Entretien avec Bernard Palmier Shihan : «L’aikido, l’histoire d’une vie »

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Bernard Palmier, c’est  plus de 50 ans d’aïkido. Il débute avec  Guy LorenziMaître Noro, puis Christian Tissier.  Quand il part au Japon, il a vingt six ans et il est deuxième dan. Il étudie pendant cinq ans avec tous les experts de l’Aïkikaï de Tokyo, mais plus particulièrement avec le Doshu Kisshomaru Ueshiba  et Maître Seigo Yamaguchi dont il sera le disciple pendant vingt ans. En 1982, il revient en France, il est 3ème dan. Tout en exerçant son métier de consultant, il ouvre son Dojo et la FFAAA lui confie la direction technique de la Ligue Ile de France. Depuis 30 ans, il contribue largement au développement de la formation continue des enseignants en organisant et en dirigeant des écoles de cadres, notamment celle de la ligue Île de France, en co-animant avec Franck Noël (7ème dan) puis avec Arnaud Waltz et Luc Mathevet (6ème dan) les stages nationaux de formation enseignants et futurs enseignants.

Le 1er septembre 2007 la Commission Nationale des grades lui décerne le 7ème Dan. En 2008, Bernard Palmier est nommé Président du Collège Technique National.  En 2014, à la demande de Christian Tissier, le DOSHU, Moriteru Ueshiba, lui décerne le 7ème dan Aïkikaï et le titre de SHIHAN, la plus haute distinction d’enseignement décernée par l’Aïkikaï de Tokyo faisant référence au niveau international…

Avant-propos :10446371_10154312736845160_176034574_n

Cet entretien  s’est déroulé le 30 mai 2014 lors du traditionnel stage de l ‘Ascension à Beaugency. Bernard m’a fait l’honneur de m’accorder de son temps pour nous livrer un peu de son histoire, en  nous racontant les gens qui ont marqué son parcours d’aïkidoka, ses maitres, ses amis, ses élèves. Une entrevue riche de sa vision, celle d’un expert international, mais avec beaucoup d’émotion, de sincérité et d’humanité. C’est peu dire que j’ai pris du plaisir à le rédiger, tant Bernard a de choses passionnantes à nous dire. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire.  Je remercie Bernard encore mille fois pour sa précieuse collaboration et pour les documents extraordinaires qu’il m’a offerts si volontiers. Patrice


Beaugency, le  30 mai 2014

Patrice AGT : - Bernard, aujourd’hui, peut-on dire que tu  es un « professionnel » de l’aïkido?

Bernard Palmier : Oui, et d’ailleurs je considère que je l’ai toujours été. Il faut accepter l’idée que l’on puisse exercer plusieurs métiers simultanément. Ce qui a été mon cas. Après mon retour du japon, j’ai quitté l’enseignement, pour accepter un poste de consultant en entreprise. Et jusqu’en 2012, date à laquelle j’ai pris ma retraite pour cette partie de mon activité, j’ai mené de front le métier de consultant  et celui de professeur d’aïkido. Ce n’était pas de tout repos : activité de conseil du lundi au vendredi, tous les soirs de la semaine aïkido – pratique et enseignement – et tous les weekends de l’année stages – à suivre en tant que pratiquant ou à animer en tant qu’enseignant… et depuis 1983-84  j’en fais autant, voire largement plus que pas mal d’enseignants qui ne font que ça.

En fait, je n’ai jamais voulu faire que de l’aïkido…j’avais un métier qui m’intéressait et j’avais aussi quelques scrupules à avoir des élèves qui soient des clients…Mais tout cela m’a couté, surtout sur le plan familial où je n’étais pas très présent…et ça n’a pas toujours été facile…Je l’ai payé…

PAGT : Il semble en effet que l’aïkido prenne rapidement une partie importante de la vie des gens, pratiquants et enseignants. Pas seulement les weekends  et deux soirs par semaine, comme on irait jouer au foot, comme un loisir. Mais tout le temps ?

