Aïkido à Oran, mes premiers pas en Algérie.

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   Novembre 2012. Je me rends pour la première fois en Algérie. Comme à mon habitude, j’ai essayé de prendre contact avec des clubs aïkido local, via internet. J’ai donc repéré un club d’aikido, style Iwama, pourquoi pas, où un élève de Daniel Toutain officie. Mon contact sur Oran se charge aimablement de téléphoner au sensei, Said Sebbagh, 5e dan, pour lui demander si celui-ci accepterait que je puisse bénéficier de ses cours, pendant mon séjour. Mon ami ne connaissant rien à l’aïkido, et croyant bien faire, prétend à l’enseignant que je suis… un « champion » français d’aïkido !!!  Celui-ci me rappellera plus tard pour me dire que le sensei accepte ma venue au dojo, mais que celui-ci avait l’air surpris de mon étrange statut. Me voilà donc dans de beaux draps. Ceci dit, je me doute que le professeur a du comprendre que mon intercesseur était un complet candide sur la question, et que tout cela est un malentendu, ce que l’avenir me démontrera fort heureusement.135239_298243010286287_1560488941_o

Aller en Algérie n’est pas d’une très grande simplicité. Il  vous faut un visa et donc quelques démarches, à la différence du Maroc. Mais rien d’insurmontable. Arrivé à bon port, je me rends alors à l’université d’Es-Senia pour y installer une nouvelle machine pour l’équipe de chercheurs enseignants. Juste histoire de vous dire, que je n’y vais pas pour les vacances non plus, au cas où certains s’imaginent que je me balade uniquement pour m’amuser. Le tourisme en Algérie est quasi inexistant, peu ou pas d’infrastructures pour cela, même si les choses évoluent peu à peu. On sort de nombreuses années de guerres civiles, et le pays ne bénéficie pas d’une image très valorisante. Et c’est bien dommage comme je vais pouvoir m’en rendre compte rapidement. Oran est une très belle ville, avec des alentours à explorer vraiment magnifique, comme santa Cruz, et quelques belles plages. Mais surtout j’y ai découverts des oranais hyper chaleureux, accueillants, souriants et vraiment désireux de me faire découvrir leur pays. Des gens souvent modestes mais  fiers, dont on sent qu’il ne faut pas chercher l’entourloupe, mais qui, si on est sincère, savent se montrer facilement ouverts et avec le cœur entier sur la main.

Les gens du labo ou je travaille deviennent facilement plus que des clients, de bons amis qui me feront la joie de me faire visiter Oran, ses marchés, gouter quelques spécialités comme la Karantika, dont je raffole… Et le soir, du coup, mon nouvel ami Kamel se propose de m’amener au dojo de Said Sebbagh ! On a quelque mal à trouver le dojo, mais heureusement les commerçants locaux nous indiquent sa porte, discrète au coin d’une rue du Quartier Maraval.chapelle-santa-cruz-oran

Ce soir-là, le sensei n’est pas présent. C’est Mohamed qui assure l’intérim. Je rentre dans le dojo. Un sempai vient vers moi visiblement surpris de mon arrivée,  le regard sévère, alors qu’un cours se déroule en ce moment même. Je commence à vouloir lui expliquer la raison de ma venue, mais très vite, il me fait signe de m’assoir sans bruit et d’attendre que le professeur termine l’explication en cours. Je m’exécute poliment. Visiblement ici, on ne rigole pas avec l’étiquette. Pendant que les élèves entament le travail montré par l’enseignant, celui-ci, très jeune, à peine 19 ans, viens à ma rencontre avec un  grand sourire. Ouf, je me sens mieux. Mohamed m’explique que Said n’est pas là ce soir, vu qu’il se trouve … en France ! Mais il l’avait prévenu de mon arrivée probable ce soir. Celui-ci insiste pour que je patiente pendant que ce cours se termine, dix minutes, dans le bureau des enseignants. Honoré de cette attention, je m’installe tranquillement. Puis on m’invite à rejoindre les vestiaires et me changer. Avant que le cours ne commence, Mohamed me présente à ces élèves, qui tous ont vraiment l’air content de la présence d’un étranger dans le dojo, ce qui me met très à mon aise.Said-Sebbagh-2010-478x318

Pas d’échauffements, on attaque directement après le salut, par le classique Tai no Henka. Mohamed me confie à son uke pour la durée du cours. Dans la droite ligne de l’enseignement IWAMA, héritage de Saito sensei, je retrouve quelques formes d’études que j’avais eu l’occasion de découvrir, brièvement, lors d’un stage avec Daniel Toutain sur Paris. Notamment avec les expirations vocales bien particulières à ce style, après chaque saisie ou mouvements (hoop ,heiip,…), les gestes lents et puissants sur le travail des bases. Mohamed enchaine ainsi 3 cours d’une heure, ou les élèves se succèdent aux autres. Le cours est dense, rythmé, sans réel temps morts, et avec la chaleur de l’atmosphère locale, je suis rapidement en nage. J’ai un peu de mal à suivre du fait que ce ne sont pas les formes de travail que j’ai l’habitude de travailler en général, mais j’essaye de m’adapter au mieux, sans essayer de reproduire mon maigre bagage, mais en étant réceptif au maximum.

