Avec Shailen à l’île Maurice: « L’aïkido au paradis »

20433_269040286652_7705596_n       

Août 2014 : 12 heures de vol… Pour autant, seulement deux petites heures de décalage horaire. Apres un vol « mouvementé », mon arrivée dans l’ile paradisiaque ne m’inspire qu’une seule envie : rouler fissa vers mon hôtel et aller dormir ! L’aéroport Sir Seewoosagur Ramgoolam, est au sud de Maurice. Mon hôtel est lui,  à Grand baie, tout au nord. Mais cela me prendra à peine une heure de trajet. Il est sept heures du matin, et bienvenu dans l’Hémisphère sud, car ici en août, c’est l’hiver ! Hiver relatif, car il fait 23 degrés, mais le ciel est sombre, et pour la plage, cela s’annonce plutôt mal. Peu importe, je ne suis pas là pour ça. Demain, je serais à l’université de Port Louis pour une journée de travail, et ensuite, direction les tatamis !

Ile-Maurice

avion-charles-de-gaulle-aeroport-de-la-r561073681_442591861652_5930429_nGrace à mon amie Verotto bu iku kan, de l’aikido club de la Ciotat, j’avais découvert quelques photos de Shailen et de fait, la possibilité  de pouvoir pratiquer au milieu de l’océan indien. Magie de Facebook, il fut très facile d’entrer en contact avec Shailen et  de prendre rendez-vous pour un cours ce mercredi soir. J’ai donc rendez-vous chez Shailen au centre de l’ile, à Vacoas, au sud de Port Louis, la capitale, pour deux cours d’aikido. Shailen m’accueille chez lui, chaleureusement, et en toute simplicité. C’est pour moi l’occasion de sortir de l’hôtel si convenu pour entrevoir un intérieur mauricien authentique, et nous voilà, en deux pas,  dans son dojo. L’endroit est petit certes, mais vraiment magnifique, un  dojo qu’il a fait de ses mains, et qui possède une âme véritable.

Le premier cours est ce que Shailen appelle « Aikiforme », adapté pour les tout débutants. Une initiation douce et sans difficultés pour amener les novices à franchir le pas. Ceci dit, c’est bien de l’aikido, et le niveau de certains, en survêtements, ne me laisse aucuns doutes sur la qualité de cet enseignement.

maurice4Le cours qui suit est maintenant d’un autre niveau. Quelques débutants, mais aussi quelques autres confirmés, dont son fiston, 1er kyu, démontrent ce que j’entrevoyais de ce jeune sensei. On transpire beaucoup et l’opportunité de pratiquer avec shailen, est l’occasion pour lui, de me montrer quelques kaeshi waza qui me laisseront enchanté. Un aikido tout en souplesse,  relâchement et martialité.

Ensuite comme il se doit, direction un pti resto pour quelques  spare ribs arrosés de deux ou trois bières pour célébrer notre amitié. L’occasion pour moi de discuter avec des mauriciens et d’entrevoir ce qui se cache derrière cette façade paradisiaque, dans le quotidien de ces habitants, évidemment moins rose que sur les cartes postales. Un moment délicieux où nous avons beaucoup rit, simplement, entre amis. La magie de cet aikido qui rapproche les gens, et ouvre des portes inattendues et qui me permet de comprendre un peu mieux les habitants des pays que je traverse, au-delà des sourires entendus des hôteliers et des serveurs des restaurants, si sympathiques puissent-ils être.

Mon séjour aura été court, trop court et je n’aurais pas gouté au kite surf, fait de plongée sous-marine ou naviguer en catamaran, mais ces rencontres m’auront laissé les souvenirs inoubliables d’une expérience peu commune, avec l’espoir  d’y revenir un jour.

10384523_583654465078472_459260319491764288_n

L’interview skype- 20 septembre 2104 :

PAGT : Shailen, comment se passe cette rentrée à Maurice ?

Shailen : Très bien, je démarre les cours enfants ce soir. Il faut voir que pour les expatriés qui vivent chez nous, c’est la rentrée tout comme en France. Mais pour nous, mauriciens, la saison commence en janvier ! Nous sommes dans l’hémisphère sud. Et la rentrée se passe donc vers le 15 janvier pour les écoles, comme pour les dojos. Nos grandes vacances sont de novembre à décembre, sauf pour les expatriés qui vont à l’école française.  Mais normalement, l’agenda scolaire à Maurice est calqué sur le modèle anglais.

PAGT : Mais comment en vient-on à pratiquer l’Aïkido sur ton ile ?