Bernard : Ce sont d’abord des choix personnels, chacun s’implique plus ou moins. Mais effectivement l’aïkido n’est pas un jeu ou un simple loisir, c’est une discipline dans laquelle on peut s’engager complètement, ça peut prendre des proportions importantes, et orienter une vie, déterminer l’histoire d’une vie…

PAGT : Alors l’aïkido serait un système d’éducation, au-delà d’un simple sport?

Bernard : Oui, bien sûr, la pratique s’inscrit dans un système d’éducation…La  relation Uke / Tori est fondée sur la transmission, tout en aïkido est une affaire de transmission…Pour l’aspect sportif, on peut en discuter… Ce n’est pas un sport de compétition, ça on le sait. La compétition irait à l’encontre même des valeurs de l’aïkido. Au travers de sa pratique martiale, l’Aïkido a pour objectif d’améliorer les relations entre les personnes. Dans cette perspective c’est la valorisation mutuelle qui doit être développée  et non l’affirmation de soi au détriment de l’autre…C’est la raison pour laquelle la compétition qui glorifie le vainqueur, ne concerne pas notre discipline. Pour autant l’aïkido est aussi une activité physique, où l’on peut « bouger», où l’on transpire, et que l’on peut pratiquer de manière très intense. Une différence essentielle avec le sport c’est qu’on ne raccroche pas le keikogi à 35 ans. On continue ! On développe d’autres compétences…et on transmet son expérience…

En vieillissant, on ne peut plus pratiquer comme avant, il y a des capacités qui s’émoussent inévitablement, surtout en tant qu’Uke ; mais en même temps, on développe d’autres capacités que l’on découvre avec l’âge et que l’on ne soupçonnait pas quand on était plus jeune, en pleine possession de ses moyens physiques. Et cela, c’est très différent d’un sport. On n’est pas dans la performance ou la compétition. Par exemple, la rapidité, être plus rapide que l’autre est une capacité relative, il y aura toujours quelqu’un plus rapide que soi…Ce que l’on essaye de développer – et surtout en vieillissant – c’est plutôt le fait d’être avec l’autre, on n’a pas à être le plus rapide simplement à être avec Uke pour contrôler ses attaques. « Être avec », être à l’écoute de l’autre, ça on peut le pratiquer toute sa vie. On y arrive plus ou moins, évidement, mais ce qui est certain, c’est qu’on pourra l’expérimenter très longtemps. Alors que travailler la rapidité ou la puissance, ça peut être un passage dans sa pratique…, mais il y a forcément un moment où ce n’est plus possible…

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PAGT : Aujourd’hui, l’aïkido pour toi, c’est plus de …50 ans de pratique ?

Bernard : J’ai commencé l’Aïkido à 12 ans, j’ai 64 ans, cela fait effectivement 52 ans de pratique…avec des périodes plus intenses que d’autres…

PAGT : Ton premier professeur était Guy Lorenzi  je crois ?

003Bernard : C’est exact. J’ai commencé l’aïkido en 1962 avec Guy Lorenzi, qui  était en fait …un voisin de palier ! Comme mon père, Guy travaillait à la Banque de France et nous habitions l’immeuble réservé aux agents de la Banque de France, 44 rue Bayen, Paris 17eme .  Guy Lorenzi avait deux enfants de mon âge, Bernard et Jocelyne, avec qui j’étais copain, et j’étais souvent chez eux. Guy pratiquait le Judo et c’est  en tant que judoka qu’il a commencé à s’intéresser à l’Aïkido – art martial que l’on découvrait en France.

Il a d’abord pratiqué avec Maître Tadashi Abe, élève direct d’O Sensei, un des premiers japonais à avoir séjourné en France, puis avec Maître André Nocquet qui rentrait du Japon…En 1962, Guy devait avoir une trentaine d’années et il a fait partie des pionniers  de l’aïkido, l’un des tous  premiers enseignants en France ! Sa forme de travail était celle de Tadashi Abe, un Aïkido plutôt dur, centré sur l’efficacité…

 

PAGT : Mais toi tu n’as pas commencé avec le judo?

Bernard : Non, pas du tout, j’ai commencé directement par l’Aïkido…Après j’ai fait du karaté et du judo puisque à l’époque pour passer le Brevet d’Etat il fallait avoir des rudiments dans d’autres disciplines…

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PAGT : Et après Guy Lorenzi, Il y a eu Maître Nocquet et Maître Noro ?

