguignon, Patrick Bennezi, et d’autres. J’ai ainsi pu bénéficier de tous les enseignements  Aïkido de Vincennes.

PAGT : Comment, à 9 ans, as-tu pu découvrir l’aikido ?

Hélène : Complétement par hasard. Le cercle est au 108 rue de fontenay. Et moi j’habitais au …104 !

PAGT : Ca ferait rever pas mal de monde !

Hélène : (rires) J’avais une amie qui faisait de la corde à sauter dans la cour de l’immeuble à coté. Un jour, elle m’a proposé de venir la voir au dojo. Je suis venu au bord du tatami regarder, et j’ai demandé à m’inscrire immédiatement après cette première visite. Le premier cours fut horrible. Les petits étaient mélangés avec les ados, on était perdu dans les échauffements, les grands nous sautaient par-dessus pour nous faire voir ce qu’ils savaient faire, ce qui traumatisaient les plus petits. Mais ensuite, la salle était divisée en deux groupes, et tout allait mieux.

AIKIDO ET LES JEUNES…

PAGT : J’ai vu sur le net, que tu as écris un mémoire sur « la dimension ludique en aikido  ?

Hélène : Oui, c’était un sujet imposé pour mon master en science du jeu. Et oui, ça existe ! Il n’y a en a qu’un, à Villetaneuse, qui ouvre à différentes carrières autour des jeux. Il s’agissait de faire un mémoire sur la différence entre sport, jeu, jeu sportif et art martial. Alors j’ai proposé «  la dimension ludique en aikido »…

PAGT : Ca nous ramène au livre de Fabrice de ré « Entre jeu et technique » …

Hélène : Oui, et j’y ai participé d’ailleurs.

PAGT : Tu enseignes aux enfants, et pour les plus jeunes. Le jeu est un passage obligé pour l’apprentissage de l’aikido ?

Hélène : Oui, faire de l’aikido avec des enfants de 6 ans, cela reste compliqué. On a des enchainements de gestes assez complexes, avec des concepts abstraits pour les petits. Pour les ados, la problématique est moindre, on est assez proche du travail des adultes, avec quelques simplification sur les clefs pour épargner leurs jeunes articulations. Mais en dessous de 9 ans,  c’est beaucoup d’exercices de coordination, d’apprentissage des chutes…On va plus insister   sur les grands thèmes de l’aikido que sur la technique pure, insister sur les valeurs aussi. L’échange, le partage, le respect, l’écoute des consignes, la maitrise de ses émotions. Et sur les principes bien sûr : la verticalité, le centrage, la connexion, le déséquilibre. Des notions qu’ils peuvent entendre à leur jeune âge. Les petits, bien sûr, sont aussi très fier de faire un ikkyo, même si on en est encore bien loin (rires).

Mais cela leur donne de la confiance. Et déjà, le fait de travailler avec tout le monde, garçons et filles mélangés, sans distinction d’origines ou de classes, d’accepter l’autre en suivant des règles, chacun son tour, en alternant les rôles, cela pose les bases préalables à la bonne pratique de l’aikido.303237_10150461209676660_2119071574_n

PAGT : Et se pose alors le problème de : comment les garder sur le long terme…

Hélène : Cela reste très compliqué. On essaye tous des choses, chacun à sa manière, dans nos clubs. Certains font des cours ado-adultes, d’autres des cours ado avec des contenus plus faciles, plus adapté à leur monde d’ado. A vrai dire, je n’ai pas la solution non plus. Dès qu’ils passent aux cours adultes, c’est forcément plus dur physiquement, plus intense, plus exigeant. De plus, c’est toujours assez tard le soir, et ça avec l’école, ce n’est pas toujours facile. Alors on en perd énormément… mais on en garde aussi heureusement ! Je pense qu’il y a un travail à faire pour trouver comment les intégrer convenablement à un cours adulte. Mais les ados ont des priorités, contre lesquelles il va être difficile de lutter (rires).

PAGT : Mais ceci est valable pour toutes les activités, sauf qu’en plus, on n’a pas de compétition à leur offrir…

Hélène : Et non, pas de médailles ou de carottes. Mais certains comprennent la règle du jeu, qu’il n’y aura jamais, ni gagnant, ni perdant. Et on en a de plus en plus il me semble, qui sont lassés par l’esprit de compétition,  des jeunes qui n’ont pas d’esprit agressif, et qui préfère être porté par le groupe. Les adultes doivent travailler avec eux en relâchant un peu plus, travailler moins vite, plus patiemment. C’est important que les adultes du groupe veillent à ce que les ados se sentent bien parmi eux.
LES COMBAT GAMES…

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PAGT : J’ai suivi sur internet vos exploits aux Combat Games de Saint Petersbourg, avec Bruno, Henriette et Fabrice. C’était ta première participation ?

Hélène : La deuxième! Après  Beijing il y a 4 ans.  A priori, l’idée est de faire tourner les gens à chaque occasion, pour que le maximum de gens en profite . Mais pour des aléas d’organisation, je me suis retrouvé sur le tatami à St Pétersbourg, alors que je ne devais être qu’accompagnatrice. C’est vraiment une très belle aventure, très stressante aussi, parce qu’on représente la France, qu’on accompagne Christian Tissier, dans ce challenge organisé avec les JO.

PAGT : En même temps, n’y a-t-il pas un paradoxe ici ? Les  COMBAT Games ? L’aikido a-t-il sa place dans ce contexte ?

Hélène : Ca peut être polémique en effet. Nous nous sommes posé effectivement la question quand nous y sommes allés la première fois. Pourquoi nous avoir intégrés en tant que discipline non compétitive ? On a discuté avec des gens du karaté, qui nous ont expliqué qu’ils trouvaient que leur discipline était en train de perdre de son âme, en s’éloignant de l’aspect traditionnel. Et ils leur semblaient important d’intégrer des démonstrations d’arts martiaux traditionnels, pour rééquilibrer les choses, et redonner une fenêtre aux arts martiaux non compétitifs ou moins médiatiques. Recentrer les choses sur les origines des arts martiaux. Je pense que c’est une chance pour nous de pouvoir bénéficier d’un peu de promotion au sein de la grande famille des arts martiaux. Beaucoup de pays sont présent, ce qui permet de montrer la diversité de l’aikido dans le monde.

PAGT : je suis toujours étonné du peu de communication  faite autour de notre art, alors que nous sommes le pays avec le plus de pratiquants d’aikido après le japon…

Hélène : C’est rien de le dire. En même temps : pas de compétition. Mais les moyens mis sur notre tète ne sont pas fabuleux non plus, et vu qu’on ne rapporte pas de médailles…Et tout tourne autour, c’est comme ça. Pour avoir des créneaux pour pratiquer, on passera après les autres disciplines, qui eux ramène des coupes, avec des  championnats médiatiques. Alors oui, je crois que des événements comme les Combat Games sont un excellent moyen pour sortir de l’ombre.

L’AIKIDO LES FEMMES ET LES HOMMES…

PAGT : Hélène, tu fais partie de cette  nouvelle génération de femme 3 et 4e dan : Celine Froissart, Cécile Rayroles, Anne Demaret, Véronique Sireix, Nadia Korichi et bien d‘autres !

Hélène : En effet, il y a un petit noyau, du sang neuf féminins qui s’installe. Un renouveau, en âge, avec de jeunes pratiquantes. Et de plus, des femmes! Donc, deux paramètres très dynamisant. J’ai ainsi beaucoup de jeunes qui viennent dans mon club, plus jeunes que moi, moins de 33 ans,  même si bien sur, nous avons des gens plus âgés. Mais ce qui m’a surtout surpris, c’est que je pensais que j’aurais plus de filles qui viendraient me rejoindre, en tant que femme enseignante. Eh bien… non ! Je me retrouve avec la même problématique que mes collègues masculins.  Ls femmes ne viennent pas plus. Et du coup, je reste persuadée qu’il y a beaucoup à faire au niveau de la promotion de l’aikido auprès des femmes.

PAGT : Pourtant, l’aikido semble particulièrement adapté au public féminin. La non utilisation de la force, l’éveil des sensations, la connexion, le relâchement, tout cela semble vendeur non, surtout en comparaison d’autres budo plus rudes, comme au judo, qui pourtant séduit les femmes?

Hélène : Oui, parce que je pense qu’ils sont meilleurs dans la com que nous. Ils font beaucoup d’effort pour la promotion chez les femmes. J’ai vu ainsi plusieurs fois des journées portes ouvertes aux femmes à l’institut du judo.

PAGT : Mais faire des journées, même de découverte, réservée aux femmes, n’est-il pas malsain ?

Hélène : Ca reste un moyen comme un autre de faire de la promotion, mais évidemment, cela ne doit pas rester cloisonné. Les femmes et les hommes doivent pratiquer ensemble, bien évidemment ! Le pire serait de faire un art martial pour les femmes, par des femmes, un art martial féminisé, cela serait un non-sens total. Mais ce type de promotion reste un outil qu’il ne faut pas rejeter.

527007_10202373603126931_1059776209_nPAGT : On peut comprendre qu’il est plus difficile pour les femmes de venir au dojo. Souvent elles gèrent les enfants, la maison, en plus de leur travail. Il me semble que la plupart des femmes ont, malheureusement, souvent moins de temps libre que les hommes.

Hélène : Oui, mais c’est valable pour tous les arts martiaux, et au-delà, pour tous les sports. Alors pourquoi cette désaffection de l’aikido ? Je ne sais pas. Ou alors, un problème de promotion de nos instances dirigeantes? Les femmes ont encore une image des arts martiaux violents, durs physiquement, voir agressifs. Il faut leur faire comprendre que sur un  tatami, les hommes et les femmes sont mélangés, les âges aussi, les poids, les tailles etc. Cette image, de notre réalité, n’est pas spontanée dans l’esprit du public féminin.

PAGT : Quand je travaille avec un homme, un combat viril s’instaure de lui-même, et je joue des muscles beaucoup plus, et du coup, je sors de la sphère aiki. Quand je travaille avec une fille, ou une femme, j’ai souvent l’impression de mieux travailler. Je relâche mieux mes tensions, je suis moins brusque, plus attentif… Toi, dans ton enseignement, ta féminité modifie-t-elle ton approche pédagogique ?

Hélène : En tout cas j’essaye de ne pas féminisé mon aikido. Je vois la problématique plutôt en terme de gabarit. Il y a des hommes très légers, même fragiles, et des femmes très costauds. Mais là ou un homme palliera ses défauts par de la force, elles, seront coincées. Les femmes deviennent du coup plus technique par compensation. Elles développent plus de précision, avec de meilleurs déplacement, ou angles de projection.  Les gens disent que l’aikido est un travail sans force. C’est faux. Il faut bien utiliser les muscles pour bouger. Il en faut un minimum. Mais on confond souvent force et puissance.

PAGT : Tombes-tu parfois sur des hommes qui, condescendants, jouent à te tester en faisant les bonhommes ?

Hélène : Ca m’est arrivé, mais plus aujourd’hui. Pour le moment ! Quand je suis arrivé au 3e dan, j’ai eu quelques expériences ou je sentais que je devais faire mes preuves. Est-ce que c’était parce que j’étais une femme ou parce que j’atteignais un certain niveau ? Je sais que les générations précédentes ont subi ce genre de tracasserie. J’espère pouvoir, dans le futur, faire comprendre que  ce n’est plus une question homme femme.

profPAGT : Mais  les femmes ont-elles certaines facilités par rapport aux hommes ?

Hélène : Quand on n’a pas de force, on ne peut pas en mettre et il faut bien trouver d’autres solutions. Du coup les filles ont moins ce problème d’utiliser trop leur force. Quoi que…Quand on se promène à l’étranger, on se rend compte que c’est assez culturel. Il y a des femmes qui travaillent très « dur ». Notamment dans les pays de l’est, comme en Pologne. Là, tu vois que les femmes travaillent aussi dur que les hommes. A l’inverse dans les pays du nord comme en Suède, les hommes travaillent aussi souple et léger que les femmes. Cela  d’ailleurs ne veut pas dire qu’ils ne sont pas puissants, bien au contraire ! Cela doit venir d’une certaine manière d’enseigner ? Et je pense en effet qu’il y a un problème culturel chez nous. Quand je discute avec mes collègues féminines, il y en a encore beaucoup qui se trouvent « handicapées » parce qu’elles sont des filles ! Mais non les filles, vous avez les atouts de votre gabarit ! Et il est important que les femmes ne se limitent pas « mentalement » à cause de  leur féminité. Au contraire, notre féminité doit présenter des avantages et non des handicaps, en souplesse, rapidité, etc. Il faut vraiment sortir de cette sempiternelle différence homme femme, parce que sinon, on ne va pas s’en sortir ! Et je pense qu’il  y a encore beaucoup de travail à faire. Aujourd’hui, on peut devenir enseignante sans problème, accéder à des postes de cadres. Mais je ne me voile pas la face, il y a encore beaucoup à progresser sur ce point, parce que c’est sociétal : les problèmes de parité, de machisme, de condescendance, ce n’est pas que dans les arts martiaux, mais partout dans nos vies de femmes. L’aikido n’y échappe pas. Alors prenons notre courage à deux mains et faisons avancer les choses. On a tout a gagner, vu que nous ne sommes pas encore bien nombreuses sur le terrain !

PAGT : Et encore, 15 ans en arrière, les femmes enseignantes n’étaient pas légion….

Hélène : Non, et crois-moi, les ambiances de dojo étaient beaucoup plus dures pour nous. Ça se ressentait vraiment. Mais attention, il y avait des conflits hommes femmes, et aussi des conflits femmes femmes ! Il y a 15 ans, oui, j’ai subi beaucoup de misogynie. On me rabaissait beaucoup parce que j’étais une femme, il y avait des tentatives de découragement ! Mais les rapports avec les autres filles étaient aussi souvent très dur. Parce que les filles étaient très bagarreuses, mal dans leur peau, en cherchant à être meilleures que les hommes, en étant toujours dans le « faire ses preuves ». Il n’y a pourtant aucune raisons, on est des femmes, il n’y a rien à démontrer. Et beaucoup de celles qui étaient dans ce combat ont disparues, puis est arrivé une nouvelle génération de pratiquante qui savait être femmes et pratiquantes aikido sans problème. Mais  j’insiste : sans avoir à féminiser l’aikido. Et il faut vraiment se garder de le faire. Il faut dire aussi que les mentalités des hommes ont aussi évolués, fort heureusement, même si il y a encore des progrès à faire. Aujourd’hui, les enseignants hommes, n’ont aucun problème à prendre des ukes femmes, alors qu’il y a 15 ans…Et ça passe encore par beaucoup de communication , autour des jeunes, des femmes et par les instances fédérales. Je ne parle pas de parité, c’est un mot trop à la mode, mais juste de… rééquilibrage ?

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L’AIKIDO ET SES OBJECTIFS…

PAGT : Quelles sont pour toi les valeurs essentielles de l’aikido, qu’est-ce que cela t’apporte ?