IMG_4412Shailen : En fait j’ai découvert l’aïkido à 20 ans. Dans les années 86, adolescent, je m’étais aventuré dans des dojos pour m’essayer au judo, au karaté, au taekwondo. Mais je cherchais autre chose, quelque chose de moins commun. En 92, j’ai découvert l’aikido grâce à un enseignant mauricien qui avait passé beaucoup de temps en France, et qui commençait alors à enseigner ici. Il pratiquait un style proche de l’Aïkibudo. Il avait été l’élève d’Alain Floquet et d’Henri Plée, deux illustres maîtres. Puis, j’ai commencé à voyager un peu à la Réunion, et j’ai pu me perfectionner dans un aïkido qui me convenait plus. Sur l’ile de la Réunion, j’ai pu entrevoir une autre approche, autour des principes essentiels, le centrage, la gestion du déséquilibre, un Aïkido plus souple, et surtout avec une grande  découverte : le relâchement ! Donc un aïki un peu moins… brutal.  J’avais entendu parler de ces formes de pratiques, et j’espérais tendre vers cela. C’était le but de mes déplacements à la Réunion.

PAGT : Tu avais travaillé les armes aussi avant ?

Shailen : Oui, un peu de iaïdo, du kenjutsu Katori Shinto ryu, un peu de bâton, de naginata…

PAGT : Tu suis encore ce professeur ?

Shailen : Non, aujourd’hui il n’enseigne plus l’aïkido, mais le … tai-chi-chuan !! (Rires). Alors j’ai repris le flambeau. Il ne reste quasiment que moi ici pour enseignait cette voie. Les autres pratiquants sont partis au canada, en afrique, etc. Mais je continue ici à former de nouveaux élèves et à faire vivre l’aïkido à mon modeste niveau. Moi je suis principalement la voie de Christian Tissier Shihan, Maitre Yamaguchi, Endo senseï ou Tamura senseï. Disons, le modèle français. Mais Il y a une autre école ici, qui eux suivent plus John Ratnam, un enseignant de Dubaï, qui est aussi mon senseï, pour les passages de grades notamment.

PAGT : Où enseignes-tu alors ?

PAGT : J’ai un dojo à ma résidence, à Vacoas,  là où tu as pratiqué avec nous, c’est mon dojo principal. Mais j’enseigne aussi dans un dojo à Grand baie au nord, ou à Tamarin, dans l’ouest.

PAGT : On trouve des dojos facilement à Maurice ?

Shailen : Le gouvernement met certaines salles à dispositions des clubs, mais ces salles ne sont pas forcément bien gérées, pas toujours très propres, avec des soucis de planning avec les autres disciplines. C’est pour cela que j’ai créé ma salle, chez moi, dans l’esprit d’un vrai dojo, uniquement dédié à cela, pour que l’on  se sente bien, et où on puisse  pratiquer sereinement, de manière plus traditionnelle. Un dojo, ce n’est pas une salle de sport. Je préfère une pièce où l’on peut travailler avec une certaine spiritualité. On fait juste exception pour les stages, car mon dojo est trop petit pour accueillir un groupe de 20 personnes ou plus.

10704895_896437697036441_788769141_nPAGT : Pour te perfectionner, tu vas à la Réunion alors…

Shailen : Oui, j’y ai connu Daddy (Hubert Fontaine, 6e dan et DTR FFAAA de la Réunion), et en particulier Stéphane Etheve (4e dan), qui m’a beaucoup aidé à progresser. Et puis j’ai aussi rencontré Arnaud Waltz (6e dan et DTR Nord-Pas de calais FFAAA) que j’ai beaucoup apprécié. Mais j’ai surtout favorisé quelques échanges avec la ligue de la Réunion, et  avec les réunionnais qui venait en vacances chez nous. On a ainsi pu avoir des séances de pratiques très intenses ici avec eux.

PAGT : On parle ici de professeurs francophones, tu en as rencontré d’autres ?

Shailen : Oui, j’en ai rencontré ici quelques-uns, par forcement connus mais qui souvent m’ont laissé des souvenirs exceptionnels. Un mauricien, qui a vécu 30 ans en Amérique du nord, qui a connu maitre Yamaguchi, qui m’a fait travailler chez moi et à qui je dois beaucoup. Et John Ratnam de l’AAA, Aikido Association of America,  originaire du Sri Lanka et qui enseigne à Dubaï où il vit. C’est lui qui m’a fait passer mes grades, dont mon shodan. Il me prépare au nidan en ce moment, mais il faut que je fasse des stages, qu’on se revoit.  Je pense que c’est pour bientôt, …d’après ce qu’il me dit.