Bernard : Maitre Nocquet était rentré du japon en 1958, je crois. On ne pouvait pas ne pas le connaître à cette époque et j’allais à ses stages. Mais ce qui, pour moi, a  été réellement déterminant, ce fut la rencontre avec un des premiers élèves de Noro Sensei, Marcel Virginet que j’ai suivi un moment et qui m’a donné envie d’aller chez Maître Noro…J’ai fréquenté assidument l’Institut Noro pendant 4 ou 5 ans… Maitre Noro était arrivé en France en 1962, j’ai dû le rencontrer en 70-71. Et puis il y avait aussi, bien sûr,  Tamura sensei, arrivé lui en 1964…

Je participais à ses stages d’été, Annecy, Saint Maximin… où je côtoyais les 7ème dan de maintenant, Paul Müller, Alain Guerrier, Claude Pellerin, Michel Bécart, Toshiro Suga, Tiki Shiwan et bien d’autres de ses élèves…Mais durant cette période je suis resté fidèle à Guy Lorenzi en faisant en sorte d’aller le plus régulièrement possible à ses cours…J’avais déjà à cette époque une pratique soutenue de 2 à 4 heures par jour…               

004 (2)PAGT : Comment Maître Noro était-il à cette époque, avant le Kinomichi. Son aïkido était très « martial » parait-il ?

Bernard : Sa pratique était  très efficace, très martiale. Mais j’ai connu Maître Noro après son accident de 1966, où il a failli perdre la vie. D’après ce que l’on disait sa voiture était passée sous un camion et avait été littéralement décapitée…Je me souviens quand il en parlait, il disait que l’aïkido lui avait sauvé la vie, il parlait beaucoup de Ki et de Kokyu…Certains prétendent que son aïkido a commencé à évoluer pour aller vers le Kinomichi après cet accident. Et donc quand moi je l’ai connu, son aïkido devait déjà être moins dur que quand il est arrivé en France… 

Au-delà de cet aspect martial, j’appréciais beaucoup l’amplitude et l’esthétique de sa pratique que j’ai retrouvées avec Christian Tissier ou Maître Yamaguchi. Cette amplitude dans l’exécution des techniques était liée à une capacité étonnante de jouer sur la distance pour absorber les attaques ou pour les contrôler à la naissance…C’est cette mobilité qui m’a vraiment intéressée. Il avait un aïkido très  spectaculaire…efficace, crédible et d’un esthétisme inouï. Maître Noro était aussi un personnage attachant et envoutant. Quand il arrivait dans le dojo, avec son hakama blanc, son immense sourire, son regard perçant…on était subjugué. Sa personnalité m’a beaucoup marqué. C’est plus tard, en pratiquant avec Christian Tissier et à l’Aïkikaï, que j’ai vraiment réalisé la richesse de son enseignement et ce qu’il m’avait apporté…

PAGT : A cette époque, tu as dû connaitre Daniel Toutain Sensei ?

Aikido Iwama Ryu - Auray Summer Camp - 08/2009Bernard : Ma génération à l’Institut Noro, c’est en effet celle de Daniel Toutain. On doit avoir le même âge. Il y avait aussi Daniel Martin, Pascal Bernard… Nous pratiquions souvent ensemble, je garde un souvenir ému de ces années et à l’égard de Daniel une vraie sympathie… Il nous arrivait de garder la clef de l’institut Noro, et quand tout le monde était parti, on travaillait encore tous les deux. On faisait des séries de chutes à n’en plus finir… C’était un truc de dingue. J’ai vraiment de très  bons souvenirs avec Daniel. Nos instructeurs, nos sempaï, c’était Michel Village, Aymar Delestrange… On était la génération qui suivait celle de Michel Bécart, Max Méchard, Michel Drapeau, Gérard Blaize…

En 2010, Daniel et moi nous nous sommes retrouvés pour faire une démonstration à la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels organisée par Léo Tamaki en souvenir de Tamura Sensei. C’est toujours un plaisir de se revoir… On envisage même d’organiser un stage ensemble !