Hélène : Au départ, je suis tombé dedans comme Obélix, alors ce genre de questions ne m’effleurait pas. Et au fur et à mesure que l’âge passe (rires), et que je progresse dans ma pratique, ces questions arrivent plus intensément. Déjà, l’aikido m’a apporté beaucoup de confiance en moi, moi qui étais une enfant très timide, cela m’a vraiment aidé, en m’ouvrant aux autres, en enrichissant mes relations. Mais finalement, …je trouve que l’aikido, ce n’est jamais que ce qu’on en fait! Certains me disent, que quand ils ont commençé l’aikido, ils voyaient les grandes valeurs, d’amour de paix, d’ouverture, etc. Et au bout d’un moment, ils se sont rendus compte qu’ on avait les mêmes problèmes dedans que dehors ! Parce que l’aikido, c’est pratiquer par des gens. Donc l’aikido, ce n’est que ce qu’ils en font. Et chacun n’en fera pas de la même manière qu’un autre .Il y a des gens qui vont pratiquer des années et des années et qui…n’en tireront rien !

Il y a un moment où il faut s’emparer des choses pour les intégrer à sa vie. Je pense qu’il faut que vienne une prise de conscience , si on veut aller plus loin et profiter de ce que l’aikido nous propose. Sinon on fait de l’aikido comme on ferait de la gym. Et pourquoi pas d’ailleurs…L’aikido est avant tout un système d’éducation. On apprend au travers  de la technique, par la mise en application de principes, dans lesquels on va s’immerger. Et à un moment, nous pouvons les mettre en applications dans sa propre vie, hors du tatami. Et finalement, hors du dojo, l’entrainement ne s’arrête peut être jamais.

IMG_3252PAGT : L’aikido, au-delà de la self défense, a de vraies applications dans notre vie…

Hélène : Bien sûr ! L’entrainement ne s’arrête jamais. Dans nos relations de travail, dans la gestion des conflits avec les autres, gérer le stress, savoir quand rentrer dans l’action, laisser passer pour mieux revenir, ou relâcher une tension … Dans le métro même, en étant plus vigilant, on se déplace plus naturellement dès que quelque chose se passe . L’aikido se met en pratique dans la vie et dans nos relations. Mais, il faut en prendre conscience ! Ce n’est pas une formule magique qui va faire qu’au bout de x années de pratique on va s’éveiller. Il y a forcément un petit travail  à faire pour aller plus loin que la technique.

 

Merci Helene, ce fut un plaisir de te rencontrer et de pratiquer avec tes élèves. Au prochain stage!
http://www.olympiadesaikidoclub.fr/professeur.php

http://www.bagnoletaikidoclub.fr/

 

A propos… c’est quoi l’Aikido, Eric ? Entretien avec Eric Marchand, 5e dan Aïkikaï, DTR Basse Normandie FFAAA.

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 J’ai rencontré pour la première fois Eric Marchand à son Dojo de Vernon, dans l’Eure, il y a 4 ou 5 ans je crois. Ici, au bord de la seine, on est à une heure de Paris et de Rouen. On est encore en Normandie, presque en région parisienne, mais dans une atmosphère paisible de campagne, proche de Giverny et de ses jardins, du Château Gaillard et des fermes à colombages.

Mes premiers stages chez ce disciple de Bernard Palmier, n’étaient alors pour moi encore que purement conventionnels. Un stage chez un 5e dan était une opportunité qui ne se refuse pas, presque une formalité. Cet enseignant au physique d’ours et à la barbe rousse m’en imposait beaucoup, mais j’étais encore bien trop préoccupé à m’occuper de la position de mes pieds pour pourvoir apprécier les talents de ce professeur et de technicien expérimenté.

Depuis, j’ai cumulé une vingtaine de stages avec lui. A Vernon, Rouen ou Paris. L’évidence m’apparut alors peu à peu. Si j’allais le voir, si j’aimais aller à tant de ces stages, c’est bien que j’y trouvais quelque chose d’autre que des opportunités de proximité ou de calendrier. Il y a beaucoup d’autres Senseïs que j’aime suivre, mais alors ?  Les démonstrations d’Éric ne m’apparaissent pas forcement hyper spectaculaires, il ne cherche ni l’esbroufe ni à faire un show, encore moins à faire de longs discours.

Non, ce qui m’a séduit, outre ses talents de pédagogue aguerri et la convivialité joyeuse de ses cours, c’est sa capacité à donner du sens à notre pratique. Il m’est arrivé souvent d’avoir des moments de doute sur ma pratique, ou je me demandais ce que je faisais sur ce tatami.  Eric a cette capacité, par son enseignement sincère et sans verbiage, à me convaincre que cette voie est bien la mienne. Je le regardais, et je me disais « bon sang, voilà pourquoi on fait ça, et oui ce ne sont pas que des gestes en l’air, et tout ça mène bien quelque part ». Il y a toujours un moment de ses cours ou un mouvement, un placement, un aspect technique ou autre, soudain sonne comme une révélation, comme si une coquille se brisait laissant apparaitre une évidence qui me saute alors aux yeux. Et je me suis souvent fait cette réflexion amusée « tiens une fois de plus, je n’aurais pas perdu ma journée ! ».

Et c’est au cours de la formation continue des enseignants en Haute-Normandie, que j’ai pu me rendre compte de l’étendue de son savoir, et qu’il était capable de démontrer certaines choses, dont il ne fait pas étalage, et qui m’ont laissé réellement bouche bée ! Mais plus encore ce qui frappe, c’est sa passion inouïe et totale pour l’Aïkido. Comme il le dit lui-même, l’Aïkido, c’est sa vie. Tout cela avec humilité, sincérité et une extrême lucidité qui en font quelqu’un d’aussi exceptionnel qu’attachant.

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Eric Marchand est 5e dan UFA et Aïkikaï, Brevet d’état 1° degré, membre du collège technique national et DTR pour la Basse-Normandie.

C’est donc après un stage à l’ACT (Aïkido Culture et Tradition), 75 rue de l’Ourcq dans le 19e, au dojo de Bernard Palmier, qu’Eric et trois stagiaires, Bruno, Martial et Jimmy, m’amènent dans un pti troquet  boire un reconstituant musculaire au houblon pour m’accorder un entretien passionnant!

L’ENTRETIEN AVEC ERIC MARCHAND.

 Patrice AGT : Eric, pour commencer notre entretien, peux-tu nous parler un peu de ton parcours d’aïkidoka depuis près de 40 ans ?

Eric Marchand : J’ai commencé à Vernon … au cours de la saison 76-77, j’avais 12 ans et demi. Les choses  étaient un peu différentes. Dans la région à cette époque, il n’y avait que quelques profs qui enseignaient. Et c’était assez artisanal ! Chacun faisait ce qu’il pouvait. Nous étions alors très motivés pour approfondir nos maigres connaissances. Dès qu’on entendait parler de quelqu’un, on se débrouillait pour aller voir : Maitre Noquet, Maitre Noro, Maitre Tamura, ainsi que tous les techniciens de l’époque (la liste est longue !) et tous les Maitres japonais de passage : Kobayashi, Saïto, Yamaguchi, Endo.  Christian venait juste de revenir du japon. Bernard, lui, partait là-bas. L’Aïkido commençait juste à être vraiment connu !

PAGT : Si c’était peu médiatisé, comment y es-tu venu ?

EM : J’habitais dans une commune de 500 habitants. Au plus proche, c’était foot ou judo. Moi, j’avais choisi judo. Un jour, j’ai dû mal me comporter au club, je ne me souviens plus trop mais je me suis fait réprimander. Et je suis rentré chez moi en disant à mes parents que je ne voulais plus y retourner. Mon père m’a dit : « Ecoute, je fais de l’Aïkido, tu peux venir essayer » (il a commencé en 1952). Je suis allé voir, il n’y avait que des adultes, et… j’y suis resté ! Tu te rends compte, je ne savais même pas que mon père pratiquait, ni encore moins ce que c’était !

PAGT : Donc, à cette époque, dès qu’un stage était annoncé, c’était l’euphorie ?

EM : Oui, car Il y en avait bien moins qu’actuellement. Et ceux-ci duraient très souvent deux jours pleins. De plus les circuits d’informations n’étaient pas aussi performants, nous n’étions pas aussi nombreux. C’était intense et pas question de dire je ne viens que le matin, ou je pars une heure avant la fin, crois-moi ! C’est à cette période que nous avons reçu au club Maître Kobayashi, Maître Noquet, Michel Hamon, Jo Cardot et bien d’autres.

PAGT : Et après tu as rencontré Bernard Palmier…

EM : En 83, nous avons su que quelqu’un revenait du japon. Je suis allé le voir et… je ne l’ai plus quitté. J’allais à Paris pour ses stages et l’école des cadres IDF qu’il a dirigé dès 84, j’ai fait ainsi parti de la première promo. Les liens se sont tissés au fil du temps. Par ailleurs, je participais le plus possible aux stages animés par tous les techniciens du moment, Christian Tissier, Franck Noel, Pascal Norbelly, Arnaud Waltz ou Patrick Benezi (que je connaissais depuis 77).

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Eric et Bernard Palmier au 30e stage d’été d’Autrans (38)

PAGT : Enfant tu connaissais donc Patrick Benezi ?

EM : Oui, il avait 23 ans. Il dirigeait un dojo au Chesnay près de Versailles et s’occupait de Kobayashi senseï lorsqu’il venait en France (je dois toujours avoir quelques photos de cette période). Il animait déjà des stages dont un entre les fêtes de fin d’année où tout le monde dormait au dojo. J’en ai de bons souvenirs. C’était avant la création de la FFAAA.

PAGT : Comment as-tu passé ton shodan, c’était le même système qu’aujourd’hui ?

EM : A Dieppe je crois, en 84. Je n’en garde pas un énorme souvenir, mais c’était un peu différent, les choses étaient moins formelles, le contenu demandé était plus large, 45 mn Uke, 45 mn Tori, avec le même partenaire, ce n’était pas rien (rires). 2e dan en 86, et un gros laps de temps pour le 3e, 9 ans. Parce que, étant en province à ce moment-là, l’accès au cours gradés était moins aisé qu’aujourd’hui, et j’ai pris mon temps pour me présenter. Ensuite le 4° en 99 et enfin j’ai été promu 5° dan en 2007.

PAGT : Les passages d’aujourd’hui sont-ils plus exigeants qu’à l’époque ? Beaucoup disent que les shodan et nidan sont d’un niveau de plus en plus bas ?

EM : Notre connaissance de la discipline a augmenté, l’interrogation et les critères d’évaluation sont plus précis certes, mais pour avoir vu de nombreux passages de grades de nos « anciens », je t’assure que des prestations comme ca se font de plus en plus rares ! Je pense que la tendance, pour de multiples raisons valables ou non, est malheureusement au nivellement par le bas.

PAGT : Comment en es-tu venu à enseigner ?

EM : J’ai commencé avec les enfants en 84 en même temps que la préparation au brevet d’état. En 86 j’ai pris la responsabilité complète du  club de Vernon. Nous avons obtenu le dojo actuel à cette époque. Je travaillais comme technicien de maintenance en automatisme. Un métier que j’ai peu exercé, car très vite j’ai eu l’opportunité d’œuvrer dans un service de prévention de la délinquance. La ville a fermé ce centre et je me suis retrouvé à ne faire que de l’Aïkido et je me suis rendu compte que c’était ce qui me plaisait le plus, et du coup… j’ai continué !

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 PAGT : Ceci-dit, être professionnel à l’époque, ce ne devait pas être simple…

EM : Ca ne l’est toujours pas ! Même si on est un peu plus nombreux, il ne faut pas rêver, ce n’est pas avec cela que tu peux gagner ta vie convenablement, à pars quelques-uns. Je gagne peu, en revanche je bénéficie d’une qualité de vie hors du commun. Je pratique et j’enseigne avec plaisir. Je ne vais jamais au dojo en y étant contraint ni en me disant « zut il faut y aller ! » jamais, jamais.

 PAGT : Et comme tu ne fais que cela, tu ne te lasses jamais, de répéter des choses basiques aux débutants par exemple ? J’étais au cercle il y a peu, et on bossait sur shomen uchi ikkyo en suwari waza. Je ne pouvais m’empêcher de penser que Christian, qui faisait le cours, devait être lassé d’enseigner cela à des bleus. Mais non, pas du tout, on voyait qu’il y prenait toujours du plaisir, bienveillant, attentif et patient, ça ma stupéfait.

EM : Encore heureux qu’on y prend du plaisir ! Sinon, ça ferait longtemps que nous aurions tous arrêté ! De toute façon, l’Aïkido c’est la répétition, on répète sans cesse et on affine. Notre vie c’est l’Aïkido. Ma vie est organisée autour de l’Aïki. Même mes vacances ! C’est l’Aïkido d’abord, le reste après, et cela depuis des années, c’est passionnel. Je suis comme marié avec. Pour moi, notre activité, je la vois souvent comme une sorte de boule à facettes. Tu mets un spot ici, tu as un éclairage, tu changes l’angle, tu as un apport nouveau. C’est infini. Par exemple : Je connais Bernard depuis 83, et pourquoi je suis encore avec lui alors que je suis autonome ? Parce qu’il a toujours une chose nouvelle à nous proposer, une nouvelle façon d’appréhender tel ou tel sujet, il nous surprend, même après 30 ans, c’est magique !

PAGT : Pourtant pour moi, un 4e dan me donne l’impression de tout savoir, c’est une montagne. Et ça me fait drôle de constater, dans les stages enseignants par exemple, les doutes qu’ils ont, leurs questionnements, leurs angoisses de profs. Et que toi 5e dan, tu puisses aller chez Bernard et encore peut-être apprendre !

EM : Ce n’est pas peut-être, c’est certain (rires) ! Il y a toujours de nouveaux éclairages, de nouvelles approches, des éléments à expérimenter, des points à améliorer. Et c’est parfois en expliquant quelque chose à mes élèves, que soudain, je me dis, eh oui, c’est comme cela que ça fonctionne ! Et dans la démarche de l’enseignement, ça amène à découvrir, ou mieux comprendre certains aspects. Je pense que tout pratiquant, dans sa progression, arrive à un stade où il est amené à enseigner, à transmettre, ne serait-ce que ponctuellement. Le rôle d’un prof, et il ne faut pas se tromper, c’est de guider les gens sur la voie de l’Aïkido. C’est bien plus que de dire comment réaliser telle ou telle technique. Ca va beaucoup plus loin ! C’est de rendre ces élèves autonomes, et donc d’accepter qu’ils s’en aillent un jour et ça,…c’est compliqué ! Je ne conçois pas d’enseigner sans continuer à pratiquer. Je ne vois pas comment on peut faire. Même si chacun a ses contingences familiales ou professionnelles. Ok, mais pour moi, à un moment, tu vas tourner en rond, sans apport, sans la petite étincelle qui te donne envie d’aller plus loin. J’ai la chance de pouvoir m’organiser, de pratiquer tous les vendredis, en temps qu’élève chez Bernard, plus les nombreux stages auxquels je participe !

 PAGT : On progresse en enseignant ?

EM : Oui mais… On ne progresse pas plus quand on enseigne, que quand on pratique, les deux facettes se complètent. J’ai aussi besoin de pratiquer en tant qu’élève pour qu’on m’offre des pistes. Comme j’ai suffisamment d’autonomie, je peux exploiter ces pistes, chercher autour, quitte à me tromper parfois. C’est une démarche permanente.

Bruno ( enseignant 4e dan)  : On avance aussi avec ses erreurs, on croit transmettre quelque chose, et on se rend compte que ça ne passe pas. Ce qui arrive souvent, c’est que tu as l’impression de faire un super cours, et tu n’as aucun feed-back. Et puis le cours suivant tu fais un cours très banal sans véritable inspiration, et là les élèves viennent te voir pour te remercier ! Du coup, enseigner devient vraiment une question d’échange.