PAGT : Comment organises-tu tes cours à Maurice?

Shailen : Le samedi, c’est toute la journée, chez moi, avec entre 4 et 5 cours. Plus deux cours le jeudi, et deux cours le mardi. Avec des cours sur deux niveaux, débutant et avancé. Il y a aussi  les cours ados et enfants. Je commence à avoir des élèves qui ont une dizaine d’année de pratique, les ayant eu élèves enfants, vers 6 ans. On a une quinzaine d’adultes réguliers  et une vingtaine d’enfant. Je compte en présenter bientôt un ou deux au shodan avec mon professeur de Dubaï, qui vient tous les ans, ou pourquoi pas, lors d’un stage. Mais nous, ici,  nous sommes  très peu nombreux, et organiser un stage devient vite compliqué. Nous avons peu de moyens, on ne peut compter que sur les bonnes volontés. Faire venir un 6e dan de France où d’ailleurs, lui payer un vol, pour 12 élèves, c’est impossible. Et organiser un voyage pour nous à la réunion, cela reste couteux et trouver des élèves capables de cela est difficile.

PAGT : Internet a dû modifier la vie de ton dojo …

Shailen : Nous ici, nous sommes isolés. Alors tous les pratiquants du monde entier sont les bienvenus. Avant c’était compliqué, il n’y avait que le bouche à oreille, et le téléphone, et encore, aux prix des communications… Mon ancien prof a dû beaucoup en souffrir. Pour trouver des infos, il ne pouvait que voyager et …on devait prier pour que quelqu’un nous trouve enfin (rires) !! Avec notre site web, on établit des liens faciles et les gens de passages n’ont plus aucun mal à nous contacter pour venir pratiquer ici. Forcément, cela a changé notre vie d’aïkidokas et notre évolution de pratiquants.

10681972_896437717036439_1599198981_nPAGT : Tu as des élèves féminines ?

Shailen : Oui mais assez peu. Souvent elles viennent voir le cours et ne reviennent pas. En fait, des quelle voit les chutes, elles ont peur de se retrouver dans une position disons …peu élégante. Mon professeur de Dubaï a  résolu cela en leur donnant rapidement le hakama dès le premier grade, pour satisfaire leur pudeur. C’est un compromis qui n’est pas gênant, si cela peut amener nos femmes mauriciennes à pratiquer. Mais  toutefois, en tant qu’enseignant, j’estime avoir besoin de voir les jambes de mes  élèves  débutants pour vérifier leur placement, voir si la jambe arrière est bien tendue etc… Alors je ne suis pas complètement pour cette solution. Ceci dit, avec mon concept aikiforme, elles sont de plus en plus nombreuses à venir essayer, et à franchir le cap. C’est trés positif. Je ne peux que les encourager à venir encore plus nombreuses!!!

PAGT : Tu commences à avoir des élèves qui montent en grade ?

Shailen : Oui, avec un nombre moyen d’adhérents de 30 à 40 personnes, j’ai un petit groupe d’élèves sur lequel je peux compter, garçons et filles, 2e et 1er kyu, dont mon fils. J’espère en présenter bientôt au Shodan. A propos de mon fils, ça sera bien sûr, une grande fierté en tant que père, et aussi en tant qu’enseignant. Je lui demande souvent son avis sur mes cours, et je le laisse aussi prendre la main de temps en temps sur les cours au dojo, même si je reste en soutient derrière, en tant …qu’élève de mon fils ! A la fin de l’année je compte organiser un voyage à la Réunion, avec quelques élèves, ce qui leur permettra de se confronter et de pratiquer avec d’autres aïkidokas expérimentés, et donc faciliter leur progression.

PAGT : ici, comment les nouveaux pratiquants  arrivent à ton dojo et avec quelle idée sur l’Aïkido ?

Shailen : Soit pas des références, des amis, des élèves ou bien par mon site internet. Apres, je suis beaucoup mon intuition, Quand un nouveau arrive, ou une nouvelle, je passe du temps  à travailler avec lui ou elle, pour essayer de lui faire ressentir un peu le travail que nous faisons, par le contact, pour l’amener à vouloir explorer des sensations qui lui mettent l’eau à la bouche. Du coup, ces nouveaux venus ont une sensation d’inachevé et il leur faut alors revenir pour poursuivre ce travail de recherche avec nous. Je leur fait aussi une démo un peu dynamique avec mes anciens, pour qu’ils entrevoient ce à quoi cela peut mener, au-delà des  premiers cours pour débutants. Mais j’essaye, autant que possible, d’adapter mon enseignement à chacun, selon ce que chacun recherche. Les enfants, ont certaines attentes, les ados en ont d’autre, pour les adultes, certains viennent pour l’aspect sportif, gymnique, d’autre pour se détendre, ou extérioriser du stress, selon leur âge, leur personnalité. Mais au début, je leur fait prendre conscience que ce qu’il voient une première fois, n’est qu’une toute petite partie de l’iceberg, et que le reste devra se mériter par du travail.