PAGT : Oh là, ça c’est un scoop ! Mais ensuite comment as-tu décidé de partir au Japon ?

014Bernard : Christian Tissier et Franck Noël ont passé 7 ou 8 ans au Japon…C’est leur exemple qui m’a donné envie de partir à mon tour. En 1976 Christian est revenu en France avec Maitre Yamaguchi. Cette rencontre m’a bouleversé… Mais …je n’ai rien compris (rires). Maître Yamaguchi n’avait que 53 ans.  C’est jeune ! Moi qui l’imaginais comme un vieux maitre…La relation qu’il y avait entre Christian et Maitre Yamaguchi était incroyable. La relation Uke / Tori la plus juste que j’ai pu voir, c’est Yamaguchi Sensei et Christian Tissier. Christian a ensuite formé des élèves qui sont ou ont été des Uke remarquables, on le sait bien. Mais ce que j’ai pu voir de plus beau, de plus convaincant en aïkido, ce sont les démonstrations de Maître Yamaguchi avec Christian comme Uke… Cela donnait envie de pratiquer…C’est ce qui m’a définitivement convaincu de partir au Japon et de suivre Maître Yamaguchi…

PAGT : Un Sensei 5e dan, m’a avoué il y a peu, que, quand il a rencontré Maitre Yamaguchi, il avait été complètement perdu, comme si celui-ci venait d’une autre planète.

Bernard : Oui, enfin…c’était plus ou moins difficile pour tout le monde parce que nous restions collés à ses gestes techniques en essayant vainement de faire comme lui sans comprendre vraiment le sens de son travail…C’est souvent ce qu’il nous reprochait…de vouloir l’imiter sans comprendre…En même temps, comment arriver à  faire ce qu’il proposait ? Yamaguchi Sensei se mettait en colère quand il voyait que nous étions dans une forme sans fond, dans la copie, un contenant sans contenu.  Ce n’était pas facile…

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Mais je me rends compte maintenant à quel point il a inspiré – et il inspire encore – ma propre recherche technique et pédagogique…Je parle souvent de diversité et d’unicité en Aïkido; pratiquer et enseigner l’aïkido c’est finalement expérimenter et donner à vivre ces principes (unicité) à travers les techniques (diversité)…la technique qui n’est qu’un moyen… Je partage cette façon de voir avec bon nombre de techniciens même si je l’exprime à ma façon. Cette notion de transversalité, de « Ri aï » – la logique en japonais – est, pour moi, un héritage de l’enseignement de Maître Yamaguchi, diversité et ouverture au niveau technique, unicité et discernement au niveau des principes. Ce qui est frappant c’est de constater la diversité des pratiques des Sensei formés par Maître Yamaguchi. Il a permis à chacun de développer sa singularité. Il n’a pas fait des clones.

Nous nous sommes appuyés sur cette notion de transversalité pour développer avec la FFAB ce qui nous permet actuellement de faire les passages de grades en commun…A partir de l’unicité des principes, nous pouvons évaluer une prestation, même si ce qui est présenté par le candidat n’est pas notre pratique habituelle. Il ne s’agit pas d’apprécier la technique pour la technique mais l’application des principes dans l’exécution des techniques, avec le niveau d’exigence du grade présenté… Ça a marché et ça marche encore pas si mal que ça, malgré ce que l’on peut dire…

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PAGT : Il n’existe pas de livres de Seigo Yamaguchi et très peu de vidéo…

Bernard : Je crois que Maitre Yamaguchi avait quelques réticences à fixer sa pratique sur un support – photos ou films – et de ce fait présenter une forme figée qui pouvait paraître définitive…L’aïkido est une voie, un cheminement, rien n’est parfaitement abouti, tout reste en devenir…A mon départ du Japon, Yamaguchi Sensei m’a donné un album de photos, en me disant qu’il allait finalement écrire un bouquin où il mettrait ces photos, sur certaines je lui servais d’ Uke. Mais en fin de compte, il ne l’a jamais fait…

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PAGT : Toi-même, tu n’as jamais sorti de livre ?

Bernard : Non, et si je devais écrire un livre, ce ne serait pas un livre technique…

009 008PAGT : Y-a-t-il d’autres Sensei qui t’impressionnent, après maitre Yamaguchi ?