Martial (élève 2e dan d’Eric ) : Enseigner, cela pose aussi la question suivante : comment garder tes élèves, et leurs donner envie de revenir la semaine d’après ?

EM : Il n’y a pas de solutions miracles, sinon, on les connaîtrait depuis longtemps !

Bruno : Donner du plaisir et de l’intérêt. En même temps, j’aime leur en faire baver un peu mais faut qu’ils aient envie de revenir. Si tu leur fait faire deux semaines de suwari-waza, ou un mois d’ikkyo-omote, tu vas finir tout seul très vite ! C’est tout l’intérêt des stages enseignants pour se remettre en question !

EM : Oui ces stages de formation mis en place par la fédération et animés par des membres du Collège Technique National me semblent incontournables pour tous les enseignants (et assistants ou futurs enseignants), d’ailleurs j’y participe régulièrement depuis longtemps. Je regrette que de nombreux professeurs ne profitent pas d’une telle opportunité. Par exemple : l’engouement de la tranche d’âge 16/25 ans pour l’Aïkido est très faible, il y a certainement des pistes à explorer en rendant communes nos expériences. La formation continue est le moyen idéal pour ça. Personnellement je crois qu’à nos débuts la pratique était plus « rustique », plus approximative. Depuis nous avons progressé, évolué et nous proposons maintenant un produit plus abouti qui semble moins intéresser les jeunes adultes, alors à nous de faire des propositions qui leurs conviennent mieux, sans dénaturer l’Aïki bien entendu !

Bruno : En même temps, les jeunes on sait comment ça marche, ils veulent essayer 1000 activités, il y a les premières sorties, les études etc., bref tout pour qu’ils s’en aillent.

Martial : Et vous enseignants, vous avez besoin de continuer à évoluer, avec nous, pour nous, et aussi pour vous !

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(Eric, Yasmine et Bruno lors du stage Enseignants 2013 de Sablé/Sarthe)

PAGT : Tu occupes les fonctions de DTR en Basse-Normandie et tu sièges au Collège Technique National. Tu y fais quoi ? Pour moi le CTN, c’est comme l’académie française, on se réunit, on décide d’axer l’année plus sur tel principe ou moins sur telle technique ? (rires)

EM : Bien que la population d’Aïkidokas vieillisse, je crois que nous sommes quand même plus jeunes que les académiciens ! (rires). Un Délégué Technique Régional, est membre du collège technique de la fédération. Il est à même de diriger des stages fédéraux. Il est au service d’une région pour son animation technique, assurer les formations enseignants, développer et entretenir une cohésion d’ensemble. Animer des stages nationaux (pour certains techniciens) régionaux et départementaux, où il va aller loin que ce que les professeurs enseignent au quotidien. Et ainsi, impulser une dynamique. Assurer une cohérence entre les pratiquants des différents clubs et régions. Pour cela nous avons deux séminaires par an, où les cadres travaillent ensembles, avec des moments sur le tatami, autour d’un programme établi lors du précédent séminaire technique. Cela nous permet d’aborder des sujets très variés tels que le discours de l’enseignant, la promotion des actions de formation proposées par la fédé, les relations armes/mains-nues, la collecte/classification des divers documents liés aux formations, l’évaluation aux passages de grades. En résumé : tout ce qui est directement lié à la pratique, l’enseignement, l’évaluation et la formation. Il y à aussi un moment de rencontre avec le bureau fédéral. Grâce à ces deux séminaires annuels, nous travaillons à assoir notre diversité de pratique dans l’unicité des principes qui régissent l’Aïkido. C’est une formation continue indispensable pour nous.

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(Stage Régional Lorraine  à Bar le duc 23 Février 2014)

PAGT : Ah oui, et au fait, comment devient-on juré ?

EM : il y a deux choses. Pour être juré régional aux sessions du 1er et 2e dan, il faut être 4e dan BE, éventuellement BF (brevet fédéral) et avoir participé aux stages de formation à l’évaluation (un tout les deux ans minimum). Ces critères remplis, les jurés figurent sur une liste validée par la CSDGE (Commission Spécialisée des Dans et Grades Equivalents) et peuvent être sollicités par les ligues pour les épreuves. Pour les passages 3 et 4e dan, Les juges sont issus du Collège Technique National. Le 3° dan est un examen interrégional et le 4° national.

PAGT : A Rouen, tu nous as demandé lors de la dernière formation enseignant « C’est quoi pour vous l’Aïkido, quel est l’objectif de l’Aïkido ? ». Je t’ai répondu que pour moi, c’était un moyen de devenir meilleur, d’améliorer mes relations aux autres, ensemble…

eric-sylvain-kaiten-nage (2)EM : Oui mais… Le développement personnel, quand il y en a, n’est qu’une conséquence de la pratique. De même que se présenter à un grade, ne peut être qu’une conséquence de ton parcours, de ton investissement, de ton travail, et non un objectif ! L’Aïkido propose des perspectives plus larges. Qui sont d’ailleurs inscrites à l’Aïkikaï. C’est quoi l’Aïkido ? Cela, on ne peut le découvrir qu’en pratiquant et en progressant. Très concrètement, à travers le répertoire technique, on applique des principes, sous-tendus par des valeurs qui permettent de se rapprocher de ces objectifs, et… on l’expérimente vraiment ! L’échange avec l’autre, la connexion, la communication, recevoir sans subir, donner sans être définitif, accepter d’abandonner le superflu pour préserver l’essentiel, on le vit sur le tatami. Tout cela au début, tu ne le perçois pas. Tu te focalises sur l’aspect technique. Quand j’avais 12 ans, je n’avais pas conscience de ces aspects, le domaine technique m’intéressait, le registre martial, voir sportif, mais pas les objectifs de l’Aïkido, je ne les connaissais pas. Quand j’avais juste 6 mois de pratique, j’ai pu rencontrer un senseï japonais, j’ai eu la chance de faire Uke pour lui plusieurs fois, c’était merveilleux pour un môme, mais je ne réalisais pas encore ce qu’était l’Aïkido. Ces perspectives, extrêmement ambitieuses, sont de… par le travail avec les autres, rendre la société meilleure !

PAGT, Mais pour ainsi dire, jamais nos profs ne nous parlent de cela ! Qu’est-ce que l’Aïkido, ses perspectives, le sens de tout ça ? Il y a un moment où on voit bien que l’Aïkido, ce n’est pas des clefs de bras à la Seagal ! Et pourtant, je ne l’ai peut-être pas perçu, mais je n’ai jamais eu réellement, sur un tatami d’explications à ce sujet.

EM : Peut-être qu’ils ne le savent pas ! (rires). Mais sérieusement ta remarque est intéressante, le dojo est le lieu de la pratique pas celui des conférences. Malgré tout il faut que cet aspect primordial de notre discipline apparaisse à un moment ou un autre dans le cursus des pratiquants, peut-être au café après un cours ? Que les professeurs en parlent. Pour moi enseigner les techniques pour elles-mêmes, je ne vois pas bien l’intérêt, notre catalogue technique existe pour nous permettre d’appliquer des principes, eux-mêmes mus par des valeurs. Notre activité est bien plus qu’une forme de self-défense parmi tant d’autres. En même temps, nous ne sommes pas là pour faire des exposés sur l’Aïkido. En mettant en scène la pratique, avec les Waza, les Keïko et les principes Aïki, on va tendre vers les objectifs, c’est mon rôle, ma petite contribution à l’Aïkido. Cela va apparaitre en filigrane dans mes interventions de temps en temps, mais je ne ferais pas de grand laïus. Encore une fois c’est par la pratique, étayée par différents types de discours que l’Aïkido prend son sens. Discours descriptifs (ce qu’il faut faire), explicatifs (comment le faire ?, application des principes), et projectifs (pourquoi le faire ?, pourquoi-pas des analogies avec la vie courante ). L’enseignement, c’est la capacité à utiliser à bon escient ces trois formes de discours pour que les apports aux élèves soient les plus efficients. Certains enseignants ne sont que dans le descriptif « Mets ta main ici, tes pieds là… » d’autres dans l’explicatif et c’est déjà plus intéressant : donner du sens ce que nous faisons va apporter plaisir et motivation. Et enfin projectif, sur les propos de l’Aïkido, et là apprendre à faire shiho-nage, irimi-nage ou ikkyo devient secondaire…

PAGT : Et tout cela, sans tomber dans un ésotérisme nébuleux ou le mysticisme… A ce propos, dans AÏKIDO, il y a KI, mot bien mystérieux, dont on parle peu sur les tatamis. On sent même une frilosité des enseignants à aborder le sujet ?

EM : C’est un vaste sujet : nous ne sommes pas japonais, ni bercés de cette culture orientale comme eux, avec des notions imprégnées dans leurs vies depuis des générations et des générations.  Et en même temps, tout ça est très concret. Le ki on le traduit par énergie, mais avec un sens large. Comment ça va ? En japonais, ça se dit : « O GENKI DESSUKA » ? Comment est ton énergie ? Le Ki, est partout pour les japonais, dans la nature, l’électricité, la santé, etc… dans tout. Pour moi, c’est « l’utilisation optimale et globale du corps, avec un minimum d’effort pour un maximum de résultat ». Il n y a rien de mystique. C’est tout à fait concret.

Bruno : On connait ça : ki nagare, ki musubi, ce sont des choses concrètes, mais qu’il faut encore savoir expliquer…

EM : En effet, un prof doit savoir expliquer cela, et les donner à vivre sur le tatami sinon… il doit se former.

PAGT : En allant au japon ?photostagemensueldeceric

EM : Non pas nécessairement, nous avons suffisamment de grands techniciens et d’experts en France pour nous éclairer sur tous ces aspects et une fois encore les formations sont faites pour ca !

Bruno : Mais au japon, tu n’as pas vu des choses différentes ou perçu une évolution dans la transmission ?

EM : Non, l’organisation des cours y est quelque-peu différente mais pour percevoir des évolutions il faudrait parler couramment japonais et y rester fort longtemps. Après c’est une question de personnalité. Mon référent est Bernard palmier, il m’a formé et continue à le faire, je lui dois beaucoup. Mais je ne suis pas lui. Je n’essaye pas de le copier, simplement parce que je ne saurais pas le faire. Chacun est séduit par des aspects différents. Yasuno senseï, que je trouve absolument génial, a une approche spécifique, parce que probablement sa sensibilité l’amène à certaines orientations, qui seront différentes de celle d’Endo senseï, aussi génial au demeurant, qui lui a d’autres sujets d’intérêt. Myamoto senseï, d’autres et Osawa senseï encore d’autres. C’est valable aussi pour nos cadres.

Bruno : Cette diversité fait notre richesse.

EM : Bien sûr, et il y a aussi de jeunes senseïs, qu’on ne connait pas encore très bien, qui sont passionnants !

PAGT : Quand Kisshomaru Ueshiba a formalisé l’aïkido, n’a-t-il pas dénaturé le travail de son père en le simplifiant ? Pourrait-on enseigner le même Aïkido si on supprimait kote-gaeshi ?

EM : On perdrait beaucoup ! Pour l’ancien Doshu, je ne sais pas, on le dit, et on dit beaucoup de choses, surtout ceux qui n’étaient pas là pour le constater… En tout cas, je ne le crois pas. Il a inventorié, classifié, formalisé, et grâce à lui, l’Aïkido s’est développé et répandu dans le monde entier. A-t-il supprimé des choses ? Pas si sûr. Quelques techniques trop proches du Daïto-ryu, celui-ci étant à l’origine de l’Aïkido ? Peut-être ? Si tel fut le cas, c’était probablement pour ne pas faire d’amalgame entre les deux écoles. Ce n’est que mon avis personnel.

PAGT : Alors comment expliques-tu, que l’on ne pratique plus, autant, les sutemis, pourquoi kubi-nage, ou tai-atari, que tu enseignes pourtant, ne sont pas au répertoire ?

EM : Les sutemis n’ont jamais fait partie intégrante de notre répertoire, c’est un registre très usité par les adeptes de l’Aïkibudo, activité développée par Alain Floquet en France. Néanmoins nous pourrions trouver des liens avec la notion de Kaeshi-waza dans notre pratique. Quand à kubi-nage, c’est une variation de kaïten-nage qui à pris un nom (donc devenue une variante). Pour taï-atari, ce n’est en aucun cas une technique, mais juste une manière d’exécuter ladite technique avec le partenaire sans l’intermédiaire des bras (rencontre de corps à corps).

logo-vernon-2PAGT :Ne trouves tu pas que l’on ne rend pas assez grâce à Kisshomaru au détriment d’un culte excessif au fondateur ?

A propos d’O-Senseï, le mot culte me gêne, il est et reste le fondateur. Kisshomaru Ueshiba, et les nombreux senseïs qui ont voyagé dans tant de pays ont contribué à répandre et développer la création de Moriheï Ueshiba, tout comme le Doshu actuel et à l’avenir Mitsuteru Ueshiba.

PAGT : Pour finir Eric, quel conseil donnerais-tu à un débutant, kyu ?

EM : c’est au cas par cas… globalement les tout débutants se focalisent sur la technique, les gestes et… c’est normal, un passage obligé. C’est tout le rôle de l’enseignant de les amener au-delà de ces considérations. Comme je le disais plus tôt dans notre discussion : toutes les techniques ne sont que des moyens à notre disposition pour appliquer des principes. Il s’agit de mettre en œuvre tous ces principes, pour toutes les techniques. Et on n’en a jamais fini avec ça ! Il ne sert à rien d’apprendre un catalogue.  Après… mon seul conseil… choisissez bien votre professeur. C’est déterminant.  Encore faut-il avoir le choix, selon où on se trouve !

PAGT : Oui, mais c’est souvent un choix qui n’en est pas un. Les gens vont au dojo le plus proche ou qui correspond à leurs horaires de boulot.

EM. Oui c’est exact et logique mais n’est-il pas logique de comparer lors d’un gros achat ? Un investissement ? L’Aïki est une pratique dans laquelle on s’investi alors pourquoi ne pas comparer ? Toi qui es amené par ton travail à bouger tout le temps, tu pratiques dans de nombreux dojos. Il faut avoir des racines solides, une construction pour ne pas se disperser. C’est très difficile à obtenir. C’est le propos de l’Aïkido. Diversité/unicité. Il faut des racines vastes et solides comme un roseau, pour pouvoir fléchir sous les assauts du vent sans se rompre.

PAGT : j’ai lu cela de Bernard Palmier sur l’analogie du roseau : la diversité, c’est le vent, les racines, le discernement.

EM : Aie ! J’espère qu’il n’a pas de copyright pour le roseau ! (rires). Je peux difficilement donner des conseils aux débutants, c’est individuel. Par contre je peux t’en donner un pour toi : trouve-toi un senseï de « référence », avec qui tu pourras progresser et te ressourcer le plus souvent possible. Continue à fonctionner comme tu fonctionnes, parce-que c’est intéressant, et aussi parce-que tu n’as pas le choix. Après quand tu auras des racines fortes, tu pourras mieux profiter des éclairages extérieurs.

Bruno : Quelqu’un qui donnera du sens à ta pratique !