10668390_896437520369792_1600139267_nPAGT : Tu fais aussi en ce sens une prépa aikido pour faire venir les gens qui n’osent pas trop franchir le cap ?

Shailen : Oui, c’est un concept, que j’appelle Aiki-forme. Les néophytes ont peur de chuter, on peur d’acheter un keiko gi, et sont trop impressionné pour commencer un cours d’aiki à proprement parler, avec des pratiquants expérimentés. Les Hakamas leur font peur (rires)! Dans ce cours, on vient en survêtement, jogging ou teeshirt. Je suis plus léger sur le reishiki, et je ne pousse pas les gens à faire plus que ce qu’ils veulent faire. Surtout s’ils ont des problèmes de genou ou d’épaules. Mais cela reste de l’aikido, on chute,  on travaille les bases, en souplesse. Ils ont l’impression de faire de la gym douce, mais en fait doucement, ils sont capables d’intégrer le cours d’aikido avec moins d’appréhension, et cela marche plutôt bien ici.

PAGT : A propos de Maurice, c’est quoi la vie réelle, loin des cartes postales ?

Shailen : A Maurice, pour le moment, ce n’est pas trop difficile de trouver du travail, mais il y a beaucoup de gens qui sont très pauvres. Ici, on n’a pas d’allocations, ou de salaire minimum, c’est la débrouille, avec un niveau de salaire très bas. Pour beaucoup, l’argent qu’ils gagnent ne leur permet que de se nourrir et se loger mais vraiment pas plus. Cela peut donc être très difficile comparé aux standard européens. Les jeunes diplômés rêvent alors de partir au Canada, en France, en Angleterre ou en Australie, pour obtenir un salaire décent. On a aussi beaucoup d’expatriés qui viennent chez nous travailler, à l’inverse (rires). Mais souvent quand la retraite arrive, les gens reviennent sur notre ile…

10494359_583037605140158_8740837359854595920_oPAGT : Finalement, que t’apportes l’aïkido à Maurice ?

Shailen : Au-delà de la pratique au dojo, je suis très intéressé par l’aspect philosophique et social, Comment comprendre une relation, gérer des tensions au travail ou dans son entourage, ce sont des questions qui m’intéressent, et où l’aikido m’ouvre des pistes de recherches, sur la communication, le lâcher prise, etc. Pour moi les techniques ne sont pas l’essentiels, je m’intéresse plus au fond, au contenu de ces éléments. Si l’aikido n’était qu’un ensemble de  clefs de bras, des projections, j’aurais arrêté depuis longtemps. Non, il y a quelque chose derrière la pratique, lié à l’homme, qui m’interpelle. Au point que j’attribue la plupart des bonnes choses qui m’arrivent autour de moi à l’aïkido. Quand on me demande, par exemple,  comment ai-je  réussi à obtenir ceci, ou à faire cela, je crois souvent que l’aikido y est pour beaucoup ! Je suis persuadé que la plus grande partie des bonnes choses que j’ai dans  ma vie, d’une manière ou d’une autre, je le dois à cette pratique de l’Aïkido.

PAGT : Merci Shailen

 

IMG_4387Si vous avez la chance d’aller à l’ile Maurice, vous serez comblé au-delà de toute espérance, je vous l’assure. Si vous pratiquez, n’hésitez pas à contacter Shailen, il vous accueillera avec  générosité. Et si vous ne pratiquez pas de budo, n’hésitez pas non plus à venir découvrir l’aikido chez lui, pour une initiation mauricienne inédite, ce qui sera aussi l’occasion de rencontrer et de partager un moment merveilleux avec des mauriciens et des mauriciennes. Merci encore à toi Shailen  pour ce que tu es et ce que tu donnes. A bientôt j’espère. Patrice

La page facebook de shailen : https://www.facebook.com/Esprit.aiki?fref=ts

Son blog : http://aikidoclubducentre.blogspot.fr/

 

Karibagwerihonane |
Golafootballblog |
Mhbc |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | How you can improve your we...
| Methods to raise your web s...
| private Krankenversicherung...