Bernard : A l’Aïkikaï, j’allais à tous les cours et j’ai travaillé avec tous les Sensei…Mais je suivais plus particulièrement le Doshu Kisshomaru Ueshiba et Yamaguchi Sensei…Bien sûr d’autres Sensei m’ont impressionné, à commencer par Christian Tissier et Franck Noël…

Christian je lui dois beaucoup, grâce à lui je suis arrivé au Japon avec un niveau et un grade de 2ème dan Aïkikaï et ensuite il m’a toujours suivi et accompagné dans ma progression – même s’il y a eu des périodes où nous nous sommes moins vus. Franck m’a apporté énormément mais plutôt après le Japon, je me suis enrichi à son contact en co-animant pendant une vingtaine d’années les stages nationaux de formation des enseignants. Endo Sensei et Yasuno Sensei, très proches de Maître Yamaguchi, mais également Saotome Sensei m’ont aussi fortement inspiré…

 PAGT : Quand tu as mis les pieds la première fois au Japon, cela a dû être un vrai choc culturel?

Bernard : Oui bien sûr. Mais j’étais déjà imprégné de culture japonaise. D’abord, j’avais suivi l’enseignement de maîtres japonais, Noro et Tamura, et puis dans le cadre de mes études de Lettres, je m’intéressais beaucoup à la littérature et au théâtre japonais…Et en fait le Japon me passionnait. J’étais donc curieux et ouvert à cette culture si différente de la nôtre…

PAGT : Très vite, tu as du avoir envie d’aller pratiquer ?

005Bernard : Je suis arrivé un vendredi matin, et le soir même, j’étais sur les tatamis ! Ensuite j’ai fait en sorte d’organiser ma vie autour des horaires de l’Aïkikaï. J’avais deux postes de professeur de français, un poste dans une université à Yokohama et un autre poste dans une des plus grandes écoles d’enseignement du français de Tokyo « l’Athénée français » …Je me suis arrangé pour travailler tous les jours de 10h à 13h. Ce qui me permettait de faire tous les cours du Hombu Dojo, de 6h30 à 9h le matin et de 15h à 20h l’après-midi. En plus des cours à l’Aïkikaï je participais au cours de Maître Yamaguchi dans son dojo privé à Shibuya (quartier de Tokyo) le mercredi soir et le dimanche soir et à l’université de Meiji où il enseignait aussi. Tous les matins à 5h, je partais courir avec mon ami Lilou Nadenicek, grand Budoka, actuellement 6ème dan et membre du Collège Technique National ; après une ½ heure de footing, nous nous retrouvions sur  un parking derrière l’Aïkikaï pour faire du Kick-boxing…et à 6h30 le cours du Doshu commençait…

 PAGT : Puis ce fut le retour en France. Tu  étais content de rentrer ?

Bernard : Un sacré dilemme, cette décision de rentrer en France… J’étais bien à Tokyo, je gagnais ma vie correctement comme prof de français. Le japon me passionnait, au-delà même de l’aïkido… Je n’étais pas rentré en France une seule fois depuis mon arrivée à Tokyo… Mais si je restais plus longtemps, je savais que ce serait de plus en plus difficile de quitter le Japon…et donc j’ai fini par prendre la décision de rentrer… Je me suis donné quelques bonnes raisons…J’étais bien au Japon mais ce qui m’a gêné à un moment c’est le sentiment d’être « déculturé »…J’étais là depuis assez longtemps pour être coupé de la France, mais pas assez longtemps pour me sentir vraiment intégré, surtout au Japon. Autres raisons ou prétextes pour rentrer, mon père n’était pas dans une très grande forme, François Mitterrand venait d’être élu président de la république, la fédération et Christian Tissier m’incitaient à rentrer…l’aïkido français avait besoin de cadres…Je suis donc rentré, c’était en 1982 mais la décision n’a pas été facile à prendre…

013PAGT : Tu as ouvert un dojo à ce moment-là ?