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            (Eric, Bernard Palmier shihan président du CTN, Christian Clément DTR Guadeloupe, Christian Borie DTR Midi-Pyrénées,

Raymond Dufrenot DTR Martinique, Arnaud Waltz DTR Nord pas de Calais – Stage National Enseignants Août 2013)

 

 PAGT : Une dernière question Eric : Qu’est-ce que l’Aïkido a transformé chez toi au fil du temps ? »

EM : Rires ! Je ne peux pas répondre à cette question ! J’ai toujours pratiqué et beaucoup  (actuellement 30 heures par semaines) alors je ne sais pas du tout comment j’aurai pu être si je n’avais pas rencontré l’Aïkido. En tout cas, ce que je peux dire c’est que je me sens bien dans ma vie.

Domo arigato gozaimashita senseï !

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Un lien vers un autre interview d’eric par le club de Bar le Duc ;)   :

http://www.aikido-lorraine.fr/images/stories/documents/2014-02-23_Eric%20Marchand_Interview.pdf

 

Dernier cours de l’année à Rouen

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Aprés trois mois d’existence , et une vingtaine d’articles publiés, il me semblait normal d’en faire un sur le club  de ma ville, Rouen. Même si mon club d’affiliation est celui de saint pierre de Varengeville, à 10 km de la capitale normande, le club de Rouen est quand même une adresse incontournable de la région, et j’y passe le plus  souvent possible, en cours ou en stage. D’abord pour la qualité de l’enseignement prodigué ici, avec des professeurs 2e, 3e et  4e dans, des cours tous les soirs du lundi au vendredi, avec en prime un cours le lundi midi, et parfois le samedi matin lors de stage privés. De plus de nombreux stages s’y  déroulent avec des invités de marques comme Bruno Gonzales , notre DTR, mais aussi Mare Seye, Philippe Coconi, ou Eric Marchand pour les formations enseignants. IMG_2486

Ce soir, c’est le dernier cours de l’année. Alors on est en nombre restreint, 5… Mais qu’importe pourvu qu’on ai l’ivresse :)

Ce soir c’est Béa, 2e dan qui assure le cours, devant Philippe, 4e dan , qui du coup, lui,se retrouve avec les élèves. Situation pouvant être intimidante pour béa , mais il en faut plus  pour la destabiliser , et elle nous assure un excellent cours  en  Henka waza, inspiré du dernier stage enseignant avec Eric Marchand. Pour Jane, débutante de l’année, et la seule du groupe sans hakama, c’est un peu complexe, y compris pour moi,mais tout le monde est évidement la pour l’aider au mieux et du coup, elle s’en tire trés trés bien. J’aime bien travailler en petit groupe, c’est plus chaleureux, on passe trois ou quatre fois avec chaque partenaires, cela crée un contact différent des cours  de 20 à 30 pratiquants comme cela arrive ici quelque fois. En plus finir l’année avec une femme pour enseignant, je ne boude pas mon plaisir, vu qu’elle ne sont pas si nombreuses.

En fin de cours, je passe un peu de temps avec Philippe et Béa sur le tatami avec une discussion passionnante sur l’histoire du club et l’aikido en général.

patrice AGT :-Tu peux me parler de l’histoire du club de rouen?

 Philippe : – Le club a été crée en 1981.  Quand j’ai commencé l’aikido en 85-86 , le club existait donc déjà. Il n’y avait alors deux profs premier dan, Pascal Raymond et Philippe Thiry qui sont finalement partis  vers d’autres villes,  à la fin  de ma première année de pratique. Et c’est les 4 premiers kyus qui ont alors repris le club!  Les cours ont été dirigés par Bruno Rivière qui n’était alors donc que ceinture marron mais allait devenir le professeur du club et former ainsi toutes les ceintures noires actuelles.  Bruno avait un trés bon niveau pour un premier kyu, il allait souvent chez Christian Tissier, et avec son bagage de prof de sport, il apprenait vite et bien, et rapidement, il a passé son shodan.

IMG_2489PAGT : -Bruno Rivière a donc été le premier professeur gradé du club?

Philippe : -Oui, puis il a passé ses dans jusqu’au 4e. Entre temps nous avons eu aussi   comme enseignante pendant une saison, Hélène, qui nous venait de Strasbourg. Et puis Pierre, Patrick et moi nous avons commencé a donné des cours ici. Puis Bruno est parti dans le sud, alors on a repris le club. Au début on avait des craintes, sans Bruno qui nous chapotait depuis le début de notre carrière.

PAGT : -Dans ce dojo même?

Philippe : -Non on a pas mal bougé. On s’est ainsi retrouvé au lycée Jeanne d’arc dans la salle de sport.On n’avait pas de tatamis, mais des convertibles en mousse, un practice de gym! Ce qui est bien, c’est que tu peut chuter n’importe comment tu ne te fais jamais mal, à part se bruler les pieds. Mais quand on allait ailleurs, on trouvait que c’était dur du coup! Et puis on eu cette salle  à la piscine Diderot, 112 Bld de l’Europe, sur la rive gauche.C’était en 1992. Et depuis ça fait pas mal de ceintures noires de formées ici. Tu vois Pierre et moi on est 4 e dan, en ayant commencé 6e kyu. Et pas mal de 3e dans, etc…

PAGT : -Ce qui me marque aussi ici, c’est les échanges fréquents avec les gens du  club FAAB du Havre René VDB, on se croise beaucoup, en stage, ou en cours…

Philippe : -Ah bien sur, il n’y a aucun, mais alors aucun soucis à ce niveau. je me souviens que, à une époque,  il s’organisait souvent des stages conjoints FFAAA/ FFAB, je ne sait pas si cela se fait toujours…Tu sais les dissentions, elle se passent dans les hautes sphères pour des histoires politiques, de territoires, etc.. A notre niveau…J’ai fais quelques stages avec maitre Tamura, à l’époque, on était trés bien accueillis, aucun problèmes.

PAGT : -A Rouen, le chef de file, ça reste quand même Christian Tissier?333602_110023139108276_1994968035_o

Philippe : -Moui , mais c’est pas aussi fermé.  Franck Noel, par exemple, vient régulièrement sur Rouen. Mais il faut comprendre une chose. Les membres du clubs suivent qui ils veulent, ça ne causent aucun problèmes.Par contre, au niveau de ce que nous on propose, nous avons une unité technique, avec des références cohérentes et claires. Certes ici, ce sont celles de christian Tissier, mais ça ne veux pas dire que les autres sont moins bien. Notre objectif est juste de fournir des références claires à nos élèves pour les construire, dans un cadre cohérent.

PAGT – Se construire avant de trouver son Aikido…

Béa : -Mais oui, parce que aprés, quand tu est 2 ou 3e dan, par exemple, tu peut peut être entrevoir que certaines approches te correspondent moins. Ce n’est pas qu’elles sont « moins bien », c’est juste qu’elles ne te correspondent pas, du fait de ton propre corps, ou de ta sensibilité. Moi j’aime l’aikido quand il est simple, épuré, d’autres aimeront un aikido plus raffiné, plus sophistiqué quand moi j’ y verrais trop de manièrisme, mais c’est ma sensibilité. Celle d’un autre n’en ai pas moins noble.

Philippe:  -Par exemple, tu connais certain senseis qui ne sont pas des  montagnes de muscle,presque freles, mais qui du coup développent un aikido  propre a leurs corps et à l’utilisation qu’il peuvent en faire. Et du coup, tu vois la puissance qu’il peuvent malgré tout développer ! Moi je ne suis pas rapide , vois tu, je dois donc utiliser d’autres armes.

Béa : -Et puis surtout , il faut rester humble…

Philippe : -et être construit…

Béa : -oui mais humble !

Merci les amis,  j’aurais passé une année d’aikido formidable. Celle qui vient le sera assurément aussi. Alors passez tous de bonnes fêtes de fin d’année, vivez vos passions, et restez humble!!!

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http://www.aikido-rouen.com/

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Evolutionary Aikido à Uster, en Suisse, avec Peter et Julia.

Evolutionary Aikido à Uster, en Suisse, avec Peter et Julia. dans INTERVIEWS 536857_293133487463906_1321979625_n1

J’étais déjà venu il y a un an à Uster, près de Zurich, et j’avais alors fait la connaissance du Dojo de Peter et Julia durant une semaine complète, avec même des cours à 06H30 du matin. Cette année mon séjour est plus court, mais je ne pouvais pas faire autrement que revenir voir mes amis suisses, qui m’avaient laissé un souvenir absolument délicieux. Le hasard fait que l’Hôtel réservé par ma compagnie se trouve à 15 minutes à pieds du dojo. Alors l’occasion est trop belle, mais si ce n’est qu’un soir.

En arrivant au dojo, je vois à travers les baies vitrées Judith  qui termine le cours enfant. En cercle comme à leur habitudes, le cours se termine par un petit débriefing ou chacun exprime ses ressentis. Je me déchausse et je monte à l’étage me changer. Le dojo est absolument magnifique. Une atmosphère sereine, cosy, une lumière légèrement tamisée, de belles couleurs, font que l’on se sent vraiment très bien ici. Tellement bien que me revient alors,  l’invitation de Peter à passer une semaine ou deux en uchi dechi au dojo un de ses quatre,  option que je garde toujours dans un coin de ma tête.

img_20191-300x216 dans mes dojosCe soir, ce n’est pas si courant pour moi, les femmes sont majoritaires. En seiza, Peter face à nous, dispose devant lui une petite coupelle métallique pour nous inviter à deux minutes de méditations. Il fait doucement tinter la coupelle trois fois. Un peu de relaxation ne fait pas de mal. En fond musicale, une sorte de bourdon new wave me berce gentiment. Puis Peter nous invite au salut selon le rituel Shinto classique des écoles Iwama. Les échauffements se font lentement, dans une démarche proche de ce que j’ai vu chez Farouk Benouali ou Issei Tamaki. Peter reste toujours tres gracieux et precis dans ses mouvements, pas toujours simple à suivre. Enfin, quelques séries de chutes pour finir, mais sans bruits svp.

 Le cours de Peter sera sur Morote Dori, quelques techniques (ikkyo, irimi nage, shiho nage, kokyu nage), mais le propos est évidement ailleurs, même si Peter corrige les petits détails techniques. Le travail est fortement accès sur la connexion et la non opposition.  Un des exercices qui m’a beaucoup plus, consiste pour Uke, à  maintenir une présence constante, à donner. Tori lui, ferme les yeux, et  se déplace doucement en recevant ce que donne Uke, et sans jamais s’opposer, doit arriver à amener uke a la chute, sans techniques particulière. Le même exercice se fera aussi avec deux ukes, un par bras, et là ce n’est pas simple…. Ce dont je me rends compte très vite, c’est que j’ai beaucoup de mal en ouvrant les yeux, entièrement occuper à observer. Par contre, une fois les yeux clos, je me libère. Et comme je suis bien obligé de ressentir pour travailler,  mon travail n’est plus du tout le même !

10040510aikidoun-197x300 A la fin du cours, Peter enchaine  par un cours de Mentastic/ Yoga.   Pendant ce temps, Julia a la gentillesse alors de m’accorder une petite interview que je vous livre après traduction ;)

Peter, en partant, comme à mon arrivée m’embrasse amicalement, et on se promet de se revoir bientôt. Que des gens merveilleux, chaleureux, adorables. Il ne faut pas s’enfermer dans ces certitudes et se detouner de cette pratique au prétexte que la musique n’a rien a faire ici, ou que le travail n’est pas académique. Leur aikido est trés martial et éfficace, mais leur recherche est plus acces sur l’ouverture que sur une efficacité relative trop agressive.  En tout cas, pour moi, ce travail me semble aller dans le sens de ma recherche…Auf Wiedersehen Peter und julia !

Julia Geissberger est 3e dan. Elle a débuté l’aïkido en 1993, et comme Peter, suit l’enseignement de Patrick Cassidy, 6 dan, Avec Peter Fankhauser, elle a fondé le dojo Aikido Unlimited en 2009, ou ils enseignent  non seulement l’aïkido, mais aussi la méditation, la danse orientale, le yoga et quelques autres pratiques mentales et corporelles.

 Peter Fankhauser est 3e dan et a commencé l’aïkido en 1992, et a suivi l’enseignement de Robert Nadeau, Christian Tissier, Patrick Cassidy, Lewis Bernaldo de Quiros, Miles Kessler, Jan Nevelius und Jean-Michel Merit (✝ 2008).

 http://www.aikidounlimited.ch/

 

 514182951_069071b35e_o-300x224“ »Evolutionary Aikido » is the practice, exploration, and inquiry of and into the developmental processes available through the art of Aikido. It concerns not only the improvement of technical skill, but also a multi-dimensional transformation of ourselves. We look into what is our next step of being, and how do we make space for this new level of understanding, ability, and awareness to manifest. O-Sensei’s proclaimed realization, « I and the Universe are one, » is the basis for our practice. We face this and explore how to express this perspective of integrated unity in our Aikido.

Patrick Cassidy, 6th dan Aikido

L’interview de Julia Geissberger

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PAGT : Julia, Quand avez-vous ouvert ce dojo?

Julia : Le premier mai 2009! En fait, bien avant, Peter enseignait déjà ici à Uster au judo club. Il y avait un, deux puis trois cours par semaine. Mais les débuts étaient difficiles, l’ambiance était très différente de celle d’aujourd’hui, les gens recherchant plus un sport qu’un art martial comme nous le pratiquons à notre dojo actuel. J’ai rencontré Peter à ce moment-là, et au cours d’une conversation, nous nous sommes dit que nous devrions faire quelque chose d’autre, ailleurs, alentour. J’ai aussitôt dit « ok, allons-y «  et  nous nous sommes installé ici.

PAGT : Toi et Peter suivaient Patrick Cassidy, qui enseigne à Montreux. Comment l’avez-vous connu ?

Julia : C’est toujours notre sensei. A l’époque, je pratiquais dans un autre dojo près d’Uster avec Rosemary Herzig.  Rosemary l’avait invité pour un stage. Patrick Cassidy arrivait de Californie ; Il venait des USA et venait juste de se marier avec une suissesse. Ma rencontre avec lui fut prédominante et très vite j’ai decidé de le suivre comme uchi dechi à Montreux. Peter le connaissait déjà je crois.

PAGT : Tu es resté longtemps uchi dechi ?

Julia : 18 mois. J’étais shodan à ce moment-là. Et je suis parti nidan. J’ai passé mon sandan l’année dernière.

PAGT: congratulations!

Julia: thank you (rires)

PAGT: Il vient parfois sur Uster?

Julia : Oui, nous l’invitons au moins une fois en septembre pour un stage d’automne, plus quelques autres. L’année dernière il est venu avec deux amis : Miles Kessler qui enseigne à Tel Aviv,  et un vieil  ami à lui de Californie. Via Patrick, nous sommes connectés au CAA de Californie (californian aikido association).

PAGT : Ouf, j’ai eu peur j’avais compris CIA ! (rires)julia

Julia : Haha, non, la CAA qui regroupe de grands senseis américains comme Franck Doran Shihan, Pat hendricks shihan, Bob Nadeau Shihan, tous 7e dans.…Via la CAA, patrick Cassidy est notre connexion au Japon, où il est resté de nombreuses années comme Uchi Dechi Chez Saito Sensei.

PAGT. Donc, votre façon de pratiquer ici à Uster, est complètement inspirée du travail de Patrick Cassidy ?