Je n’en reviens pas du niveau de Mohamed, si jeune, mais avec déjà plus de 10 ans d’aiki dans les pattes. Notez qu’ici, les pratiquants s’entrainent  vraiment énormément, sans demi-mesure, voir avec acharnement même très jeune. Et parfois, les profs ne sont pas toujours tendres avec les petits, qui d’ailleurs ne se plaignent pas ! Alors forcément …

Apres le cours, je rejoins les vestiaires pour me changer. Naïvement, je me déshabille sans trop d’égard, et immédiatement, on vient tirer le rideau pour me laisser dans l’intimité. Depuis, j’ai appris la très très grande pudeur des gens du Maghreb…Et qu’il serait indécent ici de prendre une douche dans le plus simple appareil devant d’autres personnes, donc on garde le caleçon svp. Du coup, je me demande comment ferait un magrébin,  s’il était soudain plongé dans les vestiaires français pour la première fois, ou tout le monde prend sa douche avec les autres complètements nus !!…Cultures différentes, alors je m’adapte.

3149726700_1_2_XCOupRMLDeux jours après, je reviens. Cette fois Saïd Sebagh est là, et il vient de suite m’accueillir. Mohamed lui a raconté mon passage. Said m’invite à son bureau pour discuter 5 minutes, avec beaucoup de gentillesse et de sollicitude. Il me propose de prendre part au premier cours de Taijutsu puis si je veux, suivre le cours de Bukiwaza qui suivra. Evidemment !

Saïd déroule son cours d’aiki avec un plan très clair, très logique dans sa construction. Said est 5e dan, et ça se voit. Surtout pour les ukes qui  ont intérêt à suivre, parce que Saïd, après avoir montré un mouvement au ralenti, le montre ensuite à vitesse réelle (me semble-t-il !), et la çà fait presque peur ! Précis, net, propre, efficace, un beau spectacle, mais réaliste !

Suivra le cours de Jo. Saïd  me demande si je connais mes 20 suburis. Pas vraiment…Il m’invite à venir près de lui pour mieux le suivre. Les suburis s’enchainent alors, et le sensei vient régulièrement à moi pour corriger tel ou tel aspect, toujours avec bienveillance. Génial, Car si on est plus de 20 sur le tatami, j’ai l’impression d’avoir un cours particulier. Kata 13 et Jo dori ensuite pour finir. L’école de Maitre Saito est évidement bien connu pour son travail des armes dont les katas développés par le Disciple du fondateur font références. Pour le reste, je dois l’avouer, même si ce travail est passionnant et riche, ce n’est pas ma sensibilité, avec un style un peu dur pour moi. Mais je suis encore trop novice pour réellement me faire un avis définitif, aussi, je reçois tout cela avec reconnaissance. Je compte d’ailleurs encore me rendre à un stage de Daniel Toutain cette saison, un sensei pour qui j’ai beaucoup de respect, ça va de soi, avec qui j’ai pu échanger quelques mots l’année dernière et qui m’étais apparus vraiment accessible, et aussi sympathique qu’impressionnant.679823_298565090254079_358403665_o

A la fin, après le salut au Sensei,  tout le monde se congratule pour cet excellent travail. Tous viennent  rapidement me voir, m’embrassent  fraternellement pour me remercier d’avoir partagé ce moment avec eux et m’assaillent de questions diverses. Saïd vient me chercher et nous entamons alors une discussion passionnante, ou il me raconte sa passion. L’aïkido c’est sa vie, ni plus ni moins. Les suburis, il en fait tous les jours, et va régulièrement en France pour des stages, comme uchi dechi chez Daniel Toutain. Ce qui explique qu’il n’était pas là, deux jours auparavant.

Saïd a commencé la pratique des Arts Martiaux en 1978 à l’âge de 12 ans en s’initiant au Judo durant un séjour en France .En 1994, il a découvert l’aïkido lors d’un stage avec maitre Tamura , ce qui est une révélation pour lui. Et en 1997, il part au New York AikiKai en tant qu’Uchi Deshi de Maître Yamada 8e Dan. C’est là qu’il aura l’occasion de rencontrer d’éminents professeurs  comme Sugano senseï 8e Dan et Donovan Wait 6e Dan. En 1998, il étudiera l’Aïkido en France sous la direction de Christian Tissier. Mais c’est en 1999, qu’il fait une rencontre décisive avec Daniel Toutain Sensei 6e Dan, élève direct de Morihiro Saito senseï 9e Dan.

Aikido Iwama Ryu - Auray Summer Camp - 08/2009 Grace à Daniel Toutain à l’occasion du 5e Stage International Iwama Ryu, Saïd  Sebbagh pourra même rencontrer pour la première fois Morihiro Saito senseï lui-même ! Il continuera alors de suivre Daniel Toutain et Hito Hiro Saito senseï 6e Dan, fils et successeur de feu Saito Sensei.
Sebbagh Saïd est le représentant officiel en Algérie de l’école d’Iwama dont il est le fondateur sur le territoire national.

 C’est un réel plaisir d’échanger un moment avec Saïd, tellement désireux de discuter avec moi, simple débutant, ce qui conclut merveilleusement ma soirée. Saïd  me laisse alors et reviens une minute plus tard. Il a demandé à un de ses élèves de me ramener à mon hôtel. J’ai découvert des pratiquants très déterminés, avec un profond respect pour leur sensei, se donnant à 100%, et en même temps hyper chaleureux, agréables et d’une grande gentillesse. Merci encore à Said sensei, Mohamed et tous les élèves de la Wilaya d’Oran !

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