Bernard : En rentrant du Japon, Christian Tissier m’a confié un cours le mardi soir à Vincennes  et j’ai eu un dojo assez rapidement à Paris avenue Parmentier…Puis très vite on m’a proposé d’être DTR en Poitou-Charentes d’abord, et ensuite en Île de France…J’avais 33 ans.

PAGT : tu as reçu ton 7e dan Aïkikaï et ton titre de Shihan des mains du Doshu, le fils de celui qui fut ton professeur à l’Aïkikaï. Cela doit être une émotion particulière ?

Bernard : J’ai connu Moriteru, quand il était Waka-Sensei et nous avons souvent pratiqué ensemble au cours de son père…J’ai gardé de bonnes relations avec lui. Alors oui, forcément, l’émotion était forte…d’autant plus forte que Christian Tissier était là…Et sa présence me ramenait 16 ans en arrière…épisode que j’ai déjà raconté à d’autres occasions mais que j’aime rappeler…

En 1998, Christian et moi étions au japon, lui, pour recevoir son 7e dan, et moi mon 6e dan. Normalement le 6e dan, est remis par le Dojo-cho, le directeur technique de l’Aïkikaï qui était à l’époque Waka-Sensei, Moriteru Ueshiba. A partir du 7e dan, les grades sont remis par le Doshu. Christian a reçu  son grade des mains du Doshu. Mais comme j’étais avec Christian et à sa demande, le Doshu a accepté de me remettre exceptionnellement mon 6e dan…Doshu Kisshomaru Ueshiba qui devait décéder quelques mois plus tard…

Alors, c’est sûr que, 16 ans après, recevoir mon 7e dan  des mains du Doshu Moriteru Ueshiba en présence de Christian Tissier revêtait une signification toute particulière fortement chargée en émotion…C’est aussi avec beaucoup de plaisir que j’ai reçu ces distinctions en même temps que Patrick Benezi…

 

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 PAGT : Tu retournes au japon de temps en temps, comme « simple »pratiquant ?

Bernard : Pas assez souvent à mon goût…Depuis mon retour du Japon, en moyenne, tous les deux ou trois ans environs. Mais je n’y étais pas retourné depuis 2007… j’ai eu quelques problèmes de santé…en 2010, tout allait mieux, mais il y a eu Fukushima… et j’ai attendu donc 2014 pour y revenir… enfin, malheureusement très peu de temps. Nous sommes arrivés le lundi pour repartir le vendredi. Avant la remise des grades, nous nous sommes retrouvés Christian, Patrick Benezi et moi dans le dojo à 6h30 pour le cours du Doshu…Un moment très sympathique plein de souvenirs… Quel plaisir de se retrouver pratiquant à l’Aïkikaï…et puis le cours du matin…c’est particulier on garde le même partenaire…il faut bien choisir ou bien tomber…T’imagines ce matin là celui qui s’est retrouvé à travailler une heure entière avec Christian Tissier …comme « simple » partenaire !!!

 

017PAGT : D’ailleurs, ça ne te manque pas de pouvoir pratiquer comme élève ? Comment peut-on encore progresser à ton niveau ?

Bernard : Mais je travaille toujours, je pratique avec mes élèves, je chute, j’essaye d’aller au cours de Christian le mardi midi et de participer le plus possible aux stages nationaux et internationaux animés Christian ou Franck, Yasuno ou Endo sensei. Evidement les choses changent avec l’âge, en tant qu’Uke, on est moins pointu qu’avant, mais j‘essaye de rester le plus possible pratiquant. Et heureusement  que l’on continue à progresser, sinon on arrêterait. Ce qui nous fait grandir, ce sont aussi nos élèves, c’est l’enseignement qui nous fait avancer. Comment peut-on enseigner sans se remettre en cause ? L’enseignement fait progresser énormément et comme je l’ai déjà dit l’aïkido est une affaire de transmission…

Être 7e dan, Shihan, ce n’est pas pour moi une consécration, un aboutissement  sinon je pourrais ranger mon Keikogi… Non, ça me donne envie de travailler encore plus, pour être digne de ce titre. Enseigner, transmettre  font partie de la pratique de l’aïkido…Alors je continue à pratiquer, à transmettre…et à progresser…

PAGT : Merci Bernard Sensei.

 

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