Julia : Oui, la base de notre travail est l’aïkido Iwama, en particulier  pour le bukiwaza. Mais le travail de Patrick a évolué vers quelque chose de plus personnel, moins dur, tout en gardant les formes de bases, les techniques. Notre aïkido est plus orienté vers les sensations, la non opposition, le travail de connexion. Nous essayons de travailler avec des saisies sincères mais sans douleurs, sans raideurs aucunes.

PAGT. Ce qu’a dit Peter pendant le cours ma beaucoup marqué «  Uke et tori sont deux systèmes indépendants. A la prise de contact, il ne deviennent plus qu’un seul système »  je retrouve dans votre aïkido, des recherches similaires à certaines écoles comme celle de Leo et Issei Tamaki, Tanguy le Vourch, elis Amdur  Farouk benouali. Avec un travail sur les ukemis très lents, un travail sur les perceptions ou les sensations, par exemple en travaillant les yeux fermés.

Julia : Les yeux servent en fait dans notre vie de tous les jours, tout le temps, on se concentre avec eux. Mais les autres sens ? Il faut les éveiller aussi. Quand on ferme les yeux, le corps, en partie du moins, s’éveille soudain pour prendre le relais. Par exemple, il y a un exercice que nous faisons parfois. Tori ferme les yeux, en seiza ou debout. Uke approche doucement avec un atemi, et tori doit essayer de sentir ce qui arrive et réagir en non opposition. A un certain niveau, on ressent l’attaque avant le contact. Certains y voient de la mauvaise chorégraphie, mais c’est un exercice d’éveil et de connexion fabuleux.

PAGT : C’est incroyable, parce que j’ai expérimenté ce type de travail il y a peu avec Issei Tamaki. Il y a sur You tube une très belle vidéo de Tanguy Le vourch en ce sens, je t’enverrai le lien !  (https://www.youtube.com/watch?v=vmk8EAumvI4 )

Julia : Oui, et on est plus tout à fait dans la self défense, même si à un certain niveau cela le deviens. Mais pour moi, c’est juste un moyen de mieux ressentir les gens, ressentir mon univers. Devenir de meilleures personnes avec plus d’empathie avec les autres, s’ouvrir.  De plus c’est, au vu de ce que tu me dis, intéressant de voir que parfois dans le monde, sans réelles explications, soudain certaines choses se partagent d’elles même. ca me rappelle cette histoire des  singes qui sans se connaitre, ont l ‘idée quasi simultanée de laver leur pommes de terres.( *histoire du 100e singe que je raconte plus bas). Je pense, naïvement ou pas, que l’aïkido est dans cette voie, en connectant les gens entre eux, d’autres connexions se mettent en place. C’est là qu’on voit que l’aïkido est bien plus que de la self défense.

PAGT : Un autre aspect bien particulier de votre école. Et cela, je ne l’ai encore jamais vu ailleurs. Vous utilisez la musique à certains moments du cours, notamment sur les jiyu waza…

Julia : Patrick Cassidy a passé près de 8ans au Japon. Ensuite il est retourné en Californie. Tu sais, en Californie, ils ont toujours beaucoup d’idées neuves  et iconoclastes! (rires).je crois que  Patrick a étudié avec Richard Moon, un deshi de Bob Nadeau, de la CAA. Et je crois que l’idée de la musique vient de lui. Et pour ma part, je suis danseuse, et la musique est vitale pour moi. Mais nous utilisons la musique, pas seulement parce que nous aimons cela, mais aussi parque la musique donne un rythme. L’aïkido a son rythme, et cela aide, certaines personnes, a écouter leur corps, à ouvrir leur cœur. Mais cela n’est pas si exceptionnel. Regarde la Capoeira, ou les luttes africaines, à Hawaï, les arts martiaux et la musique peuvent être connectés. En Europe, on est plus fermés à la musique.la musique donne de l’énergie.

PAgt : Personnellement, je trouve que cela m’aide à me relâcher et à bouger

Julia :  Oui, mais tout le monde n’aime pas…certains trouvent même que cela perturbe leur travail. Heureusement, nous avons surtout de bons retours, les gens aiment cela !

PAGT : Thanks a lot Julia

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Pour finir, la fameuse histoire des singes et des pommes de terres …à mediter

Le centième singe ou comment va se jouer l’avenir de l’Humanité

Ken Keyes Jr est l’auteur de « The Hundredth Monkey », « Le centième singe »,l’histoire vraie d’une fable extraordinaire qui aujourd’hui résonne avec notre destin en tant qu’Humanité.

Une espèce de singe japonais, le macaque japonais a été observé à l’état sauvage sur une période de 30 ans. En 1952, sur l’ile de Koshima, des scientifiques nourrissaient les singes avec des patates douces crues en les jetant sur le sable. Les singes aimaient le goût des patates douces, mais trouvaient leur saleté déplaisante. Une femelle âgée de 18 mois, appelée Imo, pensait qu’elle pouvait solutionner le problème en lavant les patates dans un ruisseau tout près. Elle enseigna ce truc à sa mère. Leurs compagnes de jeu apprirent aussi cette nouvelle façon de faire et l’enseignèrent aussi à leurs mères. Cette innovation culturelle fut graduellement adoptée par différents singes devant les yeux des scientifiques. Entre 1952 et 1958, tous les jeunes singes apprirent à laver les patates douces remplies de sable pour les rendre plus agréables au goût. Seuls les singes adultes qui imitèrent leurs enfants apprirent cette amélioration sociale. Les autres singes adultes conservèrent leur habitude de manger des patates douces sales.

À l’automne de 1958, un certain nombre de singes de Koshima lavaient leurs patates douces – leur nombre exact demeure inconnu. Supposons que lorsque le soleil se leva un matin, il y avait 99 singes sur l’île de Koshima qui avaient appris à laver leurs patates douces. Supposons encore qu’un peu plus tard ce-matin-là, un centième singe appris à laver les patates. Alors quelque chose d’étonnant se produisit !

Ce soir-là presque tous les singes de la tribu se mirent à laver leurs patates douces avant de les manger. Un peu comme si l’énergie additionnelle de ce centième singe créa une sorte « de percée scientifique » Mais ce n’est pas tout : la chose la plus surprenante observée par ces scientifiques fut le fait que l’habitude de laver les patates douces se transmit de façon inexpliquée et simultanée à des colonies de singes habitant d’autres îles ainsi qu’à la troupe de singes de Takasakiyama sur le continent qui commencèrent aussi à laver leurs patates douces. C’est ainsi que le macaque japonais fut surnommé le « laveur de patates ».

Fabrice de Ré : Entre jeu et technique.

 

Fabrice de Ré : Entre jeu et technique. dans INTERVIEWS couv-products-947174

Fabrice est probablement une des rencontres les plus importantes de mon parcours. Parce que c’est une vrai rencontre, au sens le plus noble. J’ai rencontré peu d’homme aussi emplit d’humanité, d’envie de partager, et en même temps riche d’un bagage qui force le respect. Ce qui frappe le plus quand on discute avec lui, c’est sa sincère humilité. Comme Il le dit, il n’a rien a prouvé, voulant juste vivre dans le plaisir de faire et d’être. Fabrice ma fait l’honneur de m’accorder une interview après son cours, dans un petit bar lyonnais, avec une bière amicale, tout en décontraction, entre amis. Fabrice nous parle de son livre tout en nous éclairant sur son parcours et sa vision de l’aïkido. Ce fut pour moi un enrichissement extraordinaire, un éclairage dont je vais essayer de rendre le meilleur, même si je garde quelques off égoïstement pour moi ;)img_1944-257x300 dans NEWS

Fabrice De Ré, 3e dan d’aïkido UFA et Aïkikaï, est un élève de Micheline Vaillant-Tissier 6e dan UFA et Aikikai, avec plus de 25 ans de pratique dans les sports de combat et les arts martiaux comprenant le karaté Shotokan et Kyokushinkaï, le Kick-boxing, la boxe Thaï, le Tai-chi et l’Aïkido. C’est aussi un ancien compétiteur en boxe française. Fabrice enseigne aujourd’hui la discipline qu’est l’Aïkido à Lozanne, près de Lyon et est actuellement l’élève de Dominique Rascle, 5e dan UFA et Aikikai sur Lyon. Il vient de  publier cette année un livre événement «  Aïkido, entre jeu et technique » destiné aux enseignants en recherche d’idées pour leur cours enfants de 6 à 12 ans. Ludiques et concrets, ces exercices réalistes et réalisables leur permettront d’aborder avec les jeunes les principes fonctionnels d’apprentissages et les techniques éducatives d’Aïkido. Cet ouvrage est composé de 100 exercices répartis sur cinq chapitres comprenant, le psychomoteur, les fondamentaux, la non opposition et déséquilibre, les chutes et les armes (Bokken, jo et tanto). Ceux-ci sont magnifiquement et abondamment illustrés. 

« Mon intention au départ était de combler un vide pédagogique, j’ai aussi réalisé cette publication dans un esprit communautaire et sans prétention de ma part. Il s’agit d’un manuel qui peut être consulté au gré des envies ou besoins du professeur et qu’il peut adapter librement à sa pratique et son imagination. Je ne l’ai pas conçu pour que cela soit figé mais au contraire ces exercices peuvent et doivent être modelés, améliorés, associés à des pistes nouvelles liées à son environnement d’enseignement, selon sa convenance et ses expériences. Et toujours  dans le plaisir de transmettre ».

 

 L’interview de Fabrice de Ré

A propos de ton livre

Patrice AGT : Fabrice, pourquoi ce livre ?

Fabrice De Ré : Au départ, c’est une démarche toute personnelle. J’étais professeur débutant auprès des enfants chez Micheline Vaillant-Tissier Senseï. C’est elle qui  m’a donné les premiers éléments pour ce travail, puis avec le temps, naturellement, je me suis forgé tout seul. Et à un moment, je me suis rendu compte qu’il n’existait pas de supports pédagogiques pratiques et concrets. Etant confronté à cette réalité, j’ai commencé alors à répertorier différents exercices que j’avais vus en aïkido. J’ai fait également des recherches en inventant des jeux et exercices et en m’inspirant des substrats d’autres disciplines martiales pour les adapter à la sauce Aïkido. Mon idée était de contribuer dans un esprit communautaire à un ouvrage pédagogique où les bénéfices en termes d’image et de créativité novatrice iraient aussi à la FFAAA. Car c’est un livre qui n’a jamais été développé dans ce sens et dans l’univers de l’Aïkido en général, toutes fédérations confondues. Au cours des différents stages nationaux et de ligue enseignant jeunes, j’ai vu qu’il existait une grande richesse créative, mais sans partage plus large, sans continuité dans un sens commun fédérateur, sans relai par notre fédération. D’où l’idée de faire ce support et de pouvoir partager toutes ces expériences autour d’un projet concret et universel.

PAGT : Tu as cherché un style particulier, un concept ?

qsdq-259x300FDR : J’ai voulu ce livre sans prétention aucune, avec une approche ludique dans le plaisir de transmettre et aussi pour que l’enfant ait du plaisir à pratiquer. On voit aussi que sur l’illustration du livre il y a des jeunes tous différents, de plusieurs couleurs de peau. Je l’ai voulu dans le sens universel de notre belle pratique cela ne se voit pas souvent et c’est  une manière innovante et d’ouverture d’esprit comme doit l’être notre art corporel. Il est aussi abondamment illustré par une artiste qui pratique les arts martiaux, qui avait le sens du mouvement et surtout l’esprit de participer à un ouvrage qui ne c’était pas encore fait à ce niveau-là. Effectivement, j’ai voulu qu’il soit agréable à l’œil et que ses illustrations accompagnent l’écrit pour le cas où je n’aurais pas été clair. Ceci dit j’avais pris soin de soumettre la lecture à des néophytes qui ne connaissaient absolument pas cet univers pour coller au mieux à la compréhension de tout le monde.

PAGT : Cela a dut être un sacré boulot ?

FDR : J’ai mis deux ans et demi pour le sortir ! Un travail important autour d’une équipe, tel que Carole Milioti sur la correction des textes, Charly Jucquin en tant qu’accompagnateur de projet sur la stratégie d’impression et de diffusion du livre et Elodie D’Ambrosio qui s’est chargé des illustrations. En ce qui concerne le travail de dessin, elle a bossé durant 8 mois avec mes exigences de précision, notamment sur les dessins des pieds et des mains, ce qui est très difficile à faire. A savoir qu’avant cela, j’ai fait plus de 300 photos avec mes jeunes sur les 5 chapitres pour lui faire comprendre le sens des déplacements et des placements entre autres. Puis sans les oublier, il y a eu une contribution de personnes que je remercie dans le livre à commencer par mon Senseï Micheline Vaillant-Tissier ainsi que Christian Mouza, Sylva Tscharner, Héléne Doué, Véronique Sireix et Patrick Horst pour les citer.

AGT : Ton livre est sorti cette année

FDR : En mars 2013. Depuis j’ai le plaisir de recevoir d’excellents témoignages surtout de professeurs confirmés et débutants de toutes les régions de France. En cela mon but est atteint. Je voulais que ce livre soit utile, mon objectif est rempli. Micheline Vaillant-Tissier l’a présenté à la commission du collège technique, et j’ai eu de très bon retour des cadres de notre fédération. J’ai eu la surprise que ce manuel de 170 pages fut très bien perçu par nos élites et cela est un encouragement pour que sa diffusion soit plus large encore.

img_19631-300x225AGT : Surtout, que cela a été évidement un investissement de travail énorme, mais aussi forcément un investissement financier, pour un livre destiné à des spécialistes, excuse-moi,  qui ne se vendra jamais à 100 000 exemplaires…

FDR : En effet le but n’était pas financier comme je l’ai souligné. Ce à quoi j’aspirais était qu’il soit utile à notre art martial et dans un sens plus large, à tous les professeurs de toutes les fédérations confondus. Ma seule ambition était que cela serve au monde de l’aïkido pour l’enseignement des enfants. Par la suite si je pouvais me retrouver dans mes frais d’investissements tant mieux. Et  cela s’est effectué grâce aux lecteurs de ce livre qui ont bien voulu croire en celui-ci. Il y a un retour intéressant, avec près de 300 livres déjà commandés en quelques mois. Puis des projets de diffusion et d’impression aussi se profilent dans les pays comme le Brésil, l’Italie, qui aboutiront ou pas, nous verront l’avenir, je fais confiance en la vie! J’aimerai bien aussi le faire traduire en anglais et en espagnol, on verra par la suite. Cet investissement a été avant tout le plaisir de faire comme dans notre pratique.

AGT : Tous les exercices qui sont à l’intérieur, tu les as testé dans ton club ou ailleurs ?wsdcqwsxc-300x184

FDR : Oui, ils ont été testés et fonctionnent puisque que je les ai voulus réalistes et réalisables! Mais avant tout ce n’est pas une liste exhaustive, mais quelque chose de plus large dans le sens de créativité. Tu es professeur, tu vois un exercice qui te plait, tu prends ce qui te parle et tu le positionnes dans le sens qui t’arrange, tu le modifies avec ton expérience si tu le souhaites. C’est ouvert. Une de mes idées majeures, est que ces exercices soient modelés, pétries. C’est aux professeurs de suivre leur sensations et envies, tous les champs sont possible, toujours dans le plaisir de faire. Il faut que chacun se l’accapare. A un moment cela ne m’appartiens plus. Et c’est cela qui est passionnant.

AGT : Quand tu vois le nombre de bouquin et de DVD qui sont sortis et qui sortent encore sur l’aïkido, et c’est bien. Mais rien sur les enfants. As-tu une idée du pourquoi il n’y a rien à ce sujet ?

FDR : Des livres sortent sur l’aïkido, avec parfois des dimensions philosophique pointues et très intéressantes, mon idée n’était pas là, surtout que j’en aurais été incapable n’étant pas encore à maturité dans ma recherche dans l’Aïkido. Néanmoins de faire un livre sur du concret, quelque chose de pratique et d’utile dans le sens de l’enseignement pour les jeunes, ce qui apparemment n’avait jamais été mis en place, je me suis dit que cela était possible, alors je l’ai fait. Pour citer une parabole « les choses appartiennent à ceux qui les font » … Alors réalisons et fonçons tout est possible ! Il n’y a que notre esprit qui nous freine via par nos propres peurs mais cela est un autre débat n’est-ce pas ?

Pour répondre à ta question, je pense que l’on ne misait pas assez sur la dimension de transmission pour les jeunes, en Aïkido et dans notre fédération sans que ce soit une critique, on pense que cela ne peut être intéressant qu’à partir de l’adolescence, d’un point de vue de compréhension et de psychomotricité. On était sur l’idée que l’enfant n’est pas capable de recevoir tout ça, que c’est trop complexe. Maintenant on commence à en entrevoir le potentiel et aussi ne nous le cachons pas, vient la notion de diffuser notre art martial. Nos pratiquants sont dans une moyenne de la quarantaine, notre population étant vieillissante, ce biais permettrait un impact plus conséquent, une fenêtre plus ouverte sur l’Aïkido et son devenir qui commence par la jeunesse. Le tout est de ne pas être dans un sens purement commercial ce qui dénaturerait à mon sens l’éthique de notre discipline.

Cela est pris de plus en plus au sérieux par nos élites et en ce moment ils travaillent sur ce constat et ces possibilités de diffusion par l’enseignement entre autres. Et pour avoir participé à un stage national enseignant jeune à Vichy, j’ai senti une dynamique nouvelle et pétillante dans cette direction. Cette nouvelle commission jeune, dirigée par Dany et Serge Socirat ainsi que Christian Mouza notre référent technique, nous prépare un travail riche et novateur.

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AGT : De plus en plus on voit les clubs prendre les enfants très jeunes, des 4 ou 5 ans !

FDR : En ce qui me concerne je les prends dans mon club à partir de 6 ans. A cet âge,  ils ont une psychomotricité intéressante qui demande à être affinée par la suite, mais qui est constructible et suffisamment solide pour commencer à leur apprendre l’Akido, mais cela n’engage que moi. Il me semble qu’il est important pour l’avenir de l’Aïkido de miser sur cette jeunesse qui est largement capable de comprendre notre art martial sous condition d’avoir le langage approprié, mnémotechnique, imagé, sans que cela dénature notre discipline. Tout est envisageable dans la transmission, seule nos réticence nous freinent et empêchent le sens créatif de se déployer. En tant que professeur, tu es le seul frein à ton enseignement, tu peux apprendre aux enfants dès l’âge de six ans le travail du bokken, du jo et du tanto comme je le fais actuellement. Tout est une question d’esprit. Si tu as peur qu’ils se fassent mal, tu transmettras tes peurs, si tu as l’esprit serein et attentif l’enfant le sera de même. Ce que tu dégages, c’est une énergie réceptive pour l’autre et l’émetteur que tu es, s’il est sur le terrain de la tranquillité,  fera ressentir au récepteur cet état-là. Par exemple certains ne veulent pas utiliser le tanto. Ils pensent que les mômes vont avoir peur. Mais l’enfant n’a peur que si tu as peur. Si toi tu es confiant dans ce que tu fais, tu peux leur apprendre beaucoup de choses. J’ai eu l’occasion de travailler avec des enfants autistes, avec des enfants très violents, en réinsertion scolaire, avec des enfants dyspraxiques, et on arrive à avoir des résultats, notamment sur la motricité et sur l’approche des armes. Cela me renforce dans mon idée que l’aïkido est utile sur le plan psychomoteur et social, dans cette notion de communication, de  relation avec l’autre, pour des jeunes de toutes dimensions et environnements confondus, qu’ils soient en difficulté, dans la violence ou dans le handicap. L’aïkido est clairement un outil pouvant désamorcer l’agressivité, contrôler ses émotions et ressentir, même à cet âge.

Nb : Pour commander le livre de fabrice : http://www.thebookedition.com/aikido—entre-jeu-et-technique-fabrice-de-re-p-94717.html

 

L’aïkido et la communication

AGT : On voit se développer  l’utilisation de l’aïkido sur des plans de gestion du stress, de la communication.

FRD : J’en ai fait mon métier ! Je donne des formations sur les phénomènes de violences, en travaillant notamment avec des surveillants de prison, avec des éducateurs spécialisés comme en ce moment même, dans ces milieux extrême de violence, sur un travail mental et comportemental. Comment agir ? A quel moment ? Dans quel état d’esprit ? L’univers personnel et/ou professionnel amène à être régulièrement confronté à des situations de tensions déstabilisantes. Seule, ou même en équipe, la personne n’est pas toujours préparée à ces moments hostiles ni en mesure de les canaliser. Le modèle de formation que j’ai créé favorise la connaissance de soi, le savoir être face à la peur et à la colère, la coopération dans la communication, le contrôle du stress, le recentrage, la dissolution des énergies négatives et le dépassement de la difficulté. Il permet aux personnes de développer leur assurance, leur disponibilité psychomotrice et leur dimension relationnelle. Il associe les concepts et techniques du développement personnel et la pratique de l’Aïkido et est adaptable à toute personne et organisation susceptible d’être confrontée à ces problématiques.528460_10200989208121540_1351684164_n-300x225

L’Aïkido est à mon sens un outil formidable de communication et de cohérence relationnel. C’est un art empathique avec soi, l’autre, l’espace, le temps, l’intensité. C’est une action sensorielle, qui respecte les lois naturelles du corps en mouvement, une attitude d’adaptabilité aux évènements, c’est une pédagogie martiale novatrice qui va dans le sens de l’humain. Développer, améliorer et renforcer  son fonctionnement face aux tensions, désenclaver des personnes qui sont figés dans leur comportement de certitude. Ce fonctionnement crée des peurs, des frustrations assujetties aux agressions de vie de tous les jours, dans le travail, dans la rue, les pressions, les incivilités, etc… Que ce soit dans un cadre privé ou professionnel d’ailleurs !  Cela limite notre communication avec l’autre et cela génère des incompréhensions régulières. C’est pour ça que je travaille à relier ces deux pôles : le travail du corps et de l’esprit. Les deux sont liés étroitement, ce que l’occident a du mal à réunir dû à un héritage judéo-chrétien je présume. Contrairement à l’orient qui a su comprendre les bienfaits de la réunification des deux parties, avec pour seul objectif de ressentir avant tout et non d’intellectualiser cette dimension. En terme de développement personnel, on est plus du tout sur « comment agir autrement », « comment se comporter autrement » mais plutôt  « comment ressentir autrement ». A partir de là il est plus facile de changer d’attitude, d’évoluer…

AGT : Souvent quand on a fini sa journée de boulot, on est bien sur fatigué, on a pris sa dose de stress, d’engueulades, de frustrations, alors on a qu’une envie, manger et aller se coucher. C’est justement là que je me force à aller au dojo. Du coup, mon corps s’exprime, et j’ai ma dose de sourires, de contacts positifs, on relâche tout et on expulse les tensions négatives de la journée. Bilan, on sort du dojo comme après une intraveineuse de bonheur.

FDR : Dans la vie de tous les jours, on gère tout par l’intellect, on est dans l’analyse, on voit ce qu’il se passe, on met des stratégies en place. Le moteur c’est la tête et on se coupe de la réalité avec le corps. L’Aïkido permet, entre autre, de refaire ce lien corps-esprit. La difficulté c’est de venir à l’aïkido pour recommencer à analyser, et reproduire ce qui t’a oppressé dans la journée, et là c’est aller dans le mur. D’autant que les sensations corporelles sont plus rapides que l’intellect. On a trois cerveaux, le reptilien, le limbique et le cortex. Le reptilien est le rapide, action réaction. Le limbique, c’est l’émotion, tu ressens les choses, la sensation et enfin le cortex, qui est la logique, l’analyse. Tu peux comprendre les difficultés à nous situer quelques fois avec ces trois-là. Il devient difficile de ressentir les choses dans le même temps, dans le présent. L’idée du  travail en Aïkido, c’est de te connecter avec ton ressenti et cela t’amène lorsque tu approches de cette sensation corporelle à des capacités supplémentaires, d’être dans l’action, d’agir, parce que tu écoutes ton corps et que tu lui fais confiance. Plus tu intellectualiseras et plus tu seras sur la défensive, tu seras connecter avec tes tensions, et plus tu vas te freiner. Quand tu lâches prise sensorielle ment, tu commences à évoluer. C’est ici qu’est l’enjeu de progression et d’évolution de notre entité, être dans le présent.

AGT : Certaines pratiques en aïkido sont parfois proche du yoga, ou m’a parlé un jour de zen en dynamique. Jusqu’à présent je travaillais mon aïkido sur une bibliothèque de techniques. Aujourd’hui je commence à entrevoir que cela est vide de sens, et je me focalise sur cette action de « lâcher prise », sur ce travail de communication, de connexion, presque de respiration, qui me passionne de plus en plus. Je connais  aussi certains dojos encore plus axés la dessus, en suisse notamment, et c’est passionnant de mon point de vue. Mais on me dit parfois, que ce n’est plus de l’aïkido, voire pire…

FDR : Chacun a le droit d’utiliser l’aïkido comme bon lui semble, mais il faut aussi, à partir de là, rester correcte et être toujours en connexion avec nos fondamentaux et l’éthique qui va avec. C’est quand on commence à prôner qu’on est les meilleurs, qu’on détient le « vrai » aïkido, que ça devient gênant, et là on rentre dans un monde des gourous, ce qui n’est pas acceptable de mon point de vue. Si tu sens une voie  dans l’Aïkido et bien effectivement, suis la, c’est noble en soi même, mais tu as surtout le devoir de rester humble face aux autres qui pratique. Car l’Aïkido est pour moi un travail de toute une vie et qui ne sera peut-être jamais aboutit, puisqu’en perpétuelle mouvement. Pour ma part j’ai trouvé dans l’Aïkido mon chemin, je suis mon Shihan Christian Tissier dans sa démarche, sa recherche de l’Aïki qui me convient parfaitement, toujours en perpétuelle recherche, rond, dynamique, martial dans le sens de connexion, de présence avec son partenaire. Et relayé par d’autres Senseï qui ont aussi leur propres recherche comme j’ai eu la chance de suivre en tant qu’Uchi Dechi, Micheline Vaillant-Tissier et actuellement Dominique Rascle Senseï. Puis d’autres que j’essaye de suivre dans cette même mouvance et pas des moindres tel que Patrick Bénézi Senseï, Bernard Palmier Senseï, Franck Noël Senseï, Luc Mathevet Senseï, Bruno Gonzalès Senseï et d’autres… La liste est riche, qu’ils me pardonnent de ne pas les citer tous.

AGT : En même temps c’est important de suivre un maitre…315737_280457725311637_1470775758_n

FDR : J’ai eu la chance d’avoir Micheline. Elle a construit un travail avec moi, dans la direction qui était la mienne. Ton travail d’aïkido est plus consolidé quand tu restes avec un même maitre pendant un temps certains, suffisamment long pour avoir de solides références, de bonnes bases, la bonne construction de corps. Cela a été une pratique assidue, constante de 9 ans avec Micheline et cela continue  à travers ces stages, je la remercie à cet égard toujours généreuse, présente, me donnant énormément de son temps avec une grande bienveillance sur mon travail, avec beaucoup de rigueur. Elle m’a fait évoluer dans cet art martial en me transmettant cette philosophie intrinsèque à ce budo, notamment la loyauté qui est d’ailleurs quelque chose de primordial pour moi en aiki.  Puis j’ai rencontré Dominique Rascle qui m’a amené dans la continuité de Micheline, c’est-à-dire de lier cette dimension technique à un travail de fond aussi intense que je l’avais reçu de Micheline. Le terrain était prêt et mon départ du Var n’a pas eu d’incidence en arrivant sur Lyon. J’ai eu la chance aussi de ne pas avoir eu la difficulté que l’on peut rencontrer lors de mouvement de vie, de trouver un autre Senseï qui puisse m’élever dans cette même sensation que Micheline avait construite avec moi.902534_10200989246802507_1009916112_o-300x152

Pour moi c’est important Patrice, sans être un donneur de leçon, d’avoir un référent, une pierre angulaire, un axe qui te permette de progresser, qui t’aspire vers le haut. Et si cela ne peut être le cas, je fais référence à ton métier qui te mène dans le monde entier, et bien d’essayer peut-être à partir de ce que tu ressens de l’Aïkido de suivre des Senseïs, des professeurs qui soient dans la même direction que celle que tu envisages de parcourir pour ton évolution, quel que soit le pays que tu traverses.

AGT : Tu penses a une suite à ce livre, qui pour le moment est destiné aux 6 et 5e kyu ?

FDR : C’est envisageable mais pas pour l’instant. J’attends encore quelques années pour que déjà ce livre atteigne la maturité nécessaire à son développement. En ce moment je suis sur d’autres projets, notamment un film documentaire sur Micheline Vaillant-Tissier. Micheline a un rôle important, au-delà de l’aïkido. Une femme qui a évolué dans un monde d’hommes, au plus haut niveau, en démontrant que c’est possible, une vrai dimension social qui dépasse le cadre de notre pratique mais cependant qui lui est étroitement lié. De surcroit elle est représentative et cela n’engage que moi, d’un Aïkido martial, sans s’éloigner de son essence qu’est sa féminité. Je travaille depuis un an, avec un réalisateur, caméraman, monteur… Je suis beaucoup Micheline en France et en Europe sur ses stages, j’ai encore une deuxième année de rush pour aboutir à un travail de montage digne de ce nom. Comme le livre que j’ai développé, on part d’un projet artisanal qui soudain devient plus conséquent, important, avec d’autres acteurs, une équipe et là, le projet transite dans une dimension professionnelle, néanmoins avec l’axe principal d’être toujours dans le plaisir.

 

L’aïkido et la féminité

AGT: En effet, on présente l’aïkido come un budo idéal pour les femmes par de nombreux aspects, il semblerait qu’il y en ait beaucoup moins  sur les tatamis, si l’on fait une comparaison avec les hommes, et y compris aussi à un haut niveau.

FDR : Et pourtant c’est une des disciplines où il y a le plus de femme dans le monde des arts martiaux. Quant à ce budo il convient bien aux femmes par l’aspect relationnel, esthétique de la pratique, dans cette sensation de travail qui demande à ne pas être dans l’ego. Cela est une notion naturellement installée chez la femme, ce qui nous demande à contrôler cet aspect quelques fois surdimensionné chez nous, vaste programme, n’est-ce pas ?

Les femmes sont déjà sur une pratique de placement et déplacement dans l’Aïkido, étant moins puissante physiquement, je parle sur une généralité de  cette idée. Ce qui leur demande de  trouver des ouvertures de pratique que nous ne voyons pas immédiatement, étant nous même dans la force naturellement dès que nous sentons une résistance. Héritage haut combien difficile à inverser.

Il y a des femmes qui sont à un très bon niveau. Dans la nouvelle génération de femme je pense à Hélène Doué qui m’a soutenu et qui a contribuer à ce livre, je le souligne au passage, il y a aussi Nadia Korichi, Céline Froissard, Yolande Sanchez, Monique Girardot, Véronique Sireix, Amandine D’Andréa parmi celle que je connais avec un bel avenir dans notre pratique. Il y en a tant d’autres qui ont une très belle dimension en Aïkido, qu’elles me pardonnent de ne pas les citer toutes, la liste est longue. Elles peuvent prétendre à tenir un rôle dans la dimension fédérative, tout du moins dans les ligues ou certaines sont très actives, certaines dirigent des stages et d’autres  tiennent le rôle important de transmission en tant que professeurs…

190004_1012693446731_682_n-300x225Micheline est à ce titre une des références. N’oubliez pas que c’est une pionnière de l’Aïkido au féminin, mais au-delà, elle est représentative de l’aïkido, à mon sens de manière universelle, en particulier parce qu’elle est une des rares femmes que je connais qui a atteint cette dimension mondiale que ce soit dans les stages, responsabilité fédérative à la FFAAA et internationale membre au sein de la FIA. Tu vois, les femmes ont toujours été à des carrefours importants de ma vie, et c’est encore une femme qui m’a montré la voie. Il est intéressant de développer ce côté dit féminin, je pense à l’intuition, le lâcher prise, le ressenti, l’acceptation qui ne veut pas dire la soumission, bien au contraire. Il serait judicieux que nous les hommes allions un peu plus dans cette direction. Déjà si tu fonctionnes trop dans la masculinité en aïkido, tu seras dans la force, et tu n’évolueras pas. Il faut laisser cette notion dite féminine ressortir, ce qui n’a rien à voir bien sûr avec être efféminé, cela doit être dans un juste équilibre et c’est tellement difficile à assembler quelques fois….

 

Aïkido et Martialité

AGT : Une dernière question stp. On entend souvent (trop), des discours sur l’aïkido, qui serait moins efficace que d’autres budo, pas assez martial, complaisant…Pour autant toi tu as fait des sports de combats, Marc Bachraty est connu comme karateka, il y en a quelques-uns d’ailleurs qui viennent à l’aïkido.

FDR : L’aïkido a une réelle efficacité. Crois-moi, pour l’avoir mis en pratique sur le terrain je parle d’anciens métiers de sécurité dans lesquels j’évoluais et qui demandaient un aspect martial sur des situations physiques difficiles et là je ne parle pas de théorie. L’aïkido peut être puissant surtout dans le contrôle de soi et de son agresseur, sans casser. A ce stade, les réponses sont de l’ordre de l’instinct en utilisant les techniques et le sens du placement et du déplacement bien entendu. Toutefois on n’est plus sur les fondamentaux classiques, il y a des variantes, des diversions pour impacter la personne agressive. Christian Tissier le montre très bien par exemple sur un atemi shomen, où il va déstabiliser le genou de la personne avant de faire ikkyo. Le shomen équivaut à une matraque par exemple. C’est de l’application dans une réalité sous condition de désamorcer sa peur.62877_10200987796846259_1241407837_n-225x300

J’ai en effet trois karatekas dans mon club, qui viennent chercher autre chose, un travail de corps, de ressenti, des sensations différentes pour les associer à leur discipline. Il y a des notions qui les interpellent dans notre étude de la confrontation. En général ces budokas sont dans une recherche  pour faire évoluer leur pratique. Il est intéressant d’aller sur des terrains qui nous bousculent un peu, c’est une des manières de ne pas rester sur place. Je pense puisque je suis dans la région du Rhône à Bernard Biliki 8ème Dan de karaté shotokan qui a étudié à un moment donné l’Aïkido avec Dominique Rascle dans un échange réciproque. Pour ma part j’ai un échange similaire, à mon niveau qui n’est pas le leur je le précise en toute humilité, avec Steve Piazza professeur diplômé de karaté shotokan et de kobudo. Ce n’est pas si mal vu que cela, en fait.

Plus jeune, j’ai travaillé dans les milieux de la sécurité, de la protection rapprochée, du nightclub comme physionomiste, et j’ai pratiqué des sports de combat comme le karaté, la boxe thai, le kick-boxing, j’ai fait de la compétition en boxe française. Et quand je me trouvais en situation de tension extrême, avec des personnes alcoolisées, camées, ou simplement excitées, il se trouve que je suralimentais leur violence par la mienne, quand je répondais par la boxe par exemple.

Quand j’ai rencontré l’aïkido, j’ai travaillé sur la maîtrise de mes émotions, la confiance qui peut s’en dégager aussi. Après un certain temps mes peurs ne m’alimentaient plus comme avant. Elles ne m’impactaient pas aussi fortement, je ne suralimentais plus la violence par la violence, une communication s’établissait malgré tout. Le résultat  était à une hauteur incroyable dans la sérénité de ce métier à l’époque. Et crois-moi, dans un combat dit de rue, la peur est au rendez-vous. Mais tu peux en faire une amie, acceptable, pour pouvoir agir avec lucidité. L’aïkido m’a donné cette dimension de communication différente. A partir du moment où tu relâches les tensions, que tu démontres une attitude, un état d’être confiant et vigilant nécessaire à une réponse immédiate  comme face à un couteau, ou à un groupe, tu te rends compte que tu donnes un impact psychologique  diffèrent à l’autre. On a toujours l’habitude de réagir à l’agression par une autre,  l’ego y est pour beaucoup.

Je te donne un exemple vécu dans ce métier, sur la frustration d’un individu dit belliqueux, alors qu’il forçait le passage pour rentrer dans l’établissement ou j’avais la responsabilité de l’accueil avec un simple ushiro kiri otoshi, et avec une feinte de le laisser passer.     Tu vois la scène, il te bouscule, tu te laisses aller, tu passes derrière et tu le projettes dans le sens contraire de sa marche!  Et quand il s’est retrouvé en capacité de se relever j’étais déjà devant lui et j’ai communiqué de la façon suivante «  et maintenant qu’est-ce qu’on fait » ?  On est alors dans un aïkido « réaliste », très impactant, en restant centré, l’autre reçoit une information. Il peut continuer à t’insulter, brasser de l’air, mais tant que tu n’alimentes plus sa violence, il comprend qu’il se passe quelque chose. Et toi tu lui donnes une « dignité » de partir sans blessure et humiliation. Avant, quand j’intervenais avec la boxe, la dignité était souvent bafouée. Avec l’aïkido, tu permets à l’autre de rester digne. Il partira en vociférant, mais la tête haute. On est dans une communication avec l’autre malgré lui. C’est cela la martialité, ce n’est pas faire les gros yeux et se mettre en garde de boxeur.

La martialité, c’est une présence ou tu impactes l’autre, tu es centré avec l’autre, avec un message et le plus tranquille possible en maîtrisant ses peurs. Je te rassure c’était dans une dimension professionnelle et il y a quelques temps maintenant de cela, demain on me cherche dans la rue,  je n’ai rien à prouver, je n’ai aucun ego à ce titre. Tu veux passer, passe… J’ai suffisamment d’expérience pour avoir côtoyé quelques fois les conséquences et les résultats désastreux de la violence que cela peut entraîner. Cela ne sert à rien, à rien d’être dans le dur. Le mouvement le plus flexible l’emporte et là nous sommes dans l’Aïkido de vie. Maintenant, j’ai toujours à l’esprit que « l’autre fait que ce qu’il peut ». En étant dans cette idée de la bienveillance tu peux avoir plus de possibilités de solution avec la personne ou tout du moins une considération peut s’installer n’engageant pas un acte de violence, éventuellement de la coopération et surtout une frustration acceptable pour la personne.

L’aïkido est un mode de communication fabuleux !

 

Je peux en être plus convaincu ! En me raccompagnant à mon hôtel, j’échange encore quelques paroles avec Fabrice. On a vraiment passé une formidable soirée. Avec un large sourire, il me dit au revoir :  «  Quand tu repasses, Patrice, tu m’appelles, on mange ensemble et là on passera un peu de temps à se parler de nos vies ce coup-ci ».  Avec quel plaisir Fabrice, évidement ! Un sacré monsieur je vous dis…

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Lyon 22 10 2013

 

Quelques témoignages sur Fabrice et son livre :

Micheline Vaillant-Tissier (6ème Dan UFA et AÏKIKAÏ de Tokyo)

Professeur diplômé d’état – Membre du collège technique de la FFAAA.

Actuellement la seule femme européenne membre de la FIA (Fédération Internationale d’Aïkido).

« Fabrice De Ré fait partie des pratiquants « acharnés », en perpétuelle recherche sur sa pratique. Je ne suis donc pas étonnée aujourd’hui de voir naître cet ouvrage, qui, je l’espère, pourra servir de support à tous les enseignants. La pratique des jeunes, bien que développée, ne donne pas lieu a beaucoup d’écrits. Ce livre, j’en suis sûre, comblera un vide et constituera un auxiliaire précieux pour tous les professeurs qui encadrent des enfants. Son contenu, sans trahir les exigences techniques propres à notre discipline, propose des formes ludiques et pédagogiques originales qui viendront à coup sûr enrichir notre enseignement »

 

Christian Mouza (6ème Dan UFA)  http://www.christianmouza.com/

Professeur Diplômé d’état – Responsable technique de la commission jeune FFAAA- DTR Corse (Directeur Technique Régional)

« Ce livre correspond vraiment à l’orientation, aux exigences et aux questions qu’un bon nombre d’enseignants d’Aïkido jeunes se sont posées depuis longtemps. « Entre le jeu et la technique », le thème traité est le fruit d’une expérience liée aux jeunes enfants et à la pratique de l’aïkido. Comment faire le lien entre le jeu et des techniques liés aux principes de l’Aïkido ? L’organisation des rubriques va permettre aux enseignants d’aborder et d’organiser une méthode d’apprentissage grâce aux exercices ludiques abondamment illustrés. Fabrice De Ré nous emmène dans un monde nouveau, avec une illustration parfaite et originale qui ne peut qu’enrichir les cours des enseignants jeunes ».

Thomas Gavory   (5ème Dan  UFA ) http://www.thomasgavory.fr/

« Cet ouvrage sera un outil précieux pour tous ceux qui s’intéressent à l’enseignement de l’Aïkido pour les plus jeunes. On y trouve une multitude d’exercices ludiques clairement illustrés et répartis en différents chapitres aux objectifs pédagogiques précis. L’auteur, dont la passion pour l’Aïkido n’est plus à démontrer, a fait preuve d’un travail remarquable ».

Hélène Douet (4ème Dan UFA et AÏKIKAÏ de Tokyo)  http://www.olympiadesaikidoclub.fr/

Professeur Diplômé d’état

« Il manquait aux professeurs d’Aïkido souhaitant enseigner aux enfants et adolescents un support pédagogique, pour transmettre les fondements de notre discipline de manière à la fois technique et ludique. Cet ouvrage vient combler ce manque, en proposant des exercices concrets directement applicables en séance, et sur lequel les enseignants peuvent s›appuyer pour ajouter leurs propres créations. Merci à son auteur d’avoir réuni en un livre la pratique et l’expérience de nombreux professeurs ! ».

 Monique Girardoz (4ème Dan UFA) http://www.aikido-cranvessales.fr/

Professeur Diplômé d’état

« En tant que professeur d’Aïkido pour les enfants, voilà enfin l’outil pédagogique que j’attendais.

La structure du livre avec des exercices très détaillés et illustrés qui contribuent à la compréhension des techniques regroupés en fonction des compétences qu’ils développent, le rend attractif et facile à utiliser. De ce fait, ce livre est destiné à toutes personnes en charge d’enfants dans des domaines divers y compris hors arts martiaux, chacun pouvant choisir les exercices appropriés à ce qu’il souhaite travailler ou mettre en évidence ».

Patrick Horst (2ème Dan UFA)   www.aikidobastide.com/

Professeur Diplômé d’état

« L’Aïkido “enfants” ne peut et ne doit pas s›enseigner comme l’Aïkido “adultes”. Au contraire, notre discipline doit s’adapter au besoin qu’a le jeune de jouer, à sa difficulté à se concentrer, à sa constitution différente. J’enseigne à une vingtaine d’enfants et d’ados depuis 2010. Le livre de Fabrice De Ré, unique en son genre, prend en compte toutes les problématiques liées à l’enseignement aux enfants. Il constitue désormais pour moi un excellent support de préparation pour mes futurs cours adressés à un jeune public ».

 

Quelques liens :

Le site de Fabrice : http://budoseishinclub.com/

Le site de Micheline Vaillant-Tissier : http://www.michelinetissier.com/

Le site de Dominique  Rascle : http://www.aikido-lyonvilleurbanne.com/

Le blog d’Elodie D’ambrosio, illustratrice de talent : http://elodiedambrosio.canalblog.com/

Et pour commander le livre de Fabrice : http://www.thebookedition.com/aikido—entre-jeu-et-technique-fabrice-de-re-p-94717.html

Et surtout, un enooorme merci à Fabrice , pour tout…

 

Dominique Rascle, 5e dan, de Lyon à Pékin via Tokyo.

Dominique Rascle, 5e dan, de Lyon à Pékin via Tokyo. dans INTERVIEWS 61

Je le dis tout de go, je ne suis encore jamais allé ni en Chine ni au Japon, même si cela risque de se présenter à moi prochainement. Par contre pour Dominique Rascle, c’est un chemin déjà maintes fois emprunté comme je vais vous le narrer …

J’ai rencontré Dominique Rascle pour la première fois à Lyon, l’année dernière, via la magie de Facebook, où Fabrice De Ré m’invita à venir au JCLV de Villeurbanne et au CLAM rue Marietton, pour rencontrer un de ses maitres dont il dit lui-même « qu’il lui a ouvert des voies de compréhension et l’a sensibilisé à la finesse du ressenti corporel et mental de la discipline »

Dominique enseigne donc sur deux dojos lyonnais, 4 soirs par semaine, même si parfois certains de ses élèves l’aident un peu. C’est devenu maintenant un de mes dojos repères où je ne manque plus de passer dès que je passe dans le coin. D’abord parce que j’aime l’ambiance conviviale qui y règne, des élèves de tous niveaux, du complet béotien au 4 e dan, ce qui permet vraiment de pouvoir travailler sur un large tableau. Des gens que je commence à reconnaitre un peu, ce qui est éminemment sympathique et amical, et avec qui on peut travailler en toute décontraction. Ce qui reste d’ailleurs pour moi une gageure , moi qui suis toujours sur la défensive (Clin d’œil pour Fabrice).img_1902-300x165 dans mes dojos

Mais aussi, pour avoir le plaisir et l’honneur de travailler avec un professeur comme Dominique. Celui-ci est 5e dan, ce qui n’est pas rien. Il a  débuté l’Aïkido en 1982 avec Marcel Desroche à Roanne, puis avec Pierre Matthieu et a suivi Philippe Gouttard  pendant 5 ans au JCLV Villeurbanne. Il a passé son shodan en 1987, et le 5ème Dan en …2007, remis pas Christian Tissier Shihan dont il dit   » J’ai suivi Christian dans de nombreux stages en France et à l’étranger et pendant 15 ans ses stages mensuels à Paris. En faîte ma référence en France c’est Christian  dont j’apprécie la précision technique, l’aspect martial de sa pratique et sa très grande sympathie. »christian-tissier-sensei-300x225

 

En cours, Dominique est très concentré, ou plutôt concerné, s’attachant posément à la précision de son propos, revenant sur tel ou tel détail, corrige son uke en même temps (parfois  ça calme !), et puis avec un large sourire, nous invite à nous lancer( ou à nous projeter selon…). Alors il parcourt le dojo, reprenant ici un placement, ici une attitude, là un détail qui se révèle crucial. De lui émane  à la fois une certaine bonhommie apaisante qui vous met à l’aise, et en même temps, tout le sérieux d’un expert dont on sait que chaque parole sera un enseignement enrichissant.

 

Ce soir, après le cours, Dominique me propose d’aller boire un verre chez une de ses élèves qui habite à deux pas. Car celui-ci partage beaucoup plus que de l’aïkido avec ses élèves, autour d’un bon repas ou d’un verre ici ou là, où son humanisme ne s’arrête pas à son discours. Alors ce soir, on boit un verre et on discute comme de vieux amis. En fait, n’est-ce toujours pas de l’aïkido ?

Dominique m’apprends pas mal de choses sur son parcours et la vision de sa pratique. Depuis  1993, il va tous les ans au Japon passer un mois à l’Aikikai, où il suit en particulier l’enseignement du Doshu, mais aussi Myamoto, Yasuno, Endo, Osawa, Kobayashi, Irie senseis. D’ailleurs il invite régulièrement Myamoto sensei sur Lyon, ce qui est comme on l’imagine aisément, une chance inouïe pour ses élèves. Il me dit que sa pratique et sa vision de l’aïkido ont beaucoup évolué depuis ses séjours au japon. En même temps, on en vient à évoquer cet excès de zèle de certains européens à vouloir être plus japonais que les japonais, sur les rituels, le shintoïsme ou des cérémoniaux vide de sens, surtout quand il n’ont passé au plus que 15 jours la bas…. Malgré tout cela doit être forcément un recentrage extraordinaire que de repasser par la source. A propos de  son parcours au pays du soleil levant :

 » Au Japon, auprès des maîtres, j’apprécie la pratique basée sur la sensation, l’utilisation souple du corps. Pour moi, ces deux pratiques sont complémentaires et à partir de ça, j’ai développé ma propre pratique, et mon travail est en continuelle recherche et je continue à me perfectionner auprès de Christian et des maîtres japonais. »

 

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Dominique enseigne aussi régulièrement …en Chine ! Il a eu un élève, chinois, pendant quelques années. Un jour, ils s’organisent un voyage là bas avec quelques élèves. Dominique en profite pour visiter quelques dojos et très vite on lui propose de donner des cours ici ou là. Depuis, il revient très régulièrement sur Pékin, Shanghai, Xi’an, Guiyang et Wuhan où il enseigne à des groupes de plus 70 pratiquants ! Et comme je dois me rendre prochainement (je croise les doigts) à Shanghai, Dominique m’enverra chez ses élèves ;-).

« Je recherche actuellement dans ma pratique un réel échange entre « UKE » et « TORI », ce qui nécessite beaucoup de sincérité et de générosité de la part de chacun d’eux. C’est le message que je souhaite faire passer dans mes cours, et j’ai beaucoup de satisfaction quand un réel échange se produit avec mes élèves, et entre les élèves eux-mêmes.C’est cette constante recherche, notamment autour du travail énergétique, et le plaisir que j’ai à l’enseigner, qui me motive particulièrement.J’ai une réelle satisfaction aussi à voir progresser, évoluer mes élèves, et j’ai formé, depuis que j’enseigne, une vingtaine de ceintures noires, du 1er Dan au 3ème Dan, et quelques brevets fédéraux. »293472_1947942870456_4123629_n1-300x200307356_1947940030385_220794_n-300x200

 

Dominique est vraiment un professeur chaleureux et sympathique, pas le genre à se la jouer Gourou , mais avec le juste respect de l’étiquette, celui que l’on doit à un maitre et à ses élèves, dans la convivialité et l’amitié sincère.

 

 

Un dernier mot  : « Après 30 années de pratique, ma motivation est intacte, voire renforcée.Actuellement, après toutes ces expériences, je pense que j’ai développé ma propre pratique, et mon travail de recherche me permet d’être en constante évolution.Je continue à progresser grâce à l’enseignement, l’échange avec mes élèves, grâce au soutien de Christian et des Maîtres japonais, et bien sûr, grâce à tous les experts et pratiquants que je croise sur les tatamis. »

Merci  pour tout cela Dominique, et à bientôt!

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le site de Dominique: http://www.aikido-lyonvilleurbanne.com/

le JCLV : http://www.jclvclub.fr

le Clam : http://aikidoclam.free.fr/

 

 

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Marc Gandolphe: Interview d’un ami enseignant Aikido, à GUICHEN, près de Rennes.

Marc Gandolphe: Interview d'un ami enseignant Aikido, à GUICHEN, près de Rennes. dans INTERVIEWS img_18211-300x215

 

 

 

 

 

 

Marc Gandolphe , 3e dan aikido, et enseignant à Guichen, prés de Rennes, avec Patrice AGB.

Suivant l’avis de certains amis aikidokas, j’ai souhaité me lancer dans l’exercice difficile de l’interview pour mon Blog. Cette semaine, étant sur la région Rennaise, je suis venu rencontrer un ami aikidoka facebook, avec qui j’ai souvent eu plaisir à échanger sur la toile. J’ai demandé à Marc si, aprés son cours, il aurait la gentillesse de vouloir être le premier à se prêter à cet exercice amical. Il m’a aussitôt répondu positivement, et je l’en remercie grandement. J’ai voulu faire un interview sur le ton de la conversation détendue. Marc avait prévu des bières, on était dans la tonalité juste.

 

AGB : Marc, j’ai vu sur ton site que tu as débuté l’aïkido en 92…

Marc Gandolphe : Oui, ça fait une vingtaine d’année maintenant… Au milieu des années 80, j’avais fait un peu de Karaté à Nîmes, et j’avais aussi quelques contacts avec des aïkidokas locaux. Après, ma vie professionnelle m’a amené en Alsace. Sur place j’ai cherché un art martial. Karaté ? Full contact ? Non, je me suis naturellement porté vers l’Aïkido. Je me suis lancé  pour quelques mois, puis j’ai arrêté un an pour reprendre définitivement en 92. A l’époque j’étais chez Alain Rahier, élève de Tissier, au CAES du CNRS de Cronembourg, où j’ai fait mes « premières armes » durant trois ans . Puis une année chez Claude Seyfried.

AGT : Le Claude Seyfried illustrateur?

MG : Oui, notre cher STYX ! Un ancien ami & élève de Jean Michel Merit, de l’école Saotome, donc avec des approches différentes de l’école Tissier de A.Rahier. Dans le même temps, je me suis mis à côtoyer le club de Paul.

AGT. Paul Mathis à Wolfisheim ?

MG.Ah ouais, quelle expérience ! Tu vois cet homme, 4e dan, depuis 30 ans, pfff, j’ai tellement de respect pour lui, quelle rigueur dans sa pratique … et sa légendaire bonne humeur…  Il m’appelait « le sudiste », (rires). Tu veux une bière ?

AGT : Tu m’étonnes…un de mes profs préféré, faut voir le niveau de ses élèves…

MG : Mais j’ai quitté l’alsace pour mon travail en 96, je devais être 2e kyu, 1er kyu peut être.

AGT : Ceci dit, tu as eu ton Shodan en juste 5 ans !

MG : Oui, mais  à cette époque, quand je pratiquais, c’était 3 fois par semaine, plus le samedi chez Paul, j’enquillais les stages… Apres je suis arrivé à Rennes. Je me suis tout naturellement retrouvé dans le club de Gilles Rettel, et là aussi, 3 cours par semaine au CSGR, plus de temps à autre à la Tour d’Auvergne ou au CPB, et j’ai eu mon grade en 97 avec Gilles Rettel, avant qu’il ne parte pour Dinard. Et C’est Serge Retourné, élève de Tissier, qui l’a alors remplacé au CSGR.

AGT : Ce qui fait que tu as toujours été à la FFAAA

MG : En effet, mais j’allais aussi faire des stages à la FFAB, à l’époque…

AGT : Oui, il semble que cela devienne difficile

MG : Oui et c’est malheureux. Mais on continue (avec certain de mes élèves) à aller au stage de Jaff (Raji) ou Tiki shewan. Avec Gérard Dominé de la FFAB à Chantepie nous avons fait des inter club.

AGT : A Rouen aussi on a des échanges très conviviaux avec le Havre ( feu rené VDB)
MG : On ne devrait pas, à notre niveau de pratiquant ou d’enseignant, rentrer dans ce jeu stupide de guerre des clans. Je trouve que les gens de la FFAB font un aïkido AIKIKAI, avec quelques petites nuances certes, mais la pratique est identique à la nôtre . img_1818-300x225 dans INTERVIEWS

AGT : Aujourd’hui tu es 3e dan, mais je me demande, moi qui suis juste 2e kyu, si on se souvient des difficultés qu’on avait avant le shodan, la maitrise des chutes, la raideur etc…Quand tu regardes tes élèves tu n’as pas le souvenir parfois d’avoir eu les même travers ?

MG : Tu sais, le temps passe, y a le boulot, la famille… non, c’est un peu loin… Ce qui diffère, peut être, c’est qu’on a du mal à pousser nos élèves à participer plus aux stages par exemple, il faut les bousculer, répéter les dates pour motiver, mais c’est dur. J’ai de bons élèves, mais j’ai aussi beaucoup de pratiquants qui viennent une fois par semaine, même depuis des années ! On n’a pas tous la même approche là dessus. Moi, je pratiquais au moins 3 fois la semaine, si je me faisais mal en chutant ( mal au dos, petite entorse, …), je remettais le couvert tout de suite.

AGT : C’est vrai qu’en aïkido, on voit des gens venir pour faire du sport, pour se relaxer, pour faire un art martial doux, pour avoir un loisir déstressant, pour maigrir ! Mais bon, si ils y trouvent leur compte ?

MG : Oui, c’est cela. Ma femme me le dit parfois « tout le monde n’est pas passionné comme toi… »

AGT : Comment as-tu eu ce club ?

MG : En janvier 2002, entre une bolée de cidre et une galette des rois ! Notre très regretté président de ligue Bretonne & ancien trésorier de la FFAAA, Marcel Dromer,  savait que j’habitais a 8km de Guichen. Ce club de Guichen allai se retrouver sans prof. (celui-ci partant pour Rennes). Lors de la soirée Galettes des Rois au CPB, Marcel m’a sollicité pour reprendre le club ! A l’époque j’étais 2e dan, mais pas enseignant et toujours élève de Serge. Marcel m’a quasiment sorti le papier d’inscription au BF sous le nez. Et je me suis inscrit le soir même pour préparer le BF ! En septembre 2002, je reprenais le club ! Tu reveux une bière ? Et, à moi de te poser une question si tu veux bien.

AGT : Ok ?

MG : Ca fais un bon moment que je te suis sur Facebook, je t’ai vu sur le tatami, tu te débrouilles pas trop mal, et … tu as oublié ton Hakama ?

AGT : En fait, mon prof ma autorisé a le porter depuis un an, mais je suis assez frileux de le mettre dans les clubs où je mets les pieds pour la première fois, vu que certains ne le mettent qu’au premier kyu, voir plus…en même temps quand je le mets pas, j’ai l’impression de faire injure à mon prof.

MG : Ah ouais, mais c’est pas une histoire de grade !… 2ème kyu, 3ème kyu, si ton prof t’a donné le Hakama, t’as pas de raison de ne pas le porter ! Surtout si tu connais l’historique du port du Hakama (dixit l’article sur Me Tamura  du Dragon magazine  de cet été)… Moi, je le donne à ceux qui sont investi dans leur pratique, ce qui n’a pas forcément un rapport à leur niveau. C’est mon approche en tout cas.

AGT : Oui, c’est comme l’affaire des couleurs des Hakamas, enfin, Leo Tamaki en assez parlé sur son blog…Revenons à toi, quand on est prof, est ce qu’on arrive encore à trouver le temps pour pratiquer pour soi ?

MG : Ecoute, moi j’ai besoin d’être sur les tatamis, et être professeur, n’a jamais été pour moi, une fin en soi. J’enseigne deux fois par semaine, j’y ai pris goût et j’aime cela. Je rends service à l’Aïkido à mon niveau. Et je vais 2 à 3 fois par semaine à la Tour d’Auvergne dans le dojo de Jean Paul Auffray pour bosser mon aïkido. J’ai dans l’idée de préparer mon 4e dan. Je ne peux pas me cantonner à mon petit monde, j’ai besoin de m’ouvrir. img_1817-150x150

AGT : j’avais une autre question… mince, j’ai oublié…

MG : moi je sais, « Est ce que j’aime la bière ?» la réponse est OUI ! (rires)

AGT : Ah si, une question technique !

MG : OULAAAA !

AGT : Comment abordes-tu le travail des chutes . Voilà, au stage enfant du Doshu, j’ai vu une chose étonnante. Yoko Okamoto sensei a fait faire des chutes avant et arrière aux mômes, et… des chutes tampon buvard !

MG : Ah ouaais !!

AGT, Et là où ce fut drôle, c’est qu’elle les a remerciés pour cette démo, car, a-t-elle dit, au japon, on ne travaille pas cela du tout !! Alors les chutes feuille mortes, plaquées… on les travaille chez vous ?

MG : Moi, j’ai une approche, un peu inspirée de Jaff Raji, ou j’essaye d’arrondir les gens, avec des chutes basses (au sol) pour ne pas abimer le corps et aussi et surtout en travaillant le souffle. Le reste, c’est bien si tu as des capacités gymniques. Par contre j’ai beaucoup d’admiration pour le travail éducatif des chutes de Donovan Waite, qui a une approche extraordinaire des chutes (feuille morte par ex. ) . Et je pense qu’il faut éviter les chutes envolées, par exemple sur shiho nage, il faut se préserver. A la limite sur Kote Gaeshi, le sol est moins haut…. Ceci dit, les chutes, pour moi, c’est 50% du travail en Aïkido. En soufflant, en se relâchant. Les gens travaillent trop souvent en apnée.

AGT. Sinon, tu as un prof qui t’inspire particulièrement ?

MG. Joël Roche pour les armes. Il a un éducatif qui s’adresse du 5e Kyu au 5e dan, enfin, c’est comme ça que je le vois. Il faut aller le voir dans ses stages. Et puis, bien sûr, mon sensei Jean Paul Auffray, à Rennes, qui a  une approche inspirée par Seigo Yamaguchi et par Franck Noël.

AGT: Merci Marc de t’être prêté à ce jeu de l’interview, ce qui est aussi une première pour moi, aussi je me suis jeté à l’eau avec toi, on verra ce qu’on en tirera. Mais je crois que cela promet d’être intéressant, tu seras j’espère le premier d’une longue série ;)

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la page du club de Marc à Guichen :  http://aikidoclubdeguichen.jimdo.com